Posté le 02.03.2008 par orexis
Merci Seigneur de m’avoir conçue, de m’avoir donné vie, de m’avoir donné forme et de m’avoir aussi offert un esprit.
Merci Seigneur de m’avoir soutenue, de m’avoir donné foi, de m’avoir donné loi et de m’avoir surtout offert le paradis.
Merci Seigneur, qu’il te soit rendu grâce et qu’il soit dit partout que tu es de toutes races.
Merci Seigneur de m’avoir pardonné et saches, par mon cœur, que de toutes tes bontés, je retiendrai le mot respect.
Mais Seigneur, je te quitte. Seigneur Satan m‘invite.
Oh mon Dieu, père des cieux, je n’oublierai jamais ton royaume, royaume vertueux, mais je dois te dire adieu.
L’enfer m’a gagnée, avec lui le pêché et Seigneur, comprends moi, je ne peux résister.
Te louer tous les matins que toi, Dieu, tu fais, te louer la sainte journée, te consacrer mes soirées. Aimer mon prochain, ne vouloir que son bien et me laisser frapper. Avoir pour famille l’entière humanité mais ne pouvoir pas même choisir mes amitiés. Seigneur il faut que ça cesse ou je crois bien que j’en crèverai.
Alors voilà mon petit seigneur, je m’en vais de l’autre côté, épouser la cité, celle des mille merveilles cachées, si belles impuretés.
Mon dieu je te demande pardon, mais j’ai perdu la raison ,et je ne veux pas la retrouver. Je t’en prie, ô bel esprit, toi qui es tout puissant, comprends que je le sois moins, moi, l‘insolent. Tu m’as aimée de tous tes soins. Tu m’as accueillie parmi les tiens. Tu m’as appris le sens du bien. Mais tu m’as faite homme, génie malin.
Satan m’attend; il me retient. Mais peut-être te reverrais-je, l’enfer n’est pas si loin…
Au nom du fer, du vice et de tous mes cris.
A Dieu.
Posté le 02.03.2008 par orexis
Je l’ai attendu, le soleil de minuit.
Je l’ai attendu, contre marées et pluie.
Il n’est jamais venu, et je me suis enfuie…
Bien positionnée dans mon carrosse de sortie, j’ai fermé la porte arrière, celle des pensées qui donne envie. Et j’ai fait rouler mon carrosse, sans m’arrêter, sans chemin pris… La radio au repos, dans son habit de logis, j’ai rouvert la boite aux cassettes, la boite secrète des fantaisies. J’ai choisi la face A, pour effacer ce bruit tout bas, le murmure d’un acquis, trop mal appris, trop bien compris. J’ai ouvert une fenêtre, vue sur le monde et ses facettes. Je les ai admirées, quelques secondes, pour m’orienter. Mais je me suis perdue, dans le brouillard de mes bévues. On ne m’avait pas prévenue, qu’à trop y croire, on est déçus. Alors j’ai chantonné, face à face B, pour écouter. J’ai chantonné plus fort, pour ne plus m’entendre penser. Mais comme en désaccord, mes cassettes se sont déraillées. Je me suis faite une raison: c’est mon tourne-disques, il est épuisé. Aussi j’ai improvisé, de quelques rimes bien placées. Et puis j’ai fredonné, mais sans harmonie, et un peu blasée. Blasée de tout ce qui crie, blasée de toute gravité. Je voulais lui donner, rien qu’une mélodie, à ma mélancolie. Mais je ne chante que faux, jamais en dodo, et toujours en si. Alors je me suis tue. Pas tout à fait, mais j’y ai cru. Au fatal, je suis descendue, et j’ai couru à l’incongru. Mais la pente m’a escarpée, et je m’y suis bien étalée. Comme un étalon prend son pied, à petites foulées, j’ai trottiné. Les jambes en l’air, les pieds sur terre, j’ai marché longtemps, et en coupe-vent. Mais en vain et en arrière, comme auparavant. J’ai hué un taxi, pour qu’il me prenne à charge. Le trajet accompli, j’ai voulu gravir les étages. J’ai pris les escaliers, à défaut d’un ascenseur. Parvenue sur le toit, je me suis faite une frayeur: j’ai vu le tout en bas, et je n’ai même pas eu une peur…
Mais le vertige m’a prise d’assaut, et j’ai rejoint le vieux métro. Après quelques correspondances, j’ai stoppé au quai des grandes instances. J’ai vu les rames, et ce fut le drame: je leur ai trouvé d’effroyables charmes…
Mais le métro les a fauchées, et je l’ai repris, juste à l’arrêt. Entourée de gens que je ne connais pas, j’ai pensé à parler, en porte à voix. Mais j’ai saisi le secret des métros parisiens, la pudeur des passagers qui ne confessent jamais rien. J’ai jeté ce secret, arrivée à bon port, comme l’on jette une bouteille d’un grand cru du ch’ti nord. Mais alors que je balançai ma bouteille dans la seine, je songeai à une merveille, comme à l’intoléré; je songeai au sommeil, et à m’y plonger toute mouillée…
Mais je me suis rappelée à l’ordre, me rappelant que je sais nager, et mes idées dans le désordre, à la va vite je m’éloignai. Le danger écarté, j’ai vu un bar, très débranché. J’y suis entrée, timide et renfermée. J’en suis sortie, des verres guindée, et extravertie comme jamais je ne serai. J’ai attaqué l’avenue, celle des Champs Elysées, quelque peu dévêtue, mais en bloc, regonflée. J’ai crié à l’arnaque, avant que d’être interpellée, et la rage à l’estomac, je me suis faite belle pour m’échapper. Au plaisir de la liberté, j’ai traversé sans me méfier, le bonhomme rouge aux passages cloutés, et ma migraine, en fer forgée. L’esprit épars, je me suis éparpillée, le corps hagard, mais en pleine activité. L’inconnu reparti, je me suis endormie, sur le quai d’une gare, à l’infortune d’un lit. Au réveil du réel, j’ai retrouvé un peu d’esprit. Mais c’était toujours le même, aussi me suis-je enfuie. Mais le mal de la tête se refusant à me quitter, je me suis finalement repermise d’y penser… Une réponse cependant venait à me manquer: où trouver, ici et maintenant, de quoi charger mon pistolet?…
Le hasard ainsi formulé, je me résolus à d’autres idées. Et je n’y songeai plus, mais plus jamais. J’avais conclu, ma fin de soirée. J’avais convenu, ce qui me prédestinait.
En route, perdue, ou au vide, suspendue; à un saut de l’irréparable, ou au métro des jolies rames; sur les Champs balisés, ou dans un bar alcoolisé, qu’importent ces chemins, ils ne me démènent qu’en vain. Je ne trouverai nulle autre issue, que celle qui s’impose à mon insu. C’est mon hasard de nécessité: même dans le brouillard, je reste allumée. La mort me refuse, elle m’a déjà condamnée. Condamnée à vivre, et à ne jamais céder.
J’ai voulu attendre, le soleil de minuit.
J’ai voulu me pendre, au-dessus de la vie.
Mais je crois comprendre, maintenant et ici, que même si à défendre, ce n’est pas mon parti, je me dois de le prendre, prendre part à ma vie.
… Et je m’en répartis.
Posté le 02.03.2008 par orexis

La vie est moins déterminée que la mort. Car pour qu’il y ait vie, il faut qu’il y ait un ensemble de causes amenant à cet effet. Mais il peut y avoir autant de causes qui amènent à cet effet que de causes qui l’en empêchent ou qui amènent à l’effet contraire (anticauses). Autant de causes qui permettent la vie que de causes qui l’anéantissent, la rendent impossible, qui en empêchent l’effet. Car la vie est un effet. Sauf que… sauf que la vie est aussi cause. Car lorsqu’il y a vie, il y a mort. Il ne peut y avoir de mort sans vie… la mort est un effet de la vie, la vie est cause de mort. Or, la vie est elle-même causée par tout un ensemble de facteurs. Elle est donc à la fois cause et effet. Qu’en est-il de la mort? La mort n’est qu’un effet. Mais elle l’est davantage que sa cause. Car elle est l’effet et de sa cause proche, la vie (la mort est causée par la vie, une fin par un début), et des causes de sa cause soit de causes lointaines (tout ce qui a pu permettre la vie). L’être engendre l’être; ce qui est généré engendre, ce qui est causé cause. Mais ce qui cause est-il nécessairement causé?
Toujours est-il que l’effet dépend à la fois de sa cause et de la cause de sa cause et ainsi de suite. L’effet ne dépendrait donc pas plus d’une cause que d’un effet car sa cause est effet, et même d’abord effet. C’est un effet qui cause. Tout effet a donc pour cause un effet qui cause. Mais parce que c’est un effet qui cause, c’est moins un effet que ce qu’il cause, (jusqu’ à ce que cet effet devienne lui-même cause), sinon il ne pourrait pas le causer, il n’en serait pas cause. Aussi, pour qu’une chose cause un effet, il faut qu’elle soit moins un effet qu’une cause, plus une cause qu’un effet, et donc qu’elle soit d’abord une cause avant que d’être un effet. Et pourquoi pas même qu’elle ne soit qu’une cause et non pas un effet…
Du reste, un effet ne peut être cause que s’il est moins effectif que son effet, qu’il soit plus causal, non pas qu’il contienne plus de causalité que son effet n‘en contient, mais qu’il contienne en lui plus de causalité que d’effectivité. C’est un curieux phénomène mais il est possible qu’une chose donne plus que ce qu’elle a reçu. Comment? C‘est encore chose inconnue.
Mais reprenons. La vie est moins déterminée que la mort car moins nécessaire. Pourtant, c’est bien la vie qui détermine la mort. La vie est une nécessité de la mort. Mais, je me répète, elle est moins nécessaire. D’où, le déterminant, ce qui détermine, peut être moins déterminé que le déterminé, ce qui est déterminé. De là, il suit que, dans la logique de la détermination causale, l’effet est plus effectif que sa cause, nous l’avons montré.
Or, les philosophes, en cherchant la cause première, celle qui est cause de tous les effets et de toutes les causes, lui ont donné, sans pourtant encore l’avoir découverte, le nom de causa sui, traduisez la cause qui est sa propre cause, soit la cause qui est à la fois cause d’elle-même et de tout ce qui n’est pas elle. La cause qui est son propre effet, l’effet qui est sa propre cause. Mais n’est-il pas possible que cette cause première soit d’une tout autre nature? Ne peut-on pas penser qu’elle soit une cause sans être un effet, qu’elle soit une cause sans être elle-même causée, qu’elle ne se cause pas elle-même parce qu’elle n’est pas causée? Se demander comment ce qui est causé peut l’être plus que ce qui l’a causé, c’est se demander:
Comment le produit peut dépasser le producteur? La création, le créateur? L’homme, Dieu? L’effet, la cause? Le dernier effet, la première cause? Idées du boomerang, d’investissement avec intérêts, d’accroissement effectif, de productivité, de transcendance causale (dépassement par l’effet de sa cause), de libre don naturel, et même de liberté déterminante, d’indétermination déterminante, de dialectique causale (le moindre effet en cause un plus grand)…
Et si l’on admet que la cause d’un effet peut être moins effective que l’effet lui-même, on peut se demander si, plus qu’une possibilité, ce peut être une nécessité, voire une logique des choses: si la cause était autant effet que son effet, elle ne serait pas cause. Ou bien: ne serait-ce pas justement parce que la cause est moins effective que son effet qu’elle est cause? Et plus encore: Ne peut-on pas penser que moins une cause est effet et plus elle est cause? Moins une chose est déterminée, plus elle est déterminante? Ne pourrait-on pas alors déduire qu’il n’y a pas plus cause que ce qui n’est pas causé? Qu’il n’y a pas plus cause que ce qui n’est pas effet? Pas plus déterminant que ce qui n’est pas déterminé? Pas plus déterminant que ce qui est libre? Après tout, c’est parce que la vie, en termes d’effet, est moins qu’une mort qu’elle fait plus vivre (c’est parce que la cause est moins en effet que son effet qu’elle est plus cause, qu’elle a plus d’effet). Et si on transpose dans la chaîne du temps, moins la vie est vécue, plus elle fait vivre, ce qui est, somme toute bien assez logique pour ne pas être contesté. Ce qui est le moins effectif aurait de ce fait ce qui a le plus d’effet… Moins d’effet, donc, pour toujours plus de cause, ou/et plus de cause pour toujours plus d’effet. Et la causa sui dans tout ça? Celle que les métaphysiciens appellent dieu? Dieu, pour être dieu, doit être moins effet que son effet et plus cause. Soit, dieu, pour être dieu, doit être moins qu’un homme… en effet. Car l’homme est l’effet de dieu, dieu sa cause.
Mais l’homme est aussi cause. Il est un effet qui cause et comme nous l’avons dit, en tant que tel, je veux dire en tant qu’effet qui devient aussi cause, il est moins un effet que son effet et plus une cause, jusqu’à ce que son effet devienne lui-même cause. Car il sera alors autant cause que son effet, son effet étant aussi cause et ainsi à l’infini. De sorte que plus il y a d’effet (sans être cause)moins il y a cause. Etant admis que la cause qui cause un effet est davantage cause que son effet, du moins tant que son effet n’est pas cause. Mais lorsque l’effet devient cause, alors la cause de cet effet -devenu cause- ne l’est pas autant que lorsqu ‘elle était cause d’un simple effet. Aussi, si la causa sui, en plus d’être cause de tout ce qui est effet, doit être cause de tout ce qui est cause, elle doit être bien moins effet que ses effets. Mais aussi bien moins cause. C’est-à-dire? C’est-à-dire que c’est avec son effet que la cause devient cause et quand cet effet cesse de n’être qu’effet mais est à son tour cause, la cause de cet effet (devenu cause) perd de sa valeur de cause.
En d’autres termes, la cause est tout en puissance et rien en acte. Seul l’effet peut être en acte. Quand la vie est en puissance, la mort l’est avec elle. Dès que la vie prend acte, la mort est acte en puissance, puissance qui est vouée à l’acte. Soit avec une naissance commence une mort. Rien de moins rassurant, mais rien de plus naturel. Soit encore: la vie est plus puissante que la mort. Pourquoi? Parce que, c’est très clair maintenant, la cause doit être plus puissante que son effet puisqu’elle doit être plus cause et moins effet que son effet, c’est-à-dire qu’elle doit être plus puissante et moins en acte que son effet (dont le propre est d‘être en acte). C’est avec l’homme, l’animal, ou toute autre créature que dieu devient dieu. Mais lorsque la créature devient elle-même créatrice, alors son créateur, le créateur premier est moins créateur (sans devenir pour autant créature lui-même, la cause peut être moins cause sans devenir pour autant un effet). L’effet de la cause est son actualisation la plus puissante. C’est parce qu’elle n’est pas effet que la cause est cause. C’est parce qu’il n’est pas homme que dieu est dieu. Mais parce que l’homme est aussi le dieu en quelque sorte de beaucoup de choses, le divin se fait plus humain. Dieu aurait peut-être cessé d’être dieu à partir du moment où ses effets, créatures, sont devenus eux-mêmes causes, créateurs. Et alors, Nietzsche aurait, à bien des égard, marqué des points: Dieu est mort. Car les créatures en devenant créatrices se sont fait plus que des créatures, et de plus en plus, ôtant chaque fois à la cause première sa raison d’être, sa valeur de cause. Au point même qu’il n’y ait peut-être plus de cause première, ses effets n’étant plus que des causes. A chaque création de ses créatures ,dieu est peut-être moins dieu. Peut-être que dieu, c’est du passé. Peut-être même que les hommes ont tué dieu, effectivement.
Ceci dit, c’est parce que tout dans la première cause est puissance, et non acte, qu’elle est cause de tout. La cause devient cause en prenant effet. La première cause est la plus puissante de toutes les autres causes parce qu’elle est la seule qui ne soit pas un effet, mais seulement cause. D’où, pour trouver cette première cause, le chaînon manquant de tous les autres, il faudrait peut-être chercher une cause qui ne soit pas effet. Et pour cela, il serait sans doute logique de cesser cette quête aux effets qui causent. Je reformule. Il faudrait peut-être partir de la cause première telle qu’elle devait être lorsque ses effets n’étaient encore que des effets, et non des effets devenus causes. Or, qu’est-ce qu’une cause qui produit un effet? C’est une cause qui n’est pas effet mais absolue cause. Aussi, il faudrait peut-être chercher une véritable cause à effets et non un effet à cause(s). Soit, une fois n’est pas coutume, la science devrait cesser de partir des effets pour remonter aux causes jusqu’à cette cause mystère, mais partir de la cause elle-même, en prenant pour contre modèle ces effets qui causent beaucoup, mais ne dévoilent rien, ces effets qui causent sans être jamais des causes à effet. Connaître en prenant le contre-pied exact de ce que l’on connaît, quoi de mieux pour cela que la philosophie?
Souvenons-nous, il se pourrait que le rien engendre le tout. Que le rien puisse être cause de tout…
Ou peut-être pas.
Posté le 02.03.2008 par orexis
Des socquettes bigarrées effeuillent ses jambes croisées, un short petit et écolier, une chemise timidement boutonnée, et un bracelet à perles engrossées, achèveraient de vous la décrire. Mais laissez-moi y ajouter ce malicieux sourire, aux fossettes pudiques, qui borde ses lèvres prêtes à rougir. Et ce regard profondément léger, qui n’a d’yeux que pour le ciel, et son soleil en point de mire…
J’en ai fini. Vous pouvez la contempler…
Mais je crois vous deviner. La fillette vous intrigue? C’est qu’elle n’est pas petite fille, mais d’un âge avancé. Et prodigue, qui plus est. Du plus, c’est très exactement ce qui la distingue. Et je dirais même plus, c’est en cet endroit qu’il y a originalité. Ici même, à son sujet. Elle n’est pas comme les autres. Elle est plus. Non, cette phrase se donne en pitié. Personne n’est comme les autres, personne ne l’est tout à fait. Les autres, d’ailleurs, qu’est-ce que cela signifie, sinon un non-sens, plus qu’un non-dit? Il n’y a que des chacuns, en ce monde. Des chacuns de nous, et des différents qui abondent.
Mais la coquette que je vous ai découverte est plus encore. Bien plus. Son plus à elle, est sans pareil. La sorte de plus qui fait toute la différence, un plus que tout, plus qu’une nuance. Faut-il que je vous le livre, que je l’écrive?… Bien vous a pris. Une mutinerie. C’est elle, sa différence, son particulier, sa spécificité, qu’importe les noms que l’on sied lui donner, je pense avoir émis l’idée. La petite femme est une mutine. Et tout est dit. En une ligne. Vous m’en réclamez d’autres? Vous m’épuiserez, lecteurs insatisfaits. Voyons, par quelle ruse vais-je parvenir à vous la définir, cette mutinerie qui fait écrire?
Voyez-vous, ces fossettes? Ce sourire en coin? Ce regard rêveur? Ce shorty coquin? Ces chaussettes infantiles? Et son air d’évangile? Quelle est donc cette expression, qui me cause tant d’ablutions? J’y suis. L’on lui donnerait le bon dieu sans confessions. Le joli cantique, si joli qu’il m’irrite. Ne vous y fiez pas, ou vous prendrez l’enfer pour au-delà. La mutine, c’est précisément cela: l’innocence par apparence, et les pêchés pour saintes pensées. Et ma mutine est bien pensive, à la limite de l’évasive.
L’évasive, c’est encore tout autre chose. L’évasive, c’est l’espèce des femmes qui, à trop penser, s’y sont parfaitement égarées. Ou évadées, je vous laisse juger.
La mutine, elle, est plus réelle. Elle sait conserver sa complète lucidité, et n’en reste que plus avisée. C’est à cela même qu’on le lui reconnaît, ce petit plus dont je vous entretenais. Il me paraît l’avoir quitté exagérément, ce plus dont je me souciais tant. Me serais-je donc égarée? Tâchons de nous y arrêter un moment. C’est un fort supplément, que ce petit plus de mutinerie. C’est un supplément de sagesse, comme d’envie. C’est le supplément des indécis, qui prennent au temps celui de prendre parti. C’est l’avantage des savants doux, des hommes qui ne ragent que d’être fous. C’est un ajout, mais d’un ajout qui renverse tout. Etes-vous encore dans le flou? Je vais tenter de vous en sortir, mais il vous faudra me lire… Un effort, je vous en conjure, et tout prendra allure…
D‘une allure aussi fine que celle de ma mutine. Elle a du corps, la scélérat, et des arrondis qui pointent ici et là. Elle est gourmande, ne s’en prive pas, et ne fonctionne à plein régime qu’aux temps de repas. Elle ne s’abstient de rien, ni du trop, ni du moins, et elle s’engouffre, toutes sortes de bouffes. Des bouffées de bonheur, qu’elle embouche avec ardeur. Elle simule l’ascétisme, entre deux gargarismes. Et elle y tient, à ce semblant de maintient. C’est qu’elle nous mangerait bien crus, si on la mettait à nu! Elle se veut parfaite, et jolie conseillère. En prise aux têtes, elle nous prévient de tout dessert. Et on la croit, gentils naïfs que nous sommes. L’on s’interdit, l’on se raisonne. Et on la suit, sa voix de bonne. La curieuse amie, que celle-ci! Elle nous ment, à nos dépends. Elle nous charme, comme nous condamne, nous dit coupable, juge impalpable. Elle est insensée de pitié, et n’excuse qu’au grand jamais. Aux plus sensibles des âmes, elle affabule, mais les désarme. Elle les poursuit, a tout instant; comme par acquis, elle les surprend. La mutine est assassine. Et elle mine. On la pense juste, et droite. On la veut fiable, et vertueuse. On la prend en modèle, on la dépeint radieuse. Mais elle est joueuse, et fine tricheuse. Cessons de nous y méprendre, il suffit de la comprendre. Saisissons la mutine, et son plus ne sera plus. Égarons-la, sans nulle retenue. Captons sa malice, et épanchons nos vices. Ne lui donnons crédit qu’en cas de tort, en cas de vie. Accordons-nous ces doux plaisirs, dont elle dit nous guérir. Nul besoin de ses préceptes pour être honnête. Nul besoin de sa raison pour être bon. Et si elle ronge, s’impose un songe. Rêvons, et nous la fâcherons. Abandonnons la mutine à nos nuits coquines. Préférons-lui Morphée et ses chimères de vérités. La mutine n’y résistera pas, l’inconscient la foudroie. L’inconscient, c’est son coup d’état.
Il me fallait vous la décrire, il me faut finir.
Mais j’ai omis de vous la nommer, la mutine affectée…
Son nom est conscience, et sa fonction, le bon sens.
Et je n’omettrai pas de vous mettre en garde, de vous en prévenir une dernière fois…
La mutine rit. Elle se rit de nous, et en moquerie. Mais elle est vulnérable, la jolie fable. Quelques rêves en folie, et la malheureuse s’anéantit….
Posté le 02.03.2008 par orexis
Adiké, une petite ville perdue au milieu de nulle part et au centre de tout…
Ses grands espaces goudronnés, ses murs de béton armé, ses routes interminables, et son atmosphère irrespirable avaient fait la gloire de cette bourgade du nord-sud. Un vrai petit coin de paradis qui avait attiré les plus riches familles du pays et ne cessait depuis de fasciner le reste du monde. Mais un paradis aux portes verrouillées. Vivre à Adiké, c’était un privilège auquel seuls quelques rares élus pouvait prétendre, privilège qui avait bien vite fait de cette petite ville le territoire le plus dépeuplé que l’on puisse imaginer. Aussi, son éradication était prévue pour la fin du monde et tous les adikéens attendaient cet avènement avec une excitation féroce.
Tous…sauf une.
Philomène venait de perdre son emploi. Une situation qui l’avait contrainte à quitter son lieu de prédilection, Alêthé, pour sa ville jumelée, Adiké. C’était, en vérité, à Adiké que la jeune femme était née, avait grandi et fait ses premiers pas dans la vie. Philomène connaissait donc bien ce petit coin de paradis. Mais c’était ce même paradis qu’elle avait eu l’audace de fuir des années voire des siècles auparavant, avec la ferme intention de ne jamais y revenir. Seulement voilà, Alêthé n’avait plus besoin de ses services, et il n’y avait à présent qu’à Adiké, contrée de Phantasma, qu’elle pouvait officier. C’était, plus précisément, dans le luxueux lycée adikéen que Philomène allait devoir œuvrer. Ce même lycée dans lequel la jeune fille avait reçu ses premières leçons de manipulation mentale, de dictature rhétorique, de censure littéraire, d’anatomie nucléaire et de dépravation sexuelle. Tout un programme que Philomène enfant s’était promise de ne plus jamais suivre. Tout un programme que Philomène adulte s’était promise de toujours poursuivre. Mais les promesses, on le sait assez, se perdent à force de nécessité. Aussi, la jeune femme dut renoncer à son projet et faire face à son passé.
Le temps ne semblait pas avoir atteint le dit paradis. A droite, quelques commerces se faisaient piller; à gauche, quelques pilleurs se faisaient attaqués; et en face, les forces du désordre veillaient. Philomène eut l’étrange sensation d’un déjà vu. Mais elle ne s’attarda pas sur ce désolant état des lieux, elle avait du travail à commencer. Après avoir déposé ses quelques affaires, restes éparpillés de son voyage à Alêthé, elle s‘aventura donc vers le centre de la ville. Mais à peine Philomène eut atteint le lycée qu’elle fut submergée par le trauma du souvenir.
Elle se souvint avec douleur de l’angoisse qui la paralysait chaque fois qu’elle pénétrait cet immense bâtiment en terre cuite, bordé de feuilles mortes, de saules pleureurs festoyants et de pommiers dépressifs. Elle se souvint de la peur qui la tenait dès qu’elle devait traverser ces longs couloirs dépeints, roses moroses; se souvint de ces étourdissements qui l’aveuglaient, toutes les fois où son regard se posait sur ces escaliers d’acier, en colimaçon, ces escaliers qui descendaient toujours plus bas, toujours plus droit.
C’était pourtant ici, dans le bâtiment aux arbres retraités, aux couloirs accidentés et aux escaliers suicidaires qu’était née la vocation de Philomène. Cette vocation sans laquelle elle n’était plus rien; cette vocation naissante qui l’avait faite renaître.
C’était un dix-neuf novembre. Il faisait froid, il faisait gris; c’était une belle journée d’été à Adiké. Les cours avaient repris, Philomène avait retrouvé son pathos de lycée et ses faux amis de seconde zone. Elle s’était assise à gauche, tout à gauche, devant, tout devant et elle rêvait, tout éveillée. Elle pouvait voir à travers les fenêtres teintées la vie ambiante d’Adiké. Elle pouvait voir une personne âgée remercier le jeune homme qui l’avait bousculée avec tant de générosité. Elle pouvait voir aussi un couple passionné s’unir dans le divorce pour le meilleur et pour le pire. Et elle apercevait enfin, au loin, les touristes amateurs s’extasier devant le mur d’Adiké, ce mur que le Léviathan avait fait construire au septième siècle après Judas pour célébrer la première guerre civile adikéenne. C’est à cette période que la contrée mythique avait atteint son apogée et émerveillé le monde aux alentours. De ce siècle passé, il ne restait plus qu’un bon et vieux temps, et Philomène pouvait percevoir quelque chose de la mélancolie qui planait au cimetière des combattants. Mais la jeune femme n’était pas comme eux, et à la vue de ces cadavres enneigés, de ces corps glacés sous un nuage de plomb, Philomène n’avait pas tant senti la nostalgie de ces visiteurs extasiés que le goût sucré de ses larmes dégoûtées. Les pleurs de la jeune fille avaient alors rempli son professeur d’une orgueilleuse fierté, que les applaudissements de la classe n’avaient pas tardés à lasser. Mais Philomène n‘y avait prêté aucune attention, son esprit s‘était échappé vers de trop lointaines contrées. Cela faisait en effet quelques heures qu‘elle s’était laissée aller à méditer, l’esprit en liberté et des questions pour toutes pensées. Elle se demandait, par exemple, ce qui pouvait bien se cacher derrière les portes d’Adiké. De ce possible étranger, elle enfantait un autre monde, un au-delà, et s’y plaisait déjà. Elle s’imaginait ainsi partir loin d‘ici, très loin d‘ici, et ailleurs. Où? Elle s’en fichait mais n’importe où ailleurs. Elle, Philomène, fille de Phantasma, traverser la frontière Maya, quitter Adiké et rejoindre Alêthé. Perdue dans ses pensées, elle s’était mise à l’imaginer. Gagnée par ses pensées, elle s’était permise d’en rêver.
Car, si pour tous Adiké était un paradis sur terre, pour la jeune fille ce paradis était enfer.
C’est d’ailleurs ce que Philomène s’était dit, tout à l’heure, en revoyant le spectacle tragique du quotidien d‘Adiké. Et c’est aussi ce qu’elle se disait, là, maintenant, postée devant le lycée, sans oser encore y entrer. A Alêthé, elle avait goûté au paradis, au vrai. A Adiké, elle revivait l’enfer. Mais la jeune femme se souvint alors de tout ce que son esprit lui avait conté, en ce dix-neuf novembre, jour consacré. Ce qu’il lui avait dit, ce sage esprit? Peu de choses, mais quelques mots avaient suffit: Elle n’était pas au paradis, mais qu’importe? Elle pouvait toujours en rêver… Une pensée qui avait, à ce moment précis, ce moment où tout était permis, réanimé ce grand cœur que tant d’autres avaient oublié. Une pensée qui avait redonné espoir à la jeune femme, qui avait redonné sens, une pensée qui avait donné un nouveau sens à l’espérance. Si Adiké l’avait tant faite pleurer, ce n’était que pour mieux la faire rêver. Quoi de plus réconfortant pour une jeune fille inconsolable que cette pensée?
Ce jour-là, lorsque le professeur avait vu le sourire de Philomène, il lui avait conseillé une bonne psychanalyse. Car Philomène était devenue folle, folle de joie. Et de la peine que lui avait causé pareille lucidité, et de la joie que l’espoir lui avait insufflée, était née sa vocation. Par ses rêves éveillée, elle s’était découverte, en même temps que dévoilée. Elle venait de trouver la question, celle qu’elle avait tant cherchée, celle qu’il lui fallait poser.
Aussi, en ce beau jour d’été et pour la toute première fois, la jeune femme avait osé l’imposer, cette question bien méritée.
Aux cris d’Adiké, Philomène avait répondu, avec la plus grande vérité, ces quelques mots: et si c’était faux?
Philomène s’en souvint, c’était avec cette belle journée d’été que tout avait commencé. Et c’est en son souvenir que la jeune femme, maintenant seule face au lycée, se détermina enfin à y entrer.
A Alêthé, Philomène avait enseigné l’art d’observer. Chaque regard doit être une réponse à un lieu donné. Quel regard posait-elle alors sur ce lycée? Un regard irisé d’infinis regrets. Elle y avait passé tant d’années, autant d’années de volées, que rien n’avait su rendre, ni rattrapé. Le pire, elle l’avait connu ici, entre les murs de ce lycée, étouffés de peurs angoissées. Elle aurait voulu l’anéantir ce trop-plein d‘espoirs brisés. Parce qu’il lui avait mentie, souvent, toujours, mais plus que tout, parce qu’il l‘avait trompée. Elle, l’enfant en demande, lui, le tuteur aux commandes, à cet âge où rien n’importe plus que de comprendre, elle lui avait offert la confiance, il lui avait rendu l‘apparence. Lui pardonnerait-elle un jour?
Et vous, lui pardonneriez-vous? Pardonneriez-vous à un monde où tout n’est qu’illusions, faux-semblants et trahisons? Que feriez-vous d‘un monde qui vous étouffe d’inconscience et vous enferme dans le silence? Vous ne savez pas? Allons, vous avez bien une petite idée. Non, aucune, vraiment? Alors, imaginez. Imaginez un monde, rien de plus, rien de moins, mais imaginez un monde. C‘est fait? Non? Dans ce cas, allons au plus simple, et pensez au nôtre. Vous y êtes? Parfait. Alors, puisque vous y êtes dans ce monde, renversez-le. N’hésitez pas, allez-y franchement et renversez-le. Le moyen? Rien de plus simple. Tenez, le ciel pour commencer. Prenez-le, soulevez-le, soulevez-le bien et abattez-le. N’ayez pas peur enfin, il ne vous tombera pas dessus ce ciel, il est bien trop léger. C’est fait? Alors montez la terre au ciel. Elle résiste? Aidez-la et le ciel vous aidera. Très bien, on peut maintenant passer aux choses sérieuses. Où sont-elles d’ailleurs, ces choses? Elles se cachent évidemment, elles se cachent toujours. Mais on finira par les trouver. En voilà une d’ailleurs, la voyez-vous? Elle est là, juste derrière le désordre. C’est cette chère harmonie. Elle se demande ce qu’il se passe, la pauvre. Mais ne lui répondez pas, on va la laisser au désordre, ils sont inséparables vous savez. Dîtes-lui seulement que l’on viendra la chercher, mais un peu après. Car voilà le juste qui s’avance. Il n’aurait pas du, le misérable, car l’injuste le poursuit. Profitons-en, nous n’avons plus qu’à les unir, sans le meilleur, et juste pour le pire. Cela est fait? Excellent. Non, dit le bien? Laissez-le dire, nous demanderons au mal de le faire taire. Nous y sommes? Fort bien. Alors passons au plus précieux. Mais, soyez prudent car il sait se faire oublier celui-là. Plus rapide que son ombre et plus vif que la lumière, c‘est un génie de l‘art abstrait. Où est-il donc ce vrai? Vous ne le voyez pas j‘imagine? Je vous avais prévenus. Mais regardez-y d’un peu plus près. Encore, encore un peu plus près. Ça y est? C’est parfait. Mais ne le perdez pas de vue surtout, il nous échapperait. Très bien. Alors mettons-y un peu de faux et nous aurons anéanti le vrai. Voyons, il me semble que c’est bon. Ou, si vous préférez, disons que ça ne saurait être plus mauvais.
Bien, alors maintenant que vous l’avez ce monde, imaginez un être dans ce monde. Allez-y, mettez-le au monde, ne prenez pas tant de précautions. La chose est faîte? Alors faîtes-le humain. Et figurez-vous à présent que cet être croît en ce monde. Observez-le apprendre de ce monde ce qu’est l’ordre et le chaos, le juste et l’injuste, le bien, le mal, le vrai comme le faux. Cet être ne connaît rien d’autre que son monde. Il ne sait rien d’autre de ce monde que ce qu’il lui a été donné de savoir. Il est dans ce monde. Vous le prenez en pitié? Offrez-lui la compassion. Et imaginez enfin que cet être découvre, le temps d’un rêve sans sommeil, que tout ce qu’il a vécu ici-bas n’était que pure irréalité? Imaginez-vous, vous, que rien ne semble rapprocher de cet être, imaginez que vous êtes cet être, que vous appartenez à ce monde, et que vous rêvez vous aussi, vous surtout. Que penseriez-vous de ce monde? Qu’en feriez-vous? Lui pardonneriez-vous? Je vais vous dire ce que vous en feriez, si vous le pouviez. Vous le renverseriez. Mais il n’y a que dans les songes que les mondes peuvent s’inverser.
Tout cela, Philomène l’avait compris, dès les premiers âges de sa vie. Elle l’avait compris ce monde à la renverse. Elle l’avait compris cet être qui veut changer le monde. Mais elle avait aussi compris, en un beau jour d‘été, cette drôle de fatalité qui veut que pour retourner un monde, il faut d‘abord s‘en détourner.
Et, ironie du sort ou simple allégorie, c’était cette même fatalité qui l’avait reconduite à Adiké. Ici, juste ici, dans ce lycée qui avait porté, au hasard d’un imaginaire bien pensé, ses envies d’Alêthé. Philomène se pressa d’en rire, de peur d’avoir à en pleurer.
Elle rentra au lycée, l’esprit toujours en liberté.
Ce qu’il vit cet esprit, je ne saurais vous le dire. Alors, autant vous le décrire.
Il vit des arbres pour commencer. C’était des arbres rayonnants, d’autant de racines que de fleurs, des arbres croissants qui respiraient tout plein de bonheur. Un couloir ensuite. Ce couloir hier à l‘agonie, de désespoir plus noir que gris, éclatait aujourd’hui de mille et une couleurs. Des escaliers, enfin. Autrefois dévastés, ils avaient donné vie à des escalades d’ascenseurs.
Quelque chose avait changé. Était-ce elle, le lycée? Ou peut-être bien le regard qu’elle y posait? Difficile à saisir, plus encore à penser. Et pourtant, c’est bien son reflet qu’elle pouvait contempler dans ce miroir de lycée. Elle poussa la curiosité jusqu’au centre ville d’Adiké. Aucun pilleurs à l’horizon, ni de commerces à l’abandon; plus d’attaques à larmes armées, plus de petits vieux à renverser; les forces de l’ordre bienveillaient. Philomène crut d’abord en un de ses rêves, dont elle avait le secret. Mais elle comprit ensuite combien ce rêve était réel, et cette nouvelle lui combla l’espoir d’une douce réalité, de sa réalité. Aussi, devant tant de beauté, Philomène s’acquitta de ces angoisses, ces peurs du passé pour retrouver ce courage, cette confiance et volonté dont elle avait toujours rêvés.
Et c’est un petit miracle qui se produisit alors:
Au silence d‘Adiké, Philomène répondit avec la plus lumineuse clarté ce savoir de gaieté: et si c’était vrai?
Posté le 02.03.2008 par orexis
A bord, la croisière est une joie. Elle ne pense qu’à rire et s’amuse aux éclats. Les voyageurs se font une fête; le chant du bonheur résonne à tue-tête. Et l’on ne se doute pas.
L’on ne se doute pas que le paquebot vient de se heurter, et qu’il se prépare une étonnante fatalité. C’est un Titanic, revisité. A une différence, et d’importance: la cause du naufrage est le non identifié. Et si l’on ne s’en doute pas, c’est parce qu’on ne le voit pas. C’est d’une violence bien trop subtile, un tour de force de l’invisible. Mais des secousses se font sentir. Elles se propagent, elles se faufilent. Plus remarquable est le sensible.
Alors on cesse de rire, l’on s’en étonne, l’on croit frémir. La cause est méconnue, c’est entendu, mais le malaise est là. Et il s’acharne sur nos voyageurs, dans le silence de leur torpeur. Le commandant est pris d’assaut; on le questionne, lui fait défaut. On le soupçonne, de tous les maux. Il est confus, et en désordre. Il veut s’enfuir, c’est le chaos. Mais il finit par se raisonner, et s’emploie à espionner. Sa longue vue en poche, il scrute l’horizon; mais son regard est vague, comme à l’abandon. Il est un peu aveugle le commandant. Et mauvais commanditaire, dans son gouvernement. Alors il ne le voit pas, ce petit bout de terre, qui se repose, au loin, là-bas.
A bâbord, les vagues se déferlent. En cadence, elles s’alternent. Leur frimousse est d’écume, qui s’émousse, se consume. Et leurs corps se balancent, en accord, sans offense.
A tribord, les brouillards sont épais. Ils s’évaporent, mais en secret. Le commandant n’y voit que de la fumée, et se refuse à discerner. Il s’en tient aux apparences, s’en contente, sans exigence. C’est de la faute au temps, à ce qu’il en manque, et qu’il en faut beaucoup pour distinguer. C’est ce qu’il se répète, depuis des années.
Mais les employés sont plus rusés. Ils l’ont sentie, la secousse discrète; ils l’ont démasquée. Et ils l’ont vu aussi, le gouvernail, celui qui déraille, désorienté. Ils ne perdent pas le nord, ces employés. Mais le commandant est à l’ouest; il ne veut plus diriger. Il délègue à ses subalternes, qui s’empressent de reléguer. Ce sera le petit mousse, le matelot tout nouveau, qui héritera du fardeau. Il tombe à pique, ce petit matelot. Il tombe à pic, comme le paquebot.
Et il déborde, et coule à flots. C’est la panic à mort. Les voyageurs tentent de sauver leurs peaux, mais en vain, et en sanglots. C’est une hécatombe, un massacre collectif, des plus forts aux plus chétifs. Nul n’est épargné, par hasard ou nécessité. C’est la mort qui les tient, et elle tient en égalité. Les corps les plus jeunes y succomberont en premier, parce qu’ils sont pleins, tout pleins de vie, et que l’envie, ça alourdit. Puis viendront les corps âgés, de tout le poids leurs années. C’est la sélection naturelle, qui signe la fin d’une humanité. Ou sa finalité, le saura-t-on jamais? Mais pour l’heure on l’ignore, et la vie est en tort. Elle ne résiste pas, et les cadavres se font plus froids. Le commandant est sans scrupules; il se réserve la plus belle fugue. Et il s’écrie, avec une grisante ironie, je suis le maître du monde… Et il mourra, sans nul autre sursit, parce que la nature inonde. Certaines parviennent à en réchapper, mais leur chance est de courte durée. D’autres se soutiennent, comme par amitié, et s’enchaînent de solidarité. Et c’est joli à voir, tous ces hommes qui s’assemblent. Et c’est triste à savoir, qu’ils mourront tous ensemble.
Au final, un être seulement restera vivant. C’est le petit mousse, devenu commandant. Et il l’a vu, le morceau de la terre, qui bronze à nu, en bord de mer.
Des quelques restes du paquebot, il se construit un bon radeau. Il ne sait pas nager, mais il navigue avec sûreté. Et parce qu’il est d’un grand courage, il peut crier à l’abordage…
Les pieds sur terre, il se sent seul et solitaire. Il l’est vraiment, tout est désert. Ou déserté, l’île seule le sait. Son âme est aventureuse, elle le guide en éclaireuse. Mais les chemins sont si nombreux, qu’il s’y perd de mieux en mieux. Et ça lui importe peu. Parce qu’à chacun de ses pas, il lui semble qu’il progresse, et même s’ils sont faux et d’une grande maladresse. Et il observe.
A bâbord, les palmiers sont farceurs. Ils sèment les noix de coco au gré de leurs humeurs.
A tribord, il y a quelques animaux, qui se font les yeux gros, et qui jouent à faire peur.
Et au loin, il n’y a rien. Rien que l’on puisse percevoir. Rien qu’un simple espoir.
Mais l’invisible ne l’effraie pas, le petit matelot. C’est un homme qui voit de haut. Cet inconnu, il veut le découvrir. Et il s’y dédie, avec un sourire. Il fauche les branches épaisses, celles qui l’empêchent de bien voir. Il fait fuir les drôles de bêtes, qui protègent leur territoire. La forêt est dense, mais le matelot a de la persévérance. Sa curiosité est sans frontières, sur la mer comme à terre. Il est en mode survie, et s’en accommode, avec envie. Il a envie de survivre, il a cet instinct, la puissance de ces hommes qui ne reculent devant rien. Il a ce savoir-vivre. Or c’est un trésor que cette sorte de savoir. Et tout un art. L’art de conjuguer, des efforts à la volonté, l’art de dépasser. Mais c’est un trésor si bien caché, et que l’on pirate, sans y penser, et parfois même sans croire.
Mais c’est ce savoir qui oriente le matelot, et c’est ce savoir qui le mène sans bateau. Il s’y ressource, le petit mousse, et dans son cœur, d’infinies secousses. Il a trouvé sa voie, sa quête d’ici-bas: il explorera.
Il n’a plus de repères, mais il a soif d’apprendre. Il défie les mystères, rien que pour les comprendre. S’il s’égare quelques fois, ce n’est pas si souvent. Et s’il erre constamment, ce n’est que de bonne foi. C’est son état d’esprit. Et si c’est un coup d’état, c’en est un des plus jolis. Parce que c’est ainsi que l’on vit pas à pas. Parce que c’est ainsi que l’on peut rescaper, de l’océan du je ne sais pas, à coups de rames d’on ne sait jamais. Et c’est ainsi que l’on atteint cette île perdue, l’île des marins qui s’évertuent, qui voient plus loin et sans longue-vue.
Et c’est ainsi, enfin, qu’en fait d’ignorance et d’incertain, l’on peut oser, et sans méfiance, emprunter les plus surs chemins.
A l’abordage… A-t-on déjà décrit plus bel adage?
Posté le 02.03.2008 par orexis
Il est indéfinissable, ce plein qui m’habite. Et pourtant, j’ai la vive sensation qu’il m’est devenu comme familier. Peut-être même plus que je ne l’aurais souhaité…
Le connaissez-vous, ce plein? Ce plein de frissons, qui nous envahit en toutes façons? Le sentez-vous? Ce sinistre tourbillon, de peurs frappées par l’illusion? Le contenez-vous, ce trop plein d’émotions?
Et cette angoisse imposable, qui s’empare de nos âmes? L’avez-vous ressentie, une fois seulement dans votre vie? L’avez-vous vu lutter, comme le vent face aux marrées? Avez-vous pu la toucher, la sentir, la goûter? Ou bien s’y est-elle dérobée?…
En effet. Alors peut-être y avez-vous songé? Ou vous a-t-elle soumis aussi, comme nous le sommes tous, comme je le suis?…
C’est bien ce que je pensais. Elle vous a imprégnés, cette angoisse plénière… Et il vous semble à présent que rien ne saurait la faire taire. Vous ne pensez pas si bien frémir. Car jamais elle ne veut s’enfuir. Et elle attend, on ne sait quoi, mais bien postée au coin d’un moi. Un moi qui se sent tout d’un coup pris au piège, victime de ses affects, dont il se veut pourtant le maître.
Mais nous ne sommes que les sujets, de nos sentiments, même passionnés. Nous ne sommes que des supports, lorsqu’il s’agit d’intérieur fort. Il faut se rendre à l’évidence, et selon toute une vraisemblance: c’est au très fin fond de nous que le tout du tout se joue. Et l’on pourra raisonner, autant de fois que l’esprit le permet, nous serons toujours dominés, par notre sensibilité. Des plus naturelles aux plus éternelles, c’est une de ces nécessités, qui se glissent de toute merveille, pour mieux s’y imposer. Nous sommes les dominos de nos sens. Cinq, six, ou sept, qu’importent les numéros, mais nous ne sommes qu’impuissance.
Et en voici un tableau.
La peur à l’arrêt, revient la gaieté, mais elle est guettée, et l’angoisse s’y remet. Bien accompagnée, de ses douleurs alertées, s’y introduit l’attente de la feinte délivrance, avant que ne s’insère la fugueuse impatience. Le cœur au bord du gouffre, la crainte enfin s’étouffe, et le rire nous reprend. Mais les larmes n’ont pas séché, et ce n’est qu’une question de temps. Et vis repetita. Même quand s’impose la joie, elle ne procède que d’un effroi.
Et nous, dans tout cela? Nous subissons, ce total d’émotions. Qu’on me le pardonne, mais c’est bien ainsi que cela fonctionne, même lorsque l’on se raisonne.
Et qu’important les preux défendeurs, de la pensée et de ses vains bonheurs, nos ressentis nous rattrapent toujours. Pour le plaisir comme pour la peine, mais ils y règnent et nous labourent… L’angoisse vous revient? C’est que vous avez fait le plein. Vous ne souhaitez plus qu’un vide? Mais le vertige vous sera guide. Vous n’espérez plus rien? Alors vous mentez, menus malins. Car l’on espère toujours, le rien comme tout autre chose. Vous m’en demandez un détour, me quémandez une pause? Mais ce n’est qu’une métamorphose. Le calme plat n’existe pas, il reste chargé de quelque émoi. Ou de leurs souvenirs, et en surcroît. Certains l’ont tenté, et je le crois de bonne foi, mais ce ne fut jamais en succès, ou jamais ici-bas. Il faut s’y accorder: même toute la volonté d’un homme bien pensant ne saura l’anesthésier de tout sentiment.
Pourquoi penser alors? Parce qu’il le faut, et plus encore. Notre nature est aussi sensible que la pensée nous est utile. Comment, sinon, comprendre nos émotions? Comment, autrement, saisir nos sentiments? Alors pensons, effectivement. Puisque la pensée nous sert d’entendement. Mais en bon entendeur, prenons garde à l’ampleur, de ce que la pensée nomme impulsions. Car si, par malheur, nous les méconnaissons, nous en oublierons d’y penser, et tout alors sera faussé. Nous deviendrons tout confus, nous pensant bien avertis. Nous prendrons nos douleurs pour les gaietés les plus jolies. Ou nous croirons pleurer, tandis que nous rions, et c’est avec bonheur que nous nous en consolerons. Mais ce n’est qu’à cela que se résume la pensée: saisir ce qui nous consume, avec tant de variété. La pensée n’est pas plus, pas plus qu’un espion, sur le damier des émotions, et un souffle douleur pourrait suffire à la troubler. Le souverain roi, ce n’est que l’émoi. La pensée? Son conseiller. Un conseiller sentimental, et un mental puissant, de par sa force de jugement. Mais un second seulement. L’émoi seul est décisionnaire, que cet émoi soit ou non mystère. Cela, c’est à la pensée d’en juger, et c’est là sa plus acerbe utilité: analyser les plus secrètes émotions, en découvrir la nature, et peut-être même la fonction. Mais en ce qui concerne leur pouvoir de décision, gardons-nous de surestimer notre pensée, et prévenons-nous contre sa raison. Les idées elles-mêmes, et en tant que tel, ne sont pas davantage sereines. Elles aussi sont touchées par notre toute sensibilité. Et elles aussi, parallèlement, peuvent l’y suppléer. N’a-t-on jamais frémi, ne serait-ce qu’en pensée, à la pensée seule d’une idée? Si, tout à fait. L’occasion d’un si parfois même y suffirait. Aussi, sachons en convenir: nous sommes sans cesse bouleversés, que ce soit sous le coup d’une émotion, ou sous couvert de fortes idées. Il n’y pas jusqu’à notre propre pensée qui puisse réellement s’en épargner. Ce qui témoigne encore davantage que pour être plus sage que tourmenté, il est nécessaire de maîtriser ce que seulement nous pouvons dominer, même modérément: notre manière de penser, et de penser vraiment.
Mais cette utilité mise à l’écart, il ne reste à notre pensée que peu de pouvoir. Car si l’on peut parvenir à contrôler quelques passions, à se les interdire au nom de la loi, celle de la raison, ce n’est jamais qu’un temps, et exceptions faites des sentiments. Car les sentiments ont cet avantage de pouvoir être plus sages, et pourvus de raison. C’est là d’ailleurs ce qui les distingue d’entre toutes nos émotions: les sentiments ont un quelque chose de constant, que les affects, même les plus saisissants, ne sauraient égaler. Le sentiment se forme, et se maintient, aussi solidement que l’affect nous assomme, quand il survient. Ce qui, en ajout, fait du sentiment le plus raisonné de nos ressentis les plus affectés. Du reste, sentiments compris ou exceptés, ce qui est tout en entier, ce sont les affects, c’est la sensibilité. Elle seule est en infini ce que la raison est en partie: le mode de vie des êtres finis.
C’est ainsi que cela fonctionne, d’être vivant, quand on est homme. C’est cela la vie, et ses mises en pli.
De l’angoisse, de la peur, de la crainte comme d’infimes douleurs, des sentiments profonds à de vagues humeurs, mais aussi, surtout, des bonheurs qui se multiplient. C’est tout, la vie.
Et si à bien y penser, le plein me revient plus léger, il n’en est pas moins empli…
Posté le 02.03.2008 par orexis
A la croisée des chemins...
Ça roule. Ça roule et ça déboule. Sur l’avenue, les passants se bousculent. La vue est jolie, et joyeuse la cacophonie. Les sens en alerte, les grosses voitures désertent. Elles se chassent, elles se croisent, perdent une place et se toisent. Leurs cylindres de profil, les carrosses se défilent. Ils se font des frayeurs, aux ronrons de leurs moteurs. Puis ils démarrent, tournent aux trois quarts, et sur le tard, crient au départ. La route est pleine, pleine de ces chauffards, mais il y règne comme un espoir.
Ça roule encore. Et sans efforts. Et sur la rue, on s’entretue. Des hommes et des femmes, bonnes et vieilles dames, quelques mademoiselles, beaucoup de pucelles, et des chapeaux melons sur quelques jeunes garçons. De pauvreté, comme de richesse, avec grandeur et viles bassesses, d’une courtoisie docile à l’hargne, ça s’entrechoque, et sans épargne. C’est une guerre qui s’engage, qui se propage comme une rage, la rage de vaincre au premier plan, celle de convaincre en paysage. La bataille est frileuse, mais elle est jolie tueuse. L’on s’attaque, l’on se blesse, dans la joie et l’allégresse. Tout est meurtri à l’infini, les erreurs de frappe se multiplient. Et sur la route, s’épanchent les doutes. Les feux sont rouges, avant que d’être verts; c’est la triste loi, mais elle est nécessaire. Les autos font du stop puis les mobiles galopent.
Et ça roule toujours. Parfois même sans détour. Dans le ciel, des fumées traînent. Sur la terre, les nuées saignent. La foule s’amasse, elle se tasse et s’agace. Les coups sont bas, mais efficaces. Puis viennent les secours, en faute de parcours. Ils pansent les plaies les plus cinglantes, mais survivront des cicatrices, jusqu’à la prochaine armistice. Elles resteront marquées à vie, en souvenir d’une mésentente, à l’abandon d’un préavis. Mais les blessures les plus profondes seront peut-être les plus fécondes… C’est l’espoir qui parle ainsi. Et il roule, l’espoir. En sens interdit, mais il roule. Le feu orange, il accélère; il donne le change, aux pleines misères. Les passants ne le voient pas, trop occupés. Ils ont d’autres humains à fouetter. Alors il se poursuit, l’espoir. Et il déroute. Il déroute les chauffards, qui s’embouteillent de maux ringards. Ils le voient pourtant, cet espoir qui se faufile, un peu habile, en zigzaguant. Mais ils se refusent à y croire, trop simplement. Et s’il est dans tous les regards, l’espoir, les yeux restent clos, aveuglés d’être si sots. Alors il court, cet espoir. A tort et à travers, il marche et crève tous les effrois. Et à travers nos torts, il veut courir, même hors la loi.
Et ça roule. Ça roule mieux ainsi. Parce qu’il est sourd à nos cacophonies. Il y préfère la symphonie, des cœurs qui battent sans faire de bruit. Et il poursuit. Il poursuit toutes les agonies, il les écrase, il les transcrit. Comme un hasard, il fait plus sombre. Et les chemins qui se confondent, et ce chauffard qui crie, qui gronde, d‘un air hagard, d‘une pénombre. Allumes tes phares, lui crie l’espoir. Ils en jaillissent, tout pleins de vie. Et le chauffard dans un merci, reprend sa route, regaillardi. Ce soir, l’espoir est de sortie. Gare aux pare-chocs les temps de pluie!
Et ça roule. Et ça roule fort. Il emprunte les petites voies. Sur la chaussée, il rit tout bas. Il rit de la foule et de ses déboires. Il rit des conducteurs, comme des motards. Il rit du ciel qui s’est chargé, de ces encombres enflammées. Et il admire la liberté, de ces oiseaux rétrovisés, qui volent trop haut, mais sans regrets. Et il se rit de lui, de se savoir si poursuivi, lui qui poursuit.
Et ça roule. Ça roule par-delà. Par delà les petites rues, sur l’autoroute et ses avenues. Par-delà les cadavres, des petits hommes un peu confus. Par-delà les routes toutes tracées et toutes leurs déconvenues. Et par-delà les horizons déçus, de terrains vagues à perte de vue. Il voit bien plus loin, l’espoir. Et qu’importe s’il ne l’atteint. Il s’y prépare, pare aux chemins, à ceux qui ne mènent nulle part, et au lointain. Il est en soi une fin. Alors il trace sa route, poursuivi par les doutes. Il les esquive, comme les dérive, et s’ils survivent, il les ignore, et ne s’emporte que plus encore.
Et ça roule, ça roule vite.
Et ça déroute, cette conduite.
Mais ça déroule, et sans limites…
Posté le 02.03.2008 par orexis
Mes larmes ont séché. Quelques rides seules me les rappellent mais je les ignore. Qu’elles restent où elles sont, ces rides, et je resterai où je suis.
Une dispute de plus. Un massacre de plus. Si je devais mourir chaque fois que mon cœur refuse de battre, je serais morte depuis que je suis née…
Et pourtant c’est bien à celui qui me l’a offerte, cette vie, que je dois quelques unes de mes morts. Je lui pardonne alors; je lui ai pardonné avant même qu'il m'en donne une raison. Je dois sûrement être, moi aussi, à pardonner. Mais je ne veux plus l’être. Je ne le peux plus non plus, d‘ailleurs. Ni de cela, ni d’autre chose. Je n’en peux tout simplement plus. Je n’en plus, par exemple, de me sentir coupable, sans pourtant comprendre pourquoi. Je n’en peux plus, aussi, d’être désolée d’exister, sans l’avoir pourtant demandé. Je n’en peux plus, enfin, de me sentir coupable d’exister, sans avoir pourtant été jugée. Je ne peux plus me sentir.
Si j’ai pu apprendre une chose de la philosophie, c’est bien l’art de se remettre en question. Mais si je suis seule à me poser des questions, et qu’il n’y a personne pour me répondre? Je me demande parfois si ce n’est pas par crainte des réponses que j’aime autant à me poser des questions sans réponses. Je me le demande. Mais heureusement, je n’ai pas la réponse.
Je me connais pourtant. J’ai au moins ça. Je suis capable de déterminer si ce que l’on me reproche est justifié. Et j’ai assez de bonne volonté pour, s’il le faut, changer. La bonne volonté. Tout à l’heure, quand je m’enridait de larmes, j’y ai pensé. J’étais justement en train de me remettre en questions. Et puis, j’ai jugé que non. Non, vraiment, ces questions ne méritaient pas de réponses. Parce que je ne suis pas ce que l’on me reproche d’être. Et, si je l’étais, si l’on me prouvait que je le suis, j’aurais assez de bonne volonté pour changer, je crois l’avoir déjà dit. Mais je ne le suis pas. Je me suis mise, remise, permise en questions. Et j’ai trouvé une réponse: je ne le suis pas. Mais, mieux encore, j’ai osé la réponse: je ne suis pas. C’est une réponse qui répond à toutes mes questions. Alors ce doit être une, si ce n’est la, bonne réponse.
Je me suis toujours figurée que, dans le doute, il valait mieux que je me condamne. Moi, qui prêche pourtant à qui veut bien l’entendre qu’il vaut mieux libérer cent coupables plutôt de que condamner un innocent. Mais je suis toujours plus exigeante envers moi-même qu’envers les autres. Les autres, c’est un de mes sujets de dissertation d’ailleurs. La reconnaissance d’autrui comme semblable. Je voulais en découvrir un peu plus sur cette idée que ce que j’avais pu en lire. Mais je n’y parvenais pas. C’est le semblable qui me posait problème. Parce que si je pouvais tout accepter de cet autrui, je ne pouvais rien accepter de moi. La reconnaissance, c’était bon pour les autres. La reconnaissance c’était trop bien pour moi. Sauf que pour qu’il y ait reconnaissance, les autres ne suffisent pas; il faut un moi. C’est ce que j’avais prévu d’écrire dans ma copie. La reconnaissance présuppose un rapport de réciprocité entre le moi et les autres. Pour connaître autrui, il faut d’abord se connaître. Comment, sinon, être capable de re-connaître? Un re-connaître exige, au moins, de connaître. Un re-connaître exige, au moins, deux connaître. Et ce au moins est, dans le domaine de prédilection de la reconnaissance, un minima moralia. Ou encore, une reconnaissance ne saurait se contenter d’une seule forme de connaissance, que ce soit celle d’autrui, ou celle de soi. C’est d’ailleurs ce qui rend cette notion de reconnaissance aussi harmonieuse. Ce qu’elle préconise, c’est aussi ce qu’elle exige: l’unité de connaissances plurielles. Je ne puis me reconnaître dans l’autre que si je me connais d’abord. Et, de la même manière, je ne puis reconnaître à l‘autre que ce j‘ai d‘abord appris de moi. Je les trouvais joliment bien pensées ces phrases. Mais c’est bien là le problème. Ce n‘était que des pensées.
C’est plutôt fort une pensée, dans mon imaginaire. C’est une arme puissante, la plus puissante de toutes. Mais si personne ne porte cette arme, elle perd tout pouvoir. Une puissance indissociable de son acte. J’aime bien cette pensée. Et, pour cause, je l’ai vécue. Je l’ai porté cette arme, je me suis armée de la pensée pour sauver cette pensée. J’ai pensé la pensée. Jolie théorie que celle-ci: une théorie qui ne touche pleinement à son être que par sa raison d’être; une théorie qui n’est que parce qu’elle est pratique.
Seulement voilà, la pensée de la reconnaissance, je ne l’avais pas pleinement pensée, parce que je ne l’avais pas réellement vécue. Je l’avais pensée, mais à vide si vous préférez. Je l’avais impensé, pour tout dire. Pourquoi est-ce que j’en parle au passé? Parce que c’est du passé! J’ai compris tout à l’heure, il y a une éternité il me semble, que j’étais moi aussi un autre. Un autre pas seulement pour les autres, mais un autre pour moi aussi. Je suis moi-même comme un autre parce que je suis moi-même un autre. Spéciale dédicace à Paul Ricœur, dont j’aime particulièrement le nom. Bref, je me suis laissée dire que, si je pensais connaître qui je suis, je ne me connaissais pas pour autant. Parce que je me l’interdisais, tout simplement. Ce que j’accordais aux autres, je m’en privais. Comment alors pouvais-je parler d’un accord entre l’autrui et le moi? La reconnaissance d’autrui comme semblable, ce n’est pas seulement la reconnaissance d’autrui. Simple comme bonjour et pourtant aussi peu pensé. Qui pense les bons jours d‘ailleurs? Je vous le demande. Parce que je me le demande. Je connais l’autre parce que je me connais. De cela, j’en étais capable. Mais ce: je me reconnais parce que je reconnais l’autre, et réciproquement, c’était trop m’en demander. Plus maintenant. Ce que j’offre aux autres, je peux bien me l’offrir à moi-même. A commencer par l’amour. C’est étonnant que je pense ainsi. D’abord, parce que de tous les philosophes que j’ai lus, ou feuilletés, l’amour de l’autre commence avec l’amour de soi, tandis que je me permets exactement le contraire. Mais qu’importe, quel que soit son sens, un ordre reste un ordre. Ensuite, parce que c’est la toute première fois que le pense vraiment. Je veux dire, que je le pense en connaissance non seulement de cause mais aussi (et surtout!) d’effet. Je sais ce que c’est. Je sais ce que ça fait. A considérer que l’on puisse vraiment savoir; mais, ça, c’est un autre débat. Toujours est-il que je ne me permettrai jamais de condamner une personne sans avoir fait l‘effort de la juger. Et je ne me permettrai jamais de juger une personne sans avoir l’effort de la connaître. Alors, je peux bien me le permettre à moi aussi. Ce sera mon minima moralia ou ma loi d’autonomie, n’en déplaise à Kant. J’ai le droit de le penser. J’ai le droit de penser. Parce que, « cogito ergo sum », j’ai le droit d’être. Et, même, je le dois. Pour les autres. Je me demande ce que Descartes aurait jugé de la pensée comme devoir d’être. Heureusement que Nietzsche l’a fait: « Deviens ce que tu es ». C’est à peu près exactement ce que je viens de faire. J’étais, mais je n’étais pas moi. Et tout ça parce que je ne le voulais pas. Mais je l’ai voulu si fort que je le suis devenue. Merci qui? Merci quoi? Merci la bonne volonté, merci le volontariat. Car je pense que cette volonté est bonne. C’est ma première volonté, d’ailleurs. Alors j’espère qu’elle l’est. Et, si non, sans doute ma dernière volonté sera la bonne...
C’est ce que je me suis dit, tout à l’heure, entre deux pleurs. Je me souviendrai longtemps de ce 14 novembre, le jour où je suis devenue ce que je suis. Ce sera un beau trauma que cette séquence émotion, façon tragédie ontologique. Je m’en souviendrai, oui, de tout à l’heure, cette heure incertaine, où j’ai pris conscience que je n’aimais pas pleurer. C’est idiot, cette phrase: je n’aime pas pleurer. C’est pourtant elle qui m’a donnée toute cette matière à penser. Mais c’était un peu brouillon, alors il fallait que je l’écrive. Et, merveille de l’écriture, plus je l’écris, plus je le pense. Et plus je le pense, plus je l’écris. Il faudra peut-être un jour écrire quelque chose sur la reconnaissance de l’écriture comme semblable à la pensée. Oui, ce peut-être. Mais alors, il faudra aussi le penser.
Et voilà, je me suis encore laissée entraîner par le flot de mes pensées. Je me reconnais bien là…
Ce qu’il en sortira de tout ce bla-bla? Une jolie phrase pour ma dissert: la reconnaissance, ce peut être une renaissance.
C’est drôle tout de même. Enfin, ce n’est sûrement drôle que pour moi, mais c’est drôle tout de même. C’est drôle que j’ai mis, à quelques jours près, vingt ans à naître…
Posté le 02.03.2008 par orexis
Je t’entends, petit homme, je t’entends.
Je l’entends ton cœur, qui palpite: « ne pars pas ».
Je les vois tes yeux, qui larmoient: « regardes-moi ».
Je la sens cette peau, qui transpire un: « frôles-moi ».
Je l’entends ta bouche, qui me hurle: « embrasses-moi ».
Je les vois tes mains, qui supplient: « caresses-moi ».
Je la sens cette odeur, qui aspire: « respires-moi ».
Je les vois tous ces bras, qui me frappent: « enlaces-moi ».
Et je l’entends ce corps, m’appeler: « rejoins-moi ».
Tu vois, je les entends toutes ces voix. Ces voix que tu me tends, et qui me brûlent lentement. Comme un écho, rassures-toi, je n’y échappe pas, ou pour de faux. Mais il faut que tu te taises.
Je t’en prie, petit homme, cesses tout ce bruit. Offres-moi en souvenir l’éclat seul de ton rire. Apaises-moi de ton silence, et pardonnes mon absence. Elle est finie, cette symphonie qui frôlait la folie. Clos ce concerto qui étouffait nos sanglots. Achevé notre passé qui se clamait de vérité, se réclamait d’espoirs brisés, quand il manquait de nous tuer. Tais ce vacarme.
Et saches que je n’écouterai pas mon âme, elle qui me crie: « réponds ».
Je ne connais que trop la chanson…