Créer un blog Présentation

Nom du blog :
orexis
Description du blog :
Un petit bout d'univers, quelques pensées folles et dingues, et une touche de philosophie...
Catégorie :
Blog Livre
Date de création :
01.03.2008
Dernière mise à jour :
02.05.2008
RSS

Rubriques

>> Toutes les catégories <<
· Apostrophes (1)
· Billes et ... (2)
· Billets doux (24)
· billets fous (12)
· billets secs (15)
· billetterie (48)
· confessions (33)
· insomnies (37)
· mille billets (43)
· ricochets (25)

Navigation

Accueil
Livre d'or orexis
Créer un blog
Contactez-moi !
Faites passer mon Blog !
Mes blogs et sites préférés

Billets les plus lus

· Un plein de vie, (le coeur d'un homme)
· Comme un sourire
· Corps à corps au sommet
· Distancée
· A l'abordage
· Evolhumanisation
· Ascension
· Cinq jours avant l'heure
· Affects et double jeux
· Adieu

Statistiques



Ajoutez aux favoris 20 derniers commentaires

très très joli...
05.05.2008
tu es ma vie
24.04.2008
super textes ! j'adore !
26.03.2008
RSS

Blogs 18 à découvrir :

· lemeltingpotdeclytia
· letontonflingueur
· nonobi
· o0dayalone0o
· morganelafait
· langeauxplumesnoires
· cessenon
· otacon102
· etrangemessager
· alsacedownunder

Ultima ratio

Posté le 02.03.2008 par orexis




A terre, bel éphémère
Un carpe diem en vers
Déploie ses ailes, le fier,
Papillonner à l'air...




Au son de cloche, des rangs furent alignés, en décroissant et tout carré. Le directeur se présenta, comme l’habitude, avec éclat. Il prononça un beau discours, un peu forcé mais sans détour, et les élèves jouèrent aux sourds. Puis ce fut l’heure de déjeuner et la cantine fut repeuplée. Au menu de la rentrée, une purée au sang de poulet. Les toilettes à peine réparées, on alla tous s’oxygéner.
Et la reprise fut annoncée.

C’est une école un peu vieillie, façon gothique en fin de vie. La cour est petite, bordée de clôtures de granite, et légèrement fleurie de chrysanthèmes à l’agonie. Une douce odeur de marécage se mêle vaguement au paysage…
Et dans cette cour, un personnage.
Il est là, près du bosquet, à l’avant-scène du grand lycée, et il attend, sans s’inquiéter. Il est tout seul, et sans amis, et n’en cherche pas, ou sans envie. Là, il remarque son directeur, et ne peut retenir un haut le cœur. Il s’avance doucement vers lui, arrachant quelques orties, pour lui offrir une courtoisie. Le directeur les refuse, et avec une rage dissimulée, simule et s’en excuse. « Je n’aime pas beaucoup les civilités ». Le personnage n’insiste pas, et le suit à petits pas.
Dans le bureau, ils sont assis, et se regardent. Le directeur sourit, en baisse la garde. Mais ses mains tremblent, il veut frémir. Le personnage s’en moque, et sans maudire, d‘un simple rire. Il rit doucement mais trop franchement. Il est puni, demande pourquoi, et le directeur, de vive voix:
- Pourquoi? Vous ne le savez pas pourquoi? 
Un silence s’ensuit. Et le directeur se rassit. Il le regarde fixement, et lui demande sans ménagement:
- Savez-vous ce qu’est l’école de la vie?
Le personnage nie, et le directeur s’en méfie.
- Vous ne le savez pas? Pas du tout? Cela m’étonne, venant de vous… 
Puis il lâche, sans trop d’effroi:
- Une absurdité. Voilà ce que c’est.
Et il commence.

- Une absurdité, oui. Complète et infinie. Et savez-vous pourquoi? Non, toujours pas? Pour rien, voilà pourquoi. Ça n’a pas de sens, ni plus, ni moins. Voilà tout. Tout comme la vie. Ce n’est que du bruit… Mais ce n’est pas de cela dont il s’agit. Il s’agit de bien plus. Bien plus important. Oh, une mise en garde cependant. Ne riez pas. C’est une école ici, vous l’aurez remarqué. Non? Ouvrez les yeux et vous verrez. C’est une école, disais-je. Et dans une école, que fait-on? Vous ne savez pas? Moi non plus. Mais je sais ce qu’on n’y fait pas. On ne rit pas. On ne joue pas. On ne vit pas. On survit. Et c’est bien ainsi. Voilà qui est dit. Je poursuis. Vous n’êtes pas ici par hasard, vous savez. Non plus? Mais c’est parce qu’il n’y a pas de hasard. Ni de destin, d’ailleurs, ni de prédestinée, et autres noms bien abusés. Il n’y a rien du tout. Absolument rien. Et qu’est-ce que le rien? Allons, un petit effort… Silence de mort! Parfait, vous l’avez votre rien. Oui, le rien, c’est la mort. Vous le savez cela, tout de même? Non, vraiment pas? Alors apprenez-le et ne l’oubliez pas. La vie n’est rien, si ce n’est une mort. Ai-je tort? Non, absolument pas. Et que vous le sachiez ou pas, croyez-moi. Et si vous êtres ici, ce n’est pour rien d’autre que cet état… Du sursit. Vous l’aurez sans doute compris. Ah non? Et bien, je vous le dis. Aussi, je me dois de vous prévenir. Vous allez découvrir dans cette école des choses dont vous n’aviez jusqu’à aucune idée. Mais vous apprendrez. A survivre, d’abord. Et sans rire, cela va sans dire. Et à mourir, enfin. Car la mort, ça s’apprend. Pardon? Comment, non? Mais si, puisque je vous le dis. Pourquoi, sinon, êtes-vous ici? Vous ne savez pas, pas plus que moi? Mais vous ne savez rien alors, ni la vie, ni la mort. Et c’est triste. Mais nous allons y remédier, soyez-en assurés. Ceci dit, entrons dans le sujet. Et à vif, s’il vous plaît. Notre école a élaboré tout un programme pour vous aider. A quoi? Mais vous l’êtes déjà ou bien? A mourir, enfin! Reprenons. Des cours de testaments et de dernières volontés, d’oraison funèbre et de piété vous seront dispensés à chaque fin de matinée. Des polycopiés seront affichés à l’église, tout à côté. Vous pourrez les consulter toutes les fois que vous le souhaiterez. Le prêtre en a été avisé, il vous recevra dès que vous le verrez. Nous avons prévu aussi de très jolies visites guidées. Celle du cimetière en particulier, est d’une beauté… à profaner. Les enseignants sont également présents, du moins pour l’instant, et pourront vous professer sur n’importe quel sujet. L’essentiel est dit, je crois, passons aux nécessités. Dîtes-moi tout… Vous ne dîtes rien? C’est le rien du tout. Mais il vous faut parler, nous sommes entre nous. Pour commencer, tenez, dîtes-moi, de quelle mort êtes-vous inquiet? La mort de maladie, celle de vieillesse, ou le suicide peut-être? Qu’importe. Nous les avons toutes. Vous n’aurez qu’à vous renseigner. Et pour ce qui vient après, y avez-vous songé? A quel au-delà voudriez-vous passer? A un paradis sans doute, à une réincarnation peut-être, à un repos éternel alors? A vous de choisir. Ce sont vos rêves, ils vous appartiennent. Mais pour tout renseignement complémentaire, je suis à votre disposition entière. Quant à vos proches, y avez-vous pensé? Quelle mort oseriez-vous léguer? Une mort violente et en secret? Une mort latente et sans regret? Vous aurez toutes vos nuits pour divaguer, et de bons livres à méditer. Et pour ce qui est de votre corps, que lui avez-vous réservé? Enterré, incinéré, dispersé, momifié ou congelé? Ce sera à vous d’en décider. Mais de nombreux colloques seront organisés. Nous avons une bibliothèque aussi, bien fournie et très variée. Ne soyez pas inquiet, tout est fait pour vous aider. C’est un cap difficile, et je le sais, ne serait-ce qu’en pensée. Mais nous ne pouvons y échapper, alors autant s’y préparer. Mais vous le constaterez, et plus vite que vous ne le croyez, au fond, la mort n’est qu’une formalité. Et si vous éprouvez des résistances ou difficultés, des groupes de soutien ont été formés. Vous pourrez les rejoindre sans anxiété. Et en cas de nécessité, j’ai informé les psychiatres de votre arrivée et, c’est une chance, l’asile n’est pas encore au complet. Tiens, voici déjà la nuit… Elle est en avance aujourd’hui… Douce folie! Mais, dîtes-moi, vous êtes bien silencieux… Et vous avez mauvaise mine, mon malheureux. Vous ne répondez pas? Pourquoi cela? Allons, vous me donnez le tournis, c’en est assez, cela suffit! Dîtes-moi une chose, je vous en prie…

Mais le personnage s’est évanoui.
Le directeur s’en voit proscrit. Il s’impatiente, et le punit. Il reste muet, n’est plus ici. On l’exporte à l’infirmerie. Son corps est lourd, plein d’inertie.
La sentence tombe, elle est aigrie…
C’est son esprit, il s’est enfui.
Le souffle est court, et l’air glacial. Et au final, un hôpital.
C’est une mort. Mort cérébrale.
Oui, c’est une mort. Une mise à mal.
Mais plus qu’une mort, c’est du fatal.

un amour de préjugé

Posté le 02.03.2008 par orexis
- Et à présent, ce magnifique état de l’âme, évalué à n’importe quel prix, ni échangé, ni repris, j’ai nommé l’amour…

La salle vacilla. Tous les acheteurs se regardèrent, visiblement bien en colère. Ils étaient venus du monde entier, ne serait-ce que pour l’admirer. Mais l’objet restait caché. Le commissaire l’avait scellé, et le gardait en grand secret. La tension parvint à l’apogée, et la compétition fut enragée.

Un homme d’une certaine maturité proposa le premier.
- J’offre de la tendresse, s’écria-t-il, avant que d’être éjecté. Raison invoquée: ce n’est pas assez. Il ne contesta pas et se laissa y repenser.
Un autre prétendant saisit alors sa chance et tente son élément.
- Je propose de l’attachement…
Mais ce fut dit insuffisant.
Une dame âgée surenchérit.
- J’offre la douceur à l’attachement. Et un peu de caresses en complément.
Elle fut excusée.
L’enchère s’annonçait difficile, mais les acheteurs, persévérants. La course reprit avec acharnement. Une petite brune s’y essaya.
- J’offre la complicité, et comme pour anticiper: et je l’offre en illimité.
Le commissaire priseur n’y pensa même pas, et la petite brune fut évincée.
- De l’amitié, exulta son amie, en bonne solidarité.
Le commissaire s’en réjouit.
- Voilà qui est mieux… Mais bien encore trop peu.
Les deux amies se rassirent, sans grand sourire. Un compétiteur les fourvoya.
- De l’amitié, n’importe quoi… L’amour, c’est tout sauf ça! Moi, je propose la séduction, avec un jeu des émotions.
On l’examina. C’était un jeune homme aux airs rieurs, et évidemment bien grand charmeur. Mais ses clins d’œil furent sans succès, et le commissaire, de s’excuser.
- C’est une idée des plus sensibles, mais que je me dois de refuser.
Le jeune homme en fut piqué.
- Et pourquoi je vous prie?
- Parce que c’est trop joli. Trop beau pour être vrai. Et trop simpliste même, je dirais.
Le bel homme n’insista plus et se rassit, mais tout proscrit.
Les propositions reprirent, avec une hargne à en frémir. Mais le commissaire fut exigeant, comme jamais auparavant.
Une grande blonde attrayant avança ses arguments.
- De l’attirance, susurra-t-elle, en se penchant bien lourdement.
Le commissaire en trembla, mais ne put approuver.
- C’est tentant, il est vrai. Mais l’amour mérite quelque chose de plus constant. Ne m’en veuillez pas, vraiment…
La grande blonde se redressa, rougissante d’un piteux état.
- De la pitié, s’écria alors une voix.
C’était une grosse voix, sarcastique et rouillée.
- De la pitié… C’est un terme qui me déplaît. Et d’aucune nécessité. Ce n’est parce que vous me donnez pitié, que je vais vous rendre l’amour. Vous vous égarez, ce n’est pas ainsi que cela fonctionne. Mais rassurez-vous, vous n’êtes pas le seul…
La voix se tut, brisée et aigue.
- De l’admiration, balança un garçon, avec des yeux comme des ballons.
- C’est une bonne proposition. Mais l’amour a ses conditions. Et l’admiration ne fait pas tout, elle n’en est qu’un menu bout.
Après lui, un homme s’aventura.
- De la passion, et nulle raison. Qu’est-ce que vous dîtes de cela?
- Que c’est une fausse comparaison. L’amour est moins vif, que cet ébat. Si je vous le donne, vous me le rendrez. Et pour deux raisons, qui plus est. Du fait d’abord qu’il vous dépassera, et que vous ne saurez ensuite en conserver l’éclat. La passion est forte, mais elle ne dure qu’un temps. L’amour est plus discret, mais défie tout présent.
Un vieux monsieur éclaboussa franchement.
- Du sexe. Beaucoup de sexe. Une éjaculation de sexe. Ça, c’est du plus que présent!
- Non, monsieur. Ça, ce n’est qu’un bon moment. Insuffisant. Si vous n’aimez que vos amants, alors vous aimez peu et d’un amour trop peu galant...
- Du mérite, taquina un enfant.
C’était un grand enfant, d’un courage étonnant. Tous les regards y convergèrent, tous le priant de se taire. A l’exception du commissaire, qui lui sourit délicatement.
- Non, mon enfant. Ce n’est pas avec du mérite que l’on obtient l’amour. C’est malheureux, je le sais bien; mais je n’y peux absolument rien…
Le commissaire marqua une pause, mais les acheteurs s’y opposèrent. L’impatience régnait en maître, et l’on dut s’y soumettre. Le début fut relancé.
- De la patience, offrit une jolie dame, d’un calme reposant.
- Comme c’est intéressant, lui répondit-on. Mais la patience a des limites que l’amour se plaît à ignorer. Mille regrets.
Elle n’en parut pas bouleversée.
- Je propose de la naïveté, lâcha un vieil aigri, avant que d‘ajouter: c’est le prix à payer.
On le gronda avec mépris, et l’acheva sans ménager.
- Vous semblez effectivement savoir de quoi vous parlez. Mais ce que requiert l’amour n’est pas tant de la naïveté, qu’un peu seulement de curiosité. Si vous voulez que je vous le cède, alors il faut vous corriger. Et apprendre à espérer, pour commencer…
Et le vieil aigri partit.
- De la folie, s’écria un autre.
La salle s’éprit de rire.
- Charmant. Follement charmant. Mais indécent. Car si l’amour peut être aliénant, il n’en reste pas moins un indépendant. Oui, monsieur, il n’est pas fou, l’amour, ce sont les amants qui le peuvent être. Or, ce n’est pas un amoureux que je vous vends, mais leur amour, pauvre inconscient!
Le fou d’amour quitta la salle, hystérique et boitant. Le commissaire songea à le retenir; il avait une folle envie de rire. Mais un acquéreur se fit entendre. Il se leva et d’une poigne forcée, s’exprima avec fierté.
- Je vous offre le courage, monsieur le commissaire. Rendez-moi l’amour, si vous voulez me faire taire. Vous ferez mon bonheur, et je vous ferai honneur. C’est un échange de bons procédés…
- … Que je décide de refuser. Monsieur est poète, et cela seul prouve son courage. Mais aussi doux soit votre adage, il se résume à des promesses. Et les promesses ne me touchent guère, mon brave. Elles ne démontrent que votre envie, est-ce que cela seulement suffit? Vous me donnez votre parole, mais l’amour exige davantage. Il lui faut des actes, il lui faut des preuves. Bien plus que du courage, c’est une question de dignité. Il faut le mériter. Et quoi que vous en disiez, ce n’est pas ce que vous m’offrez: il me manque toujours les faits.
L’orgueilleux n’osa pas se défendre et cria forfait, en gage d’humilité. L’humilité, c’est ce qu’offrit une femme ratatinée. Elle fut expulsée avant même d‘accoucher.
- Ajoutez à votre humilité un peu de fierté, et à défaut de vous le donner, l’amour, je pourrais vous le prêter. Mais l’humilité seule est danger. Elle ne vous offrira pas l’amour, mais vous en dépossèdera. Vous lui offrirez tout, mais jamais rien ne vous rendra. Oui, l’humilité seule est un danger. Elle vous ôte le seul amour dont on peut disposer, et en toute impunité, cet amour que l’on se porte, l’amour de soi et de ses qualités. Or, sans cette estime, l’amour n’est plus rien, plus rien qu’un vide abyme. L’on s’y perd en même temps qu’il s’enfuit, et à ne plus s’aimer soi-même, l’on en égare l’amour d’autrui. Oui, l’humilité est un vrai danger; j’y préfère la modestie.
La femme se ratatina encore un peu et se surprise à pleurer. Une autre femme, alors, vint s’exprimer.
- Moi, proposa-t-elle.
- Comment, vous? s’étonna le commissaire.
- Moi, simplement moi. Je m’offre à vous, monsieur le commissaire. Et je me donne tout en entier. C’est tout ce que je peux offrir, alors prenez. Vous pourrez me disposer, et à votre guise, s’il vous plaît. Mais, en échange, accordez-moi cet amour que vous vous réservez…
Le commissaire s’en retourna et consulta ses conseillers. Il trouvait l’offre pleine de fraîcheur et insolente de bonté. Mais la demande toujours manquait. Il refusa, tout désolé. C’est alors qu’un petit homme se fit remarquer. Il éclata dans un rire fastueux, et en contamina l’assemblée. Le commissaire ne sut que faire, et hésita à sévir. Il laissa finalement le monsieur s’éclater et s’y laissa prendre par légèreté Lorsque l’assemblée retrouva un souffle, il exprima son offre en tout gaieté.
- De l’humour. Rien de plus, rien de moins que de l’humour. Nous avons tous et tout à y gagner…
Le commissaire délibéra, mais ne concéda pas.
- Vous pensez sérieusement que l’amour n’est qu’une partie du plaisir? C’est drôle, en effet. Mais c’est une erreur. Refusé.
Le monsieur en rit encore et partit se rafraîchir un peu. L’on s’interloqua. Il semblait si heureux… Puis ce fut le silence. Le commissaire tenta une relance, mais en vain. Les acheteurs n’osaient plus, pour beaucoup trop déçus. Le commissaire s’interrogea et ses conseillers se retirèrent. Quelques chuchotements félissaient çà et là, et le commissaire y prêta une oreille. Il entendit un certain bruit, en demanda un écho, mais le chuchoteur s’y refusa. Il avait peur. Alors le commissaire le pista, insista et persista, tant que le muet se confia.
- Je pensais à de la sincérité. Mais vous le refuserez, n’est-ce pas?
- Si, en effet, c’est. Mais c’est tout de même bien essayé. Celui qui ne tente rien, est encore moins…
Le commissaire était un génie, un malin. Les chuchotements laissèrent place à des cris. Mais aucune proposition ne fut validée. Certaines, pourtant, étaient plus que louables; certaines étaient valables. Le commissaire les prit en note, et rappela ses conseillers pour en débattre.
Alors qu’ils discutaient d’une offre à pourvoir, un vieillard un peu canard pointa sa canne vers le commissaire et le disputa avec entrain. Le commissaire fit signe aux messieurs de sécurité, mais le vieillard se mit à parler. Il lui dit, à quelques mots près, qu’il avait une proposition à formuler, que la sécurité pouvait prendre congé, qu’un vieillard de sa trempe n’était pas d’humeur à attaquer. La proposition entendue, l’amour fut vendu. Le vieillard prit le précieux et ne le quitta plus. La salle se vida, des conseillers jusqu’aux acheteurs, de sa sécurité comme de ses chuchoteurs, et l’enchère fut abolie. Alors le commissaire partit aussi, en repensant à son vieillard ami. Les propositions avaient été fortes et toutes sensées. Mais le vieillard avait comprit, ce que d’autres n’avaient pas pensé. C’était pourtant simple. C’était presque rien. C’était ça d’ailleurs. Rien.
L’absolu rien.
L’amour n’est pas à vendre. L’amour ne s’achète pas. L’amour n’a pas de prix.
Ces quelques vérités avaient suffit.
Pourquoi, alors, avait-il fallu tant de passion, de sexe comme de raison, de courage, d’humilité et de sincérité pour y songer? Incompréhensible. Inexplicable. Et pourtant tellement vrai…

Et si c’était ça, l’amour, au final?
Un petit rien, après tout.
Un petit rien, pour beaucoup.
Un petit rien, qui fait tout…
A juger. Sans plus.




Conception

Posté le 02.03.2008 par orexis

Être ou ne pas être?
C’est la question qui me harcèle depuis tellement de temps maintenant que je me demande encore pourquoi je me la pose. Peut-être parce qu’il faut que j’y réponde… Mais que répondre à cette question? Est-ce vraiment une question à réponse? Je commence sérieusement à en douter.
Le doute. Celui-là aussi il me harcèle. Je dirais même plus, il me persécute. Et le problème, c’est que je ne sais même pas pourquoi. Ou c’est peut-être ça le véritable problème, la réponse au pourquoi: je ne sais pas. Est-ce quelqu’un dans votre monde a résolu ce problème du je ne sais pas? Parce que moi, plus je cherche et plus je ne trouve pas.
Je ne trouve pas. De cela, au moins je n’en doute pas. Suis-je plus heureux pour autant? Je ne crois pas.
Je ne crois pas. Oui, c’est tout ce qu’il me reste maintenant. De la croyance. Est-ce beaucoup que cette chose-là? Car j’ai beau croire, le doute est là. Immobile mais inquiétant, je le fuis de temps en temps, mais il me rattrape à peu près toujours. C’est cruel un doute. Mais le mien est terrifiant.
Il est apparu avec cette question qui me trouble tant. C’était il y a une éternité si mes souvenirs sont bons. Il a du me trouver à son aise parce que depuis, il ne m’a pas quitté d’une once de temps. Je le lui ai pourtant dit à ce doute qu’il ne me gagnerait pas. Mais les doutes n’écoutent pas. Alors j’ai voulu le lui montrer, j‘y ai mis toutes mes forces, mais ça ne suffisait pas. J’ai vraiment tout essayé, je ne comprends pas. Je l’ai pris par les sentiments, lui disant bien clairement quelque chose comme: « vas, je ne t’aime pas ». Mais les doutes sont insensibles, les mots du cœur ils ne connaissent pas. Alors je me suis fait plus dur et plus froid. Je lui ai dit, Dieu avec moi: « j’ai la foi ». Mais les doutent ne croient pas. Aussi, j’ai lâché, avec une conviction bien simulée, un pitoyable: « je sais ». Mais, comme je m’en doutais, les doutes le savent que l’on ne sait pas. Oui, c’est cruel un doute. Il se méfie de tout et ne dit rien. Et il vous laisse là, avec des questions auxquelles personne ne répondra.
Être ou ne pas être? Celle-là me hante, si vous saviez… Elle hante mon cœur comme mon esprit; ils la repoussent, elle les poursuit. Et elle revient, jours et nuits; à chaque seconde de ma survie. Elle ne dort donc jamais cette furie? Je ne lui ai pourtant rien fait. Alors pourquoi m’a-t-elle choisie? Pourquoi moi? Pourquoi pas lui? Je suis là, assis, parfois couché, dans ce corps qui m’a enfanté. Et je sais bien que, bientôt, je devrai décider. Être ou ne pas être? Ce sera toute ma destinée.
Mais je ne l’ai pas voulue cette destinée. Ai-je, à un moment ou à un autre, émis l’idée, ou l’éventualité que, peut-être, ce serait bien pour moi d’exister? Que cela me plairait? Non, évidemment que non. On m‘a voulu, mais je n‘ai rien demandé. Comment l’aurais-je pu d’ailleurs, moi qui n’étais même pas de cette réalité? Alors, dîtes-moi, s’il vous plaît, je devrais vraiment me sentir obligée d’exister? C’est tout de même assez insensé que je ne puisse pas même, moi, le principal concerné, décider de ma destinée. N’ai-je pas, moi aussi, puisque je suis voué à naître homme, un droit à la liberté? C’est trop demandé?
Tout cela, c’est-ce que je me suis laissé penser les premiers mois, lorsque j’étais à peine fécondé. Mais le temps a fait son œuvre et ma raison s’est exercée. C’est alors que j’ai compris que je n‘étais pas tant soumis à la fatalité. Parce que, que l’on m‘ait imposé l‘existence, je ne peux le contester, c‘est d‘accord. Mais, cette existence à laquelle on veut me forcer, je peux toujours m’en séparer… Ce ventre dans lequel on m’a déposé, suis-je contraint d’en sortir? Je peux toujours y rester et m’y laisser mourir. Je peux choisir de ma liberté, car je suis libre avant même d’être né. Libre de vivre ou de ne pas en décider. Libre de mourir comme de laisser les autres en juger. Et, comme je ne veux pas céder le moindre choix de ma liberté, ce sera à moi d’en délibérer. Vivre ou mourir? Il n’appartient qu’à moi de fixer ma volonté. C’est ce que j’ai compris depuis peu, dans un excès de lucidité. Je suis libre d‘exister.
Une naissance, c’est apparemment quelque chose de sacrée dans votre monde. Je l’ai senti depuis longtemps cet amour que vous portez aux « bébés ». Car c’est bien ainsi que vous nous appelez? Je me demande où vous êtes allés le chercher ce surnom ridicule. Mais je finirais sans doute par m’y habituer. « Un bébé d’amour ». Vraiment, ce sera difficile. Je me demande d’ailleurs ce que c’est que cet amour dont vous m’inondez. Et si tout cela est bien sérieux. Parce que, sincèrement, je ne parviens pas à comprendre comment vous pouvez aimer un être que vous ne connaissez même pas. A moins que ce soit justement parce que vous ne me connaissez pas que vous m’aimez. Qu’est-ce qui me prouve en effet que, lorsque je serais davantage qu’un bébé, vous saurez encore m’aimer? Toutes ces caresses que je peux sentir frôler ce ventre rebondi ne me sont pour l’avenir d’aucune garantie. Alors, si la naissance est pour vous chose sacrée, je me plaît pour ma part à la penser profanée. Et d’accorder, à cet égard, qu’une naissance n’est d’aucune nécessité. Si je dois naître, ce sera parce que je l’ai décidé, n’en déplaise à ceux qui m’ont engendré. Je ne les estime pas beaucoup d’ailleurs ces gens-là. Trop souvent je les entends, eux et leur fierté, comme ils se flattent de m’avoir conçu, ou procréée! C’est indécent. Elles ne ressentent donc aucune culpabilité, ces belles âmes damnées? Je le sais ce qu’ils pensent, ils ne me le content que trop. Ils pensent qu’ils me donnent la vie, et que c’est là m’offrir un présent que rien ne saurait égaler. Voilà ce qu’ils pensent ces criminels de sang. Mais quoi, je dois les remercier peut-être? Non merci. C’est un présent bien beau qu’il m’offre là, j’en conviens sans effort et ne m‘y oppose pas. Mais qu’ai-je à faire d’un tel présent si mon avenir n‘est pas assuré? Y ont-ils pensé, eux qui m’ont condamné? Se sont-ils déjà demandé si ce n’est pas un cadeau empoisonné que ce qu’ils m’offrent avec tant de générosité? Ont-ils songé à tous les dangers qu’il représente ce don de la vie? Un peu de modestie! Ce que vaut ce présent, c’est à moi d’en juger. C’est mon droit et je le prends; personne ne fera de moi un être déterminé, de force ou de gré.
Mais que vaut-il justement, ce don si précieux? Il vaut bien un doute, un doute malheureux. Car c’est à ce niveau que se situe mon problème; il n‘est pas ailleurs, il n‘est qu’un dilemme. Et s’il me faut vous le résumer, c’est en ces quelques questions qu’il s’est logé: Que dois-je penser de cette vie que l’on veut me donner? Dois-je l’accepter? La refuser?
Ce sont des questions qui vous semblent peut-être quelque peu déplacées. Mais ce sont ces questions qui me font douter. Car le temps ne m’attend pas et le futur me presse déjà. Il me faut choisir: vous rejoindre ici-bas ou bien m’abstenir, ce n’est plus seulement une question d’avenir, mais une question du présent pour un présent à venir.
Seulement voilà, cette vie que je me dois de juger, je ne la connais pas. Je sais qu’elle est en moi, puisque je suis vivant, mais bien qu‘évidemment, je ne le sais pas vraiment. Car tout ce que je perçois d‘elle, ce n’est qu’un sentiment. Et ce n’est pas sur un sentiment que je veux fonder mon jugement. Aussi, de la vie, je n’en ai qu’une idée, est-ce là bien assez? Je vais pourtant faire avec, car c’est tout ce que j’ai.
Cette vie que je me figure en pensée, c’est une chose assez étrange. A la fois belle et cruelle, douce et abrupte, vive et latente, elle est un peu de tout et son contraire. Je l’entends souvent, celle qui me porte, en rire de cette vie mystère; mais souvent pourtant, je l’entends pleurer tristement. Pas de quoi me rassurer. Bien des fois aussi ma porteuse m’a murmuré que la vie est une fête, et d’autres fois crié comme la vie est mal faite. Je ne suis donc sans doute pas le seul à ne pas savoir quoi en penser. Alors je ne cesse depuis de me demander si la vie vaut vraiment la peine, je veux dire, si elle vaut toute cette peine dont elle nous afflige et, s’il suffit d’un fou rire pour lui pardonner le pire. Est-ce qu’un sourire vaut toutes ces larmes? Ici encore, le doute me vient. Que me réserve ma vie? Que m’est-il permis d’espérer? Si vous pouviez me répondre, vous qui êtes en cette vie, en ce monde, que me diriez-vous? Naître ou naître pas? Me donneriez-vous la vie? Me mettriez-vous au monde?
Car cette vie dont je n’ai pour le moment qu’une vague idée, c’est pourtant tout un monde. Je dirais même plus, hors de ce monde, il n’y a pas de vie, ou s‘il y a quelque chose qui y ressemble, ce n‘est pas une vie. Aussi, lorsque j’entends dire tout autour de moi, que certains ont la belle vie, je me demande ce que cela signifie. Dois-je comprendre qu’il y a plusieurs vies? Et là c’est le drame, mon doute grandit. Ma destinée ne dépendrait-elle donc que d’un hasard? C’est insensé. Car nous appartenons tous au même monde, non? Alors, comment expliquer que nous ne vivions pas tous la même vie? Et me voilà à nouveau en proie à ces questions d‘absurdité. Quelle vie va donc m’offrir votre monde?
Il paraît d’ailleurs que certains d’entre vous ont quitté ce monde parce qu’ils ne supportaient plus leur vie. C’est mon géniteur qui me l’a dit. Il paraîtrait même que d’autres ont privé certains de la vie. Comment cela est-il possible? Certains donnent la vie, d’autres la prennent, d’autres encore se l’ôtent d’eux-mêmes. Mais quelle valeur donnez-vous donc, dans votre monde, à la vie? Ne faudrait-il pas en décider une fois pour toutes? Et, moi, qui suis à l ‘approche de ma vie, qui n’en est pour l’heure qu’une partie, que dois-je en décider? Très sincèrement, je veux bien la prendre cette vie, mais qu’en ferai-je une fois que je serai au monde? Qui me dit que je n’en ferai pas un bon gâchis? Et, dans ce cas, qu’il ne vaudrait mieux pas que je ne sois pas en vie? Car je ne me soucie pas seulement de moi, mais de ce monde aussi. Qu’est-ce qui prouve que je ne vais pas punir, vous et votre monde, de ma vie?
En somme, ai-je droit à la vie?
Car ce n’est pas une mince affaire que d’être en vie. Encore faut-il le mériter. Aussi, je commence doucement à penser que ce n’est pas tant la vie qui importe mais celui qui est en vie. Comment, alors, je conçois la vie? Comme un terrifiant explosif qui met le monde en péril. Voici l’homme: celui qui désamorce sa vie. Je ne paye pas de mines. Je sais bien que c’est là de belles idées qui ne valent rien de concret. Est-ce à dire qu’elle ne valent strictement rien? Si tel est le cas, alors vivra qui pourra et je me laisserai vivre. Mais je ne suis pas comme ça. Dans ce ventre tout arrondi, c’est à moi de me donner la vie… Mon doute rit, il sait que je le fuis. Il me rattrape mais ce n’est plus le même. Etre ou ne pas être, c’en est fini. Me voilà maintenant aux prises avec cette question de vertige: qui suis-je?
J’ai bien l’impression, en vérité, que c’est de là que tout est parti. Cette question vous menace-t-elle vous aussi? J’espère que oui. Sinon, c’est que votre monde est incertain. Qui suis-je? Mon doute va de pis en pis. Car, j’ai beau m’interroger, me scruter, m’abîmer, sous mon apparente nudité, je ne perçois aucune réalité. Rien de concret. Rien de suffisant. Rien de déterminé. Rien, en fait, qui vaille la peine de me dire: je suis. Mais alors, peut-être que je ne suis pas. Peut-être qu’il n’y a rien qui soit. Ni moi, ni cette vie, ni ce monde auquel je n’appartiens même pas. Oui, peut-être que je me suis fait tout un monde à partir d’un rien du tout. Peut-être que je ne suis pas. Mon doute est plus fort que tout maintenant, il est plus fort que moi. Bah, quitte à douter, autant y aller franchement. Ce doute, je le prends. Alors le doute, qu’as-tu à me dire à présent? Que je ne suis rien? Mais ce n’est pas rien cela, je suis toujours quelque chose. Ah, tu me dis que je ne suis pas. C’est mieux mais ça ne me satisfait pas. Tu ajoutes que tout ceci n’est qu’un songe? Je veux bien te croire, mais dis-moi, ce songe, qui le fait? Mon doute, tu est bien sot. Car si je rêve, c’est que je pense, et si je pense, c’est que je suis. Bien, me voilà rassuré; je suis. Mais qui suis-je? Vraiment, je crois que je m’y perds. Moi, bien à l’aise de savoir que je suis, je me sens pourtant cruellement vide. Car je ne sais pas qui je suis. Mais il se peut que je ne sois pas encore vraiment. Je veux dire, il est possible que je ne sois personne. Car tout ce que j’ai appris de moi est que je pense. Qui je suis? Un être qui pense. Bien, mais est-ce là tout? J’ose espérer que non. Mais rien ne me prouve le contraire. C’est difficile de se connaître lorsqu’il n’y a personne pour vous y aider. C’est difficile de se connaître soi-même. Et, pourtant, il le faut bien. Parce que si je ne me connais pas, comment pourrais-me juger? Comment saurais-je si je suis fait pour la vie? Si je suis fait pour ce monde? Là, je m’avoue vaincu. Statu quo, je suis perdu. Et dans le doute, il vaut mieux s’abstenir.
Alors quoi? Je vais me laisser sous vivre? Moi, le locataire d’un corps qui ne m’appartient même pas, je devrais me contenter de cet état? Quelle est triste la vie lorsqu’elle n’est pas finie… Mais elle se finit bien un jour, m’at-on dit. Alors qu’est-ce que je risque au final? J’ai la mort pour garantie. Si je ne suis pas fait pour la vie, il me restera toujours cette porte de sortie. En même temps, puisque je dois mourir, autant en gagner un peu de ce temps. Je m’épargnerais quelques souffrances.
Mais dans le cas contraire, j’aurais manqué une occasion de vivre… et pourquoi pas même une chance de vivre bien…
Quoi le doute? Tu me prends en pitié? Je dois rêver. Non, c’est bien vrai? Alors dis-moi tout, que je sache ce que tu sais.
Mon doute, si celui que tu me chuchote est une réalité, alors je te hais de me l‘avoir si longtemps caché. Mais je me décide, sans hésiter.
Cela est, je sais quoi penser. Etes-vous prêt? Moi je ne suis plus inquiet. Car je sais. La vie m’est inconnue mais qu’importe? Je l’emporterai au monde cette vie et la rendrai des plus jolies. Oui, à présent je le sais, qu’il n’y a rien de plus vrai. Et, quand bien même je me tromperais, je préfère être déçu que de n’avoir pas vécu. Je préfère être déçu que de ne pas être. Et, de cela j’en suis sûr car c’est mon cœur qui me le dit.
Je l’aime bien mon cœur vous savez. Il me révèle des choses dont lui seul a le secret. Des choses dont j’ignore jusqu’à l’existence quand je me plais à faire de l’esprit. Et, mon cœur me dit de vivre. Il me dit de ne pas m’inquiéter, que neuf mois pour se préparer à la vie, ce n’est certes assez, qu’une vie entière n’y suffirait, mais qu’il faut vivre avant que d’y penser. Il me dit qu’il sait ce que je ressens, qu’il s’entend battre à tout instant. Et il me le dit aussi, souvent, que si mes craintes sont fondées, elles seules pourtant brisent les regrets. Il sait taire mes peurs mon cœur et me donne envie. L’envie d’y croire, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie. Mais d’y croire surtout et d’espérer pour beaucoup. Et lorsque mon esprit me tue doucement, mon cœur me sauve la vie. Alors, je veux bien l’entendre ce cœur et le faire vibrer un peu encore. D’accord, la vie, c’est la mort assurée. Mais la vie c’est une opportunité. D’accord aussi, avec tant de dommages et si peu d’intérêts, la vie c’est tout de même un sacré pari. Mais de joie ou de peine, qu’il pleure ou qu’il saigne, l’important est que le cœur batte. Alors, en vérité, je vous le dis, il est des moments de vie qui nous interpellent, nous intriguent ou nous surprennent; en un mot qui nous touchent. Des moments de bonheur, de joie intense ou de simple soulagement, et d’autres instants plus douloureux, plus tristes, plus difficiles; des moments de doute; des instants graves durant lesquels l ‘émotion se fait plus vive, plus aigue; des instants assassins. Je pense que chacun d’entre vous saisit ce que j’entends ici. Ces moments de vie, sans doute en avez-vous fait l’expérience, ne serait-ce qu’une fois. Il est vrai que chacune de ces expériences est unique; nous vivons des vies tellement différentes qu’il est bien rare de rencontrer chez l’autre la même expérience de la vie. Et pourtant, s’il est bien une chose qui se retrouve en chacun de nous, et qui, malgré nos divergences, demeure intacte, c’est l’intensité que la vie peut parfois nous donner de ressentir; c’est la force, meurtrière ou salvatrice, qu’elle peut nous manifester. Aussi, si la vie ne semble certainement pas être la même pour tous, nous sommes tous en vie, quelle que soit cette vie, et c’est cela, je pense, le vrai, l’unique, le miracle de la vie.
Alors mes chers parents, puisque vous me donnez la vie, sachez que je la prends.
Un mot d’ailleurs y suffira, je tuerai mon doute et n’en garderai que l‘éclat:
Merci.

Sain esprit

Posté le 02.03.2008 par orexis




- Père, puis-je vous poser une question? 
- Bien sûr mon enfant. Si je t’ai fait une bouche, c’est bien à cette fin...
- Et bien voilà... Je viens de parler à un homme que je n‘avais encore jamais rencontré. Il m’a dit des choses que je n’avais jamais entendues. Et il pensait d’une manière dont je n’avais pas eu connaissance jusqu’à présent. Alors je me pose des questions… 
- Ce n’est pas un si grand mal mon enfant. Si je t’ai donné la raison, en même temps que le langage, c’est bien à cette fin. 
- Mais je ne sais pourtant pas si c’est un bien. Il me vient des idées toutes nouvelles et elles perturbent beaucoup mon sain esprit. 
- Si je t’ai fait don de l’esprit mon enfant, ce n’est pas pour qu’il soit tant perturbé. Alors, parles, je t’écoute. 
- Je ne saurais vous dire tout ce qu’il m’a conté car c‘est encore bien confus. Ma mémoire me joue de mauvais tours.
- Et si je t’ai alloué une mémoire, ce n’est pas pour qu’elle te fasse autant de peine. Alors, dis-moi donc qui il est, car je le connais sans doute. 
- Sans doute oui, car vous savez tout ce que j’ignore. Je ne sais plus son nom. Mais il m’a dit être… philosophe, oui, c’est bien ça. De cela, je me souviens sans savoir pourtant ce que ça signifie. 
- Philosophe? Par moi, c’est troublant. Mais ne sois pas inquiet mon enfant, les philosophes en ont fait tourner la tête à plus d’un. 
- Seulement je ne sais pas ce que c’est, cela, la philosophie. 
- Oh, tu n’as peut-être pas tant besoin de le savoir. Car il se murmure partout qu’elle serait en voie d’extinction. 
- Elle aussi? Nous vivons une dure période mon père, ne trouvez-vous pas? 
- Très certainement. Et si je t’ai donné la vie, ce n’est pas pour qu’elle soit si dure. Mais ça ne dépend pas de moi… 
- Et c’est bien ce qui me chagrine le plus. Ne pouvons-nous donc rien faire? 
- Je le crains hélas. 
- Je voudrais tout de même savoir ce qu’elle est, cette espèce qui disparaît. 
- Je me félicite de t’avoir offert la volonté, elle est très bonne. Puisque c’est ce que tu désires mon enfant, qu’il en soit ainsi. 
Il était une fois, dans des temps très anciens, des hommes anciens. Ils te ressemblaient assez. Comme toi, ils avaient une profonde envie de comprendre, de connaître et de découvrir l’inconnu. Comme toi, ils avaient de nombreuses questions. Seulement voilà, eux n’avaient personne pour leur répondre. Aussi, lorsque ces hommes, des êtres pensants, se sont trouvés confrontés à l’ignorance, le besoin de savoir, constitutif de la nature humaine, s’est plus que jamais fait sentir. Parce que le savoir qu’ils détenaient jusqu’alors n’était que croyance, cette autre forme de l’ignorance, la philosophie comme recherche du savoir est née. La pensée est devenue pensée philosophique, pensée qui ne se contente plus d’inventer, pensée qui ne veut plus seulement croire, pensée qui veut savoir. 
- Mais, mon père, je ne vois rien de mal à croire en une chose… 
- Tu n’as pas tort, la croyance peut être chose très sainte, et toute puissante. J’ai d’ailleurs pensé qu’elle leur suffirait… Mais j’ai du me tromper quelque part. Enfin, comme je te le disais, le désir de sagesse fut d’abord désir de savoir. C’est bien d’ailleurs ce désir qui caractérise les tout premiers penseurs de l’humanité, ceux que l’on pourrait considérer comme les auteurs et acteurs de cette nouvelle manière de penser. Parménide, Héraclite, Anaximandre, Thalès, Pythagore t’en ai-je déjà parlé? 
- Oui mon père je les connais. 
- La mémoire ne m’épargne pas moi non plus. Et bien, vois-tu ce sont eux et tant d‘autres aussi qui ont porté la philosophie. Eux d’abord qui ont donné à la pensée sa fin: le monde, le tout comme objet de savoir. Eux encore qui ont donné à la pensée ses moyens: la philosophie, en tant que pensée qui vise le monde, le tout comme objet de savoir. Et, la fin justifiant les moyens, ce sont eux enfin qui ont donné à la philosophie sa première légitimité. 
- Mais qu’en pensez-vous, mon père? Jugez-vous qu’ils aient fait là une bonne action? 
- Je le pense en effet. Car d’après ce que je puis me rappeler, sans cela, la pensée serait restée pensée à vide et n’aurait jamais été pleinement pensée, c’est-à-dire pensée philosophique. Alors, oui, la philosophie devait naître. 
- Que s’est-il passé ensuite? Qu’est-elle devenue? 
- Ne vas pas trop vite, enfant. Sers-toi de la patience dont je t’ai doté. Car si j’ai dit que la philosophie devait naître, je n’ai pas dit qu’elle était née. 
- Ah? Pourquoi? Sa naissance fut difficile? 
- Je me remercie de t’avoir confié une si bonne intuition. Disons que sa naissance fut délicate. Car, tu l’auras peut-être deviné, la philosophie a pris essence avec l’ignorance. Sais-tu ce que c’est que l’ignorance? 
- Je crois oui. C’est lorsque l’on ne sait pas. 
- Tu n’as pas tort, l’ignorance peut être un manque de savoir, un savoir qui n’est pas. C’est d’ailleurs pour beaucoup cette ignorance qui a conçu la philosophie. Mais l’ignorance, ce n’est pas que cela. L’ignorance, c’est aussi un savoir qui manque, un savoir qui n’est pas savoir. 
- Je ne suis pas sûr d’avoir saisi mon père. Qu’est exactement cette ignorance? 
- Comment te l’expliquer? C’est un savoir qui prétend beaucoup mais qui offre peu, un savoir qui dit tout mais ne pense rien. C’est un pseudo savoir. Et c’est en réaction à cette autre situation de crise qu’un homme, être bien pensant, a compris la nécessité de la philosophie. 
- Pourquoi dites-vous que c’était une situation de crise? 
- Mais parce que c’est bien de cela dont il s’agit. La philosophie, ce n’est rien d’autre qu’une situation de crise. C’est lorsque la pensée est en crise, qu’il y a philosophie. Et il n‘y a rien qui fasse davantage crier la pensée que l‘ignorance. C’est par ignorance que les hommes ont perdu l’esprit. C’est par ignorance qu’ils devinrent incapables de distinguer le vrai du faux, le savoir du non savoir, et jusqu’à ne même plus pouvoir discerner le bien du mal. Parce que le désir de savoir s’était mu en passion, il n’en était plus question. A trop vouloir savoir, les hommes n’avaient pas su se donner les moyens de leur ambition. C’est ainsi que devait naître le premier savoir, celui de l’ignorance. Il était devenu vital que les hommes prennent conscience de leur erreur. Il fallait un homme pour cela. Ce fut Socrate. La philosophie pouvait naître. 
- Qu’est-il advenu de ce Socrate? 
- Il est mort. 
- Vous voulez dire que… 
- Oui. Les hommes l’ont tué. 
- Mais c’est injuste! 
- Je te l’accorde. Mais je pense qu’il le fallait pour que la philosophie lui survive. 
- Je ne vous crois pas. 
- Tu n’es pas le seul dans ce cas. 
- Et la philosophie alors? 
- La philosophie était née, mise au monde par un savoir d’ailleurs, comme tu auras pu le constater. Mais aussitôt née, aussitôt menacée. La philosophie a du se mettre à l’œuvre alors qu’elle était encore bien jeune. Et eût beaucoup à faire. Il se dressa devant elle une masse impressionnante de petites gens, tous convaincus d’avoir raison. La raison! C’est pourtant bien ce qui leur manquait le plus. Peut-être justement à cause de cela même. « Celui qui désire, désire ce qui lui manque et ne désire pas ce qui ne lui manque pas. » Mais cela, la philosophie le comprit plus tard. Ce qui ne l’empêcha pas de tracer sa route, en dépit de tous ces pauvres sophistes qui ne l’étaient pas tant que ça. 
- Ou peut-être grâce à eux… 
- Que veux-tu dire? 
- Je me demande seulement si ce ne sont pas plutôt eux, justement, qui lui ont sauvé la vie, et si ce n’est pas à eux, finalement, que la philosophie doit sa survie. Elle le doit bien à la mort d’un homme, alors pourquoi pas à ces pauvres gens? 
- Tu es très perspicace. Je ne me souvenais pas d’avoir été si généreux avec toi. Car tu as tout compris. La philosophie était un savoir en puissance, en voie d’apparition, la condition même du savoir. Et c’est précisément grâce à ce phénomène bien curieux que la philosophie a pu prendre place. Quand je te parle de phénomène, je parle bien sûr de ce qui fut, si je puis le dire, l’assassinat de la pensée par les adeptes du triste savoir. Enfin, toujours est-il que la philosophie s’est nourrie de tout ce semblant de sophisme, en même temps qu’elle dut s’en défendre. Car sa naissance ne fit pas l’unanimité; on l’attaqua, la chassa, on lui fit même un procès. Pas de quoi rire en effet. Mais elle y a survécu. « Ce qui ne tue pas rend plus fort », dira un jour un de ses amis. Je pense que s’il y a bien une leçon que l’on peut tirer de cette enfant de l’ignorance, c’est bien celle-ci. 
- Et c’est une très jolie leçon en effet. 
- Oui, nous aurons peut-être l’occasion d’en reparler quand le moment sera venu. 
- Et ensuite? 
- Ta curiosité me fait honneur mon enfant. Ensuite, la philosophie fut adoptée. 
- Adoptée? 
- Oui, adoptée. Je trouve que c’est un bon mot. Après tout, la philosophie venait de perdre son père. 
- Socrate? 
- Et tous les autres. 
- Elle était orpheline… 
- Oui, c’est une jolie manière de dire les choses. 
- Et pourtant bien triste. 
- Je te l’accorde. C’est une jolie manière de dire de tristes choses. Mais essuies tes larmes mon enfant, parce qu’elle ne le fut pas longtemps. Un certain homme, Platon, l’a recueillie. 
- C’était un ami de Socrate? 
- Et plus encore. Il n’y aurait pas eu de Socrate sans lui. 
- Comment cela? 
- Disons que Socrate a disparu sans laisser de trace. Un grand dommage que Platon en son hommage s‘est évertué à réparer, immortalisant Socrate en même temps que la philosophie.
- Mais ce Platon était-il philosophe lui aussi? 
- Et comment! Platon a fait de grandes choses mon enfant. Il a lui-même adopté la philosophie et en fut un sage éducateur. Je n’ose pas imaginer ce que cette enfant à l’abandon serait devenue s’il n’y avait pas eu de Platon pour la sauvegarder. 
- Mais lorsque ce Platon est venu nous rejoindre? 
- Il s‘assura de sa postérité en la confiant aux soins d’un Aristote de très bonne foi. 
- Aristote? C‘est un nom qui me dit quelque chose.
- Oui, sans doute en as-tu eu quelques échos. Il a beaucoup fait parler de lui sur terre. Et plus encore quand il l’a quittée. 
- Ce fut une bonne chose? 
- J’aime à le penser. Car toutes les bonnes choses ont une fin. Certes, cet Aristote fut bientôt controversé. Et par de grands hommes qui plus est. 
- Ces hommes l’ont adoptée quand même la philosophie? 
- Oui, et peut-être même l’ont-ils adoptée parce qu’ils avaient abandonné Aristote. Car, si on y regarde de plus près, toutes les fois où il fut question de lui, il n’était finalement question que de philosophie.
- Ils ont des noms ces grands hommes? 
- Ils en ont mêmes beaucoup! Copernic, Bruno, Galilée, Hobbes, Fontenelle, Leibniz, Spinoza, Descartes, pour ne citer qu’eux. 
- Ils ont de drôles de noms. 
- Mais de sages pensées. 
- Il y a une chose que je ne comprends pas. 
- Mais je t‘écoute mon enfant. Je suis là pour ça. 
- S’ils ne croyaient pas en Aristote, alors pourquoi croyaient-ils en la philosophie? 
- Mais ils ne croyaient pas en la philosophie. On ne croit pas en la philosophie. On la pense. Et puis, la philosophie n’est pas la même pour tous. Tous ces hommes que je t’ai présenté avait chacun leur manière de philosopher; chacun leur manière de penser. 
- Mais vous avez l’air de dire qu’ils étaient tous philosophes pourtant? 
- C’est ce que je dis en effet. Parce que, s’ils n’avaient pas tous la même philosophie, ils en avaient tous une. Ils n’avaient pas la même manière de penser mais ils pensaient tous. 
- Ce que vous me dîtes là mon père, c’est que même si chacun de ces hommes était différent d’un autre, il était quand même comme lui? 
- C’est tout à fait ce que je dis. 
- Alors ça, c’est incroyable. Je ne pensais pas que les hommes étaient capables d’une telle chose… 
- Certains le sont. Ceux qui le décident. 
- Il n’y a que les philosophes qui ont une telle volonté? 
- Je ne le sais. Mais ce que je sais en revanche, c’est qu’ils sont rares les hommes dont la volonté est aussi divine. 
- Et cette volonté, elle a une fin? 
- Bien sûr, sinon elle ne serait pas volonté. Il n’y a de volonté que d’une fin. 
- Et quelle est-elle cette fin? 
- La sagesse. 
- Mais vous m’avez dit que la philosophie avait été conçue par l’ignorance, pas par la sagesse. 
- Et je serais bien aise de le répéter. Conçue par l’ignorance, mais conçue pour la sagesse. Retiens bien cela mon enfant: la philosophie n’a d’autre fin que de s‘épargner un début. Et cette fin est la plus louable d’entres toutes, parce qu’elle est sans fin. 
- Je tenterai de le retenir mon père. Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Mais j’aimerais encore comprendre autre chose. Quelle est donc cette sagesse que les philosophes convoitent tant? 
- S’ils le savaient mon enfant, ils ne la convoiteraient pas. 
- Mais comment alors peuvent-ils vouloir une chose sans savoir ce qu’elle est? Comment peuvent-ils vouloir sans savoir ce qu‘ils veulent?
- «  Plutôt vouloir le rien que de ne rien vouloir ». Tu l’apprendras bien vite, enfant. 
- Je veux bien vous croire, père. Mais accordez-moi donc la grâce de me conter quelle forme prit la philosophe après ces grands hommes? 
- D’autres grands hommes suivirent et d’autres encore, poursuivant toujours le même destin mais n’empruntant jamais le même chemin. Un Montesquieu, un Rousseau, un D’Alembert, un Diderot ou un Voltaire et la lumière fut. Un peu de Hume pour beaucoup de Kant, un Husserl et voilà un Heidegger duquel suivra un Sartre, emportant avec lui l‘absurdité d‘un Camus. Il y eu un Levinas aussi comme un Ricœur ou un Derrida. En somme, le cortège d’une multitude d’êtres pour une seule humanité et le florilège de pensées pour seules prières. C’est un beau spectacle que la philosophie. Ça remet les idées en place, et chasse les mauvais esprits. 
- Vous êtes poète, mon père. 
- Oui, entre autres choses. 
- La philosophie a donc eu d’innombrables pères. 
- N’est-ce pas? 
- Et vous m’avez pourtant dit un peu plus tôt qu’elle était en fin de vie. Les hommes l‘ont tuée, elle aussi?
- Pas encore. Mais ça ne saurait tarder. 
- Pourquoi? Que lui reprochent-ils donc? 
- Grande question que celle-ci. Ce que je puis te révéler mon enfant n’y répondra sans doute pas. Seuls les hommes le pourraient. Et si tu les interrogeais, je devine ce qu’ils te diraient: la philosophie? Mais à quoi bon? Nous avions Dieu, nous avons la science. 
- C’est vraiment ce qu’ils diraient? Je pensais les hommes un peu moins bêtes. 
- Et moi donc! Mais j’ai bien vite compris mon erreur. Même si je m’autorise parfois à penser que ce n’est pas tant de ma faute que de la leur. 
- Que voulez-vous dire, mon père? 
- Que l’erreur n’est pas humaine, seule la faute l’est. 
- Mais de quelle faute parlez-vous donc? 
- De la faute de temps. J’ai donné aux hommes beaucoup de mon temps mon enfant; un passé, un présent, un avenir. J’ai été bien généreux, trop peut-être. Car, vois ce qui se passe: les hommes ont fauté, fautent et fauteront à tout jamais. 
- Pourquoi cela? 
- Sans doute parce que les hommes n’ont de cesse que de se préoccuper d’un avenir qu’ils ont pour beaucoup déjà occupé. Pauvres diables qu’ils sont, ils se détournent du passé, se tournent vers l’avenir mais ne font que tourner en rond. Parce que, crois moi mon enfant, si les hommes avaient un peu plus de présence d’esprit, ils auraient compris depuis fort longtemps que c’est toujours le passé qu’ils visent au futur. 
- J’ai peine à vous entendre mon père. 
- Et ma peine est plus grande encore. Mon erreur est devenue leur faute et je ne sais comment me faire pardonner. 
- Mais ce n’est pas à vous d’être pardonné mon père. 
- Je le sais mais en doute. 
- Comment cela? 
- Sais-tu combien d’hommes m’ont chassé de la terre? Un nombre infini, tendre enfant. Je ne suis plus qu’un impuissant. Alors je n’ose même pas entrevoir ce qu’ils feront de leur philosophie. Depuis que les hommes se sont donnés la science, ils y croient plus qu’en tout autre chose, et se refusent à y penser. 
- Mais en quoi la science est-elle si différente? 
- En rien mon enfant. C’est bien là le problème. La science était philosophie autrefois. C’est d’ailleurs en son nom que bien des hommes ont voulu m’anéantir. Et je m‘en amusais beaucoup; car c’est « là où les forces antagonistes se rejoignent » que se « crée la plus belle harmonie», n’en déplaise aux hommes. Mais à présent, les hommes croient sincèrement détenir le savoir. 
- Et ce n’est pas vrai? 
- Ce n’est ni vrai, ni faux. Les hommes ont fait de très intéressantes découvertes, et c’est tout à leur honneur. Si je les ai armés d’un esprit, ce n’est pas pour le plaisir. Là où l’humanité me fait tort, c’est qu’elle permette à ses hommes de prétendre un savoir qu’ils ne possèdent pas encore. 
- Cela me fait tristement pensé aux sophistes de tout à l’heure. 
- Mon enfant, tu es plus sage que bien des hommes. C’est toujours la même histoire, en effet. C’est lorsque la pensée se confronte à ses insuffisances que la philosophie prend naissance. C’est parce que la pensée est insuffisante que la philosophie est. L’histoire de la philosophie ou sa généalogie le prouve assez. Et pourtant, ce qu’elle nous prouve aussi, c’est la force avec laquelle de certains hommes fuient la pensée. C’est la conviction extrême au nom de laquelle ils se rassurent de savoir, de savoir déjà. Et la volonté farouche par laquelle ils se complaisent dans un semblant de savoir, simplement par peur violente de l’ignorance. La science est une belle promesse, mais comme toute promesse elle a ses conditions. Or, la philosophie telle que l’ont voulue ses pères est de très bonne condition. Et, en tant que telle, elle est à la science ce que, par exemple, la foi est à la croyance: son impulsion première, son principe, son moteur, et plus encore, son garant. De la même façon que la croyance le fut, avant d’en être un frein. Que les hommes préfèrent à la foi le savoir vrai, c’est un droit que je leur ai accordé depuis la genèse. Mais qu’ils se fassent le prophète d’un savoir qu’ils n’ont pas même cherché, c’est un pêché que je leur refuserai jusqu’au jugement dernier. Les philosophes ont beaucoup écrit contre moi et je ne les en remercierai jamais assez, parce qu’ils m’ont donné une raison d’exister. Mais que les hommes écrivent contre la philosophie, c’est une plaie que je ne pourrai réparer. 
- La philosophie est-elle sacrée? 
- Non, mon enfant, parce que la philosophie est l’œuvre des hommes, pas la mienne. Elle n’est qu’humaine. Mais c’est justement parce qu’elle l’est qu’elle sera toujours une nécessité. Car, si les hommes savaient, ils ne seraient certes pas philosophes; mais, si les hommes savaient, ils ne seraient pas hommes, ils seraient dieux. 
- Les hommes ne peuvent-ils donc pas devenir des dieux? 
- Les hommes, des dieux? Certains le pensent mais d’autres ont compris. Ils ont compris qu’un savoir ne suffit pas pour être un surhomme, il lui faut la sagesse. 
- Et les hommes ne sont pas sages, mon père? 
- Pas plus sages que des images. La sagesse est chose précieuse, mon enfant. Et je ne crois pas avoir permis aux hommes une telle chose. 
- Et pourquoi? 
- Parce que la sagesse ne peut être un don, tout simplement. La sagesse, ce n’est ni quelque chose que l‘on obtient, ni quelque chose que l‘on hérite. C’est une chose que l’on cherche et de ce fait, que l’on mérite. Il n’y a pas rien de plus sage que de vouloir l’être. 
- C’est donc bien ce que je disais, les hommes ne sont pas sages… 
- Si, les philosophes le sont, et ce sont des hommes, eux aussi, il ne faudrait peut-être pas l‘omettre.
- Il n‘y a donc pas plus sage qu‘un philosophe? 
- Il n’y a pas plus sage qu’un homme, lorsqu’il est philosophe. 
- Pas même vous, mon père? 
- Pour ce qui est de moi, tendre enfant, la question ne se pose pas. Je ne suis pas un homme. Je n’ai donc pas à être sage, je le suis déjà. 
- Ne pourriez-vous pas alors donner aux hommes un peu plus de philosophie? 
- Non, mon enfant, parce que je ne le veux pas. Je les ai fait hommes et je voulais qu’il en soit ainsi. 
- Puis-je vous demander pourquoi? 
- Tu le peux, enfant, mais je ne te répondrai pas. Ce que tu dois apprendre de moi, les hommes te l’apprennent déjà. Si les hommes ne sont pas sages, c’est parce qu’ils ne le veulent pas. C’est leur choix. 
- Mais pourquoi alors leur avoir laissé le choix? 
- Parce qu’il fallait qu’il leur soit possible de n’être pas sage pour l’être. Il fallait qu’ils soient hommes, pour qu’ils se fassent philosophes. Il fallait qu’ils aient le choix et je le voulais rien que pour ça.»
- Alors si les hommes ne sont pas sages, c’est parce qu’ils ne le veulent pas? 
- Oui, mon enfant. Parce que les hommes ne le veulent pas, ils ne le peuvent pas. Tout est une question de choix. 
- Mais si les hommes ne sont pas sages, ne faudrait-il pas les punir? 
- Nul besoin de cela. Les hommes eux-mêmes se punissent déjà. 
- J’aimerais les prier pour leur salut. 
- Tu le peux, mon enfant, mais je doute qu’ils t’écoutent. 
- La philosophie n’a donc plus aucun avenir, mon père? N’avons-nous plus rien à y faire?
- Cela, seul l‘avenir nous le dira, mon enfant. La philosophie n’est pas de toute éternité mais tant qu’il y a aura une humanité, il aura des matières pour la pensée, des hommes pour philosopher. Et j’ai foi en l‘homme. Vois ce qu‘il peut créer: un enfant de l’impensé et une mère pour la pensée, la philosophie est un miracle de l‘humanité. Je ne crois pas qu’une telle vérité puisse dégénérer. 
- Pourtant, c’est bien vous qui avez dit que la philosophie était vouée à disparaître? 
- Je l’ai dit parce que je m‘y suis obligé. Mais l‘espérance a cela de fabuleux qu‘elle n‘est d’aucune nécessité.
- Seulement, si nous cessons d’espérer, que nous dit la nécessité? 
- Je ne sais pas, mon enfant, je ne sais pas. Les voix des hommes sont insaisissables. Ils me prient mais je ne les entends pas. Alors, pour ce qui est de la philosophie, je préfère le non-dit et tu le devrais aussi. Mais ce serait pour moi un enfer si elle venait bientôt au paradis…


Ma demoiselle

Posté le 02.03.2008 par orexis

Il y a tant de vies sur notre douce planète qu’il serait inhumain de ne pas les célébrer toutes…

C’est par une belle journée d’été, à l’abris de la ville, dans un endroit paisible, qu’une charmante demoiselle s’éveille au monde.
Accueillie par la vie les bras grands ouverts, notre petit être ouvre ses petits yeux verts et s’offre aux premiers ébats de l’existence avec nonchalance.
Animée par les exigences de cette vie nouvelle, elle ne pense pour le moment qu’à son appétit grandissant et étanche élégamment la plus belle des soifs, celle de vivre.
Pourtant, mademoiselle ne pourra vivre qu’après survivre et sera vite privée de cette joie ivre.
Mais, -heureux mais-, après avoir essuyé maints dangers et ayant surmonté de trop nombreuses errances, notre petite merveille de la nature est recueillie puis adoptée; une délivrance.
La tendresse de ses hôtes attendris et leur délicatesse fleurie auront vite raison de sa méfiance et cette enfant des rues saura saisir cette main tendue avec tant de bienveillance.
La chaleur d’un vrai foyer, la douceur d’une famille unie et les blessures d’antan de l’enfant chéri seront guéries.
Confiante en la vie, alors rétablie, notre beauté mystérieuse peut se livrer à des futilités bienheureuses.
Ses pensées ne vont dès lors plus qu’à des caresses, bien entendu.
Les frottements de jambe et les miaulements de réprimande ne se font plus attendre.
Et c’est au son de croquettes gourmandes et de surnoms plein d’amour tendre que ses ronrons résonnent.

Les pensées de madame vous étonnent?
Mais, ne le savez-vous pas? Quand l’humain n’est pas là, les animaux pensent…

Le jugement dernier

Posté le 02.03.2008 par orexis
Le procès se tint comme convenu, à l’abri de la ville et de ses déconvenues.
Tous les hommes étaient venus, tous ensemble dévêtus, et en retenue. Des menottes aux poings liés, on les pria de patienter. Le silence au complet, le juge fit son entrée.
Son regard scruta l’assemblée. Il vit des hommes, des têtes baissés, et quelques mains pour les cacher. Il n’en parut pas s’étonner. Puis il prit place, et d’une voix assurée, introduisit le dit procès.

- Le temps est venu pour les hommes d’affronter le jugement dernier. Face à la justice et à sa bonté, ils devront répondre de leurs actes…et pensées.
La question qui dominera ce jugement est simple: les êtres humains sont-ils coupables ou innocents? La question est simple mais la réponse difficile; voilà sans nul doute ce qu’il y a de plus intéressant.
Or, alors que je viens d’énoncer la question simple, la question juste, je vois se dresser quantité d’accusations. Les hommes, est-il écrit, seraient coupables d’impiété. Le dossier est instruit, il précise qu’ils auraient commis plusieurs crimes contre leur dieu, c’est-à-dire la nature. Les preuves sont là, les arguments ne manquent pas; j’accepte d’examiner cette proposition.
Mais ce n’est pas tout. Une autre accusation, et non des moindres, attire mon attention. On me dit des hommes qu’ils seraient des criminels de haine, qu’ils auraient fait acte de racisme et de cruauté, qu’ils auraient corrompu la jeunesse et menacé les générations futures. L’accusation semble fondée; je la retiens.
Il y a du travail, matière à juger, et peut-être même à condamner.
La séance est ouverte, l’accusation peut s’exprimer.

L’accusation se leva, laissa son soupçon s’installer, et s’exprima avec clarté. Les hommes prièrent.

-J’accuse.
J’accuse les êtres humains du crime le plus odieux qui puisse être: le crime contre nature, le crime contre la nature.
J’accuse les êtres humains d’être les auteurs d’un véritable massacre écologique.
J’accuse les êtres humains de n’avoir pas su préserver leur environnement; j’accuse les êtres humains de n’avoir pas su protéger leur écosystème.
J’accuse les êtres humains de n’avoir pas assumé leur rôle essentiel;
j’accuse les êtres humains d’être des accidents naturels, et je les accuse de faute existentielle.
J’accuse les êtres humains de déforestation, de bouleversement climatique, d’exploitation intensive, de pollution intempestive, d’industrialisation abusive, de matérialisme flagrant, de dépeuplement, de colonisation territoriale et d’exactions.
J’accuse les êtres humains d’avoir consommé leurs ressources sans modération.
J’accuse les êtres humains de la plus grande inéquité.
J’accuse les êtres humains d’inhumanité.

Un silence balaya la salle et renversa le tribunal. Les hommes ne priaient pas; ils pleuraient. Alors la défense prit la parole, et quelques feuilles.

- L’être humain serait donc coupable de crime contre la nature? Peut-être bien… Mais sommes-nous seuls responsables? Rien n’est moins assuré. Car nous ne sommes pas les seuls à peupler cette nature, il faut y penser. Nous ne sommes pas seuls sur terre, et c’est un fait. Il y a d’autres vies, d’autres êtres pleins de cette vie et ainsi, pourquoi pas, et surtout oui, d’autres responsables potentiels. Il se peut, en vérité, qu’il n’y ait pas un, mais plusieurs responsables. Tout comme il se peut qu’il n’y en ait pas du tout. Pourquoi ne pas imaginer que l’environnement puisse être en cause? Pourquoi ne pas supposer que ce qui advient à notre douce planète soit tout simplement naturel? Que ce soit l’ordre des choses? En somme, pourquoi ne pas suggérer que la présente victime, la nature, l’environnement, puisse être son propre bourreau? Et ainsi que nous ne sommes pas, nous autres, êtres humains, coupables, mais bien victimes?

Les pleurs cessèrent, l’assistance s’apaisa.
Mais l’accusation s’objecta.

- Oui, pourquoi pas? Mais pourquoi? Peut-on réellement penser que notre grand lieu de vie s’est mué en beau mouroir, simplement par hasard? Ou par nature? Peut-on sincèrement croire que la nature soit coupable et qu’il soit dans sa nature d’être à la fois chaos et cosmos, ou, pour faire parler les modernes, causa sui, sa propre cause? Quelle est belle l’intelligence humaine! Semer le désordre avec malice, détourner le vrai du faux, rendre le bon sens insensé, n’y a-t-il rien de moins humain? Allons, un peu de courage, et beaucoup d’honnêteté. Osons le mea culpa, et faisons face à la réalité. L’homme est en faute. L’homo sapiens a mal tourné. Gardons-nous d’évaluer ce qu’est l’homme évolué, la déception serait trop grande. Mais tâchons simplement d’admettre pour l’heure qu’elle est grave. Car l’être humain est peut-être le plus évolué d’entre tous, mais sans nul doute aussi le plus coupable.

Les hommes s’agenouillèrent. Une étrange présomption les fit trembler, et la défense ne put qu’objecter.

- Etes-vous en train d’insinuer que, de tous les animaux, l’être humain est seul coupable? Si tel est le cas, alors expliquez-nous, s’il vous sied, ce que vous faîtes de nos amies les bêtes? N’ont-ils pas eux aussi leur part de responsabilité? Ne sont-ils pas aussi capables d’atrocités? N’y a-t-il donc, en ce qui les concerne, aucune criminalité? Admettre cela, c’est pardonnez-moi, une belle absurdité. Comment pouvez-vous prétendre que l’animal est plus innocent que l’humain? Au nom de quoi?

-Au nom de la justice, se défendit l’accusation. De notre justice. Et un simple exemple le prouvera. Lorsqu’un animal tue un des siens, il est vrai que nous le jugeons coupable, ou plus exactement que l’homme le juge coupable, et le condamne. Car il est bien évident que la justice, instance suprême, ne s’aventurera pas à condamner un animal, celui-ci étant, du point de vue juridique, ni plus, ni moins qu’un objet. Ceci étant dit, il reste que les hommes, en général, ne peuvent s’empêcher de penser qu’il n’y a rien de plus cruel que la vision d’un animal tuant un de ses semblables, et qu’ils sont toujours bien tentés d’apparenter un tel acte à un meurtre. Mais, si l’on ne se limite pas au fait, si l’on en recherche la cause, le mobile ou le moteur, pour parler proprement, l’on se demandera d’abord pourquoi. Pourquoi un tel acte? Pourquoi cette sauvagerie? Or, la réponse est simple: par instinct. L’être animal est borné, limité et agit par instinct. Et c’est précisément ce qui lui donne cette innocence à laquelle nul homme ne peut prétendre, cette innocence qui vous fait tant défaut. Car l’animal ne possède pas cette capacité de réflexion, ce libre-arbitre dont l’humain dispose. Il y a là une différence de nature. Et c’est une différence que trop d’êtres humains ont tendance à oublier.

La défense s’alarma. Le juge semblait tout à fait partagé. Elle saisit cette opportunité et, l’objection accordée, précisa sa pensée.

- Soyez bien assurés que nous n’oublions pas cette différence dont vous vous réclamez. Mais n’est-ce pas, précisément, cette différence qui fait de nous des êtres supérieurs? Vous l’oubliez sans doute, aussi je vous le rappelle, mais l’être humain est tout de même le plus développé de tous les êtres. Et vous ne pourrez m’y contester. L’homme est plus intelligent, plus alerte, plus lucide, plus capable; il est doté de facultés dont l’animal n’a même pas conscience…

L’ironie fit sourire le juge, la défense s’en félicita, et l’assistance se releva.

- Bien. J’admets l’idée. Mais c’est une raison de plus pour incriminer l’espèce humaine que vous me donnez là. Car cet état de fait qui indispose l’animal est celui-là même qui inculpe l’être humain. Que valent en effet de telles facultés si elles ne sont pas exploitées? Et, pis encore, que penser de ces capacités si spéciales, si spécifiquement humaines, si elles sont détournées de leur sens, de leur fonction propre? Lorsqu un être humain s’empare d’une vie, est-on encore en droit de parler d’intelligence, d’esprit, de raison et autres facultés si chères aux être humains? Laissez-moi penser qu’il faudrait être bien stupide pour croire alors en l’intelligence humaine.

- Mais que reprochez-vous donc ici à l’être humain? Son animalité?

Les hommes rirent.

- Je passe l’ironie et acquiesce. Car c’est bien de cela dont nous accusons vos êtres humains: leur animalité. Parce qu’ici encore, il ne faut pas se contenter des faits. J’invoque sinon la vice de procédure. Il serait effectivement aisé de tenir l’humain et l’animal en égalité: les deux ont tué, les deux sont coupables. Mais pourquoi? Pour quel motif?

- Peut-être bien parce que l’être humain est aussi, et d’abord, un animal, et qu’il peut agir par instinct seul.

- Il le peut, certes, mais en a-t-il le droit? Certains précisent bien, révisez vos classiques, que l’homme est un animal, mais un « animal raisonnable ». Aussi, si l’être humain est pourvu de raison, ce n’est pas pour agir sans.

- Et vous admettrez alors que, puisqu’à vous entendre « la nature ne fait rien en vain », il est tout à fait possible que tout ce dont vous accusez l’être humain puisse être imputé à la nature…

Jolie leçon de rhétorique! De certains hommes s’y complairent, mais d’autres de nouveau s’agenouillèrent.

- Cependant, nous pouvons tout autant penser que l’être humain doit de se conformer à sa nature, et que s’il y manque, il en est seul responsable. Or, que signifie pour l’être humain se conformer à sa nature? Ni plus ni plus que de se montrer plus raisonnable que l’animal. De s’en montrer juste plus humain.

- Et que penser alors de notre nature animale? Que faîtes-vous de nos instincts?

- Mais nous accordons tout à fait à la race humaine le droit de se laisser aller à quelques passions et autres affects irraisonnés. Pourquoi, enfin, renier nos plus bas instincts, s’ils sont humains? Il y des instincts fort innocents. Et quiconque connaît quelque peu la nature humaine vous le concèdera tout autant: il n’est pas rare que les passions l’emportent sur la raison, et à bon droit, qui plus est. Mais à cause même de cette prédominance naturelle du sensible humain, il est en son devoir d’y prendre garde, et de s‘en prémunir, ne serait-ce qu‘en pensée. Nous concluons donc: l’être humain est en droit de se faire du bien, tant qu’il n’y a pas de mal, avec ou sans raisons. Mais le problème n’est pas là. Il se situe ailleurs, un peu plus haut, au niveau de cette curieuse sphère que l’on nomme esprit. Car trop souvent, les êtres humains manquent d’esprit. C’est pourtant en son nom que leurs défendeurs tentent d’élever le genre humain au statut de race supérieure. Mais peut-être sont-ils simples d’esprit, ou trop faibles pour s’en servir. Or, c’est bien là le grand mal de l’humanité. Et c’est un mal trop fréquent.

A ces mots, on entendit quelques échos. La fierté fait grand bruit, et le juge dut en faire aussi. L’accalmie rétablie, l’accusation reprit. Mais la défense l’interrompit.

- Vous ne pouvez pourtant pas contester que les humains sont, naturellement, des esprits. C’est vous-mêmes qui l’avez dit.

- Et je le redirai autant de fois que nécessaire. Mais si « le bon sens est la chose la mieux partagée au monde », et si tous les êtres humains sont effectivement dotés d’une forme d’intelligence, pourquoi sont-ils aussi peu à en donner la preuve? Pourquoi tant d’hommes commettent-ils autant de bêtises? Se peut-il que ce ne soit pas l’intelligence mais la bêtise qui soit la plus naturelle à l’homme?

- Certainement pas, osa la défense.

- Alors, c’est qu’il faut bien admettre que les hommes, certains par lâcheté, beaucoup par faiblesse, renient leur nature. Dans tous les cas, la culpabilité humaine ne fait aucun doute. Car l’être humain doit être responsable de sa propre nature; il doit faire avec. Et la nature humaine veut que vous ayez le choix. Le choix entre le bien et le mal, la raison et l’instinct coupable. Mais il y a pire encore. Il y a les hommes qui gâchent leur potentiel d’êtres raisonnables et bons, qui oublient d’êtres humains ou qui n’en ont pas le courage. Mais il y a aussi, par malheur, les hommes qui détournent leur humanité de son sens propre, c’est-à-dire le bon sens.

- Que signifiez-vous?
Le juge avait parlé. La défense expira et la salle retint son souffle.

- En quelques mots, je veux dire qu’il y a les hommes qui ne font pas le bien, et ceux, plus coupable encore, qui font le mal. Je parle ici des humains qui utilisent leur faculté intellective à mauvais escient, qui font de quelque forme d’intelligence un instrument au service du mal. Ceux, en somme, qui font du mauvais esprit. Et ils sont nombreux!
L’accusateur fixa les hommes avec mépris, puis reprit.
- On nomme cela la manipulation. Le terme est plein de sens, n’est-il pas? Mais, plus que tout, il est humain. Et il n’y a rien de pire. D’abord, parce que les gens de cette sorte-là sont tout à fait conscients de leurs atouts naturels mais n’en font rien de bon. Et davantage ensuite parce que, dès lors, ce potentiel d’humanité qu’ils portent en eux est parfaitement anéanti. Le génie de l’homme est alors prodigieux: en vertu d’un bien, il produit un mal, et de son intellect, nulle morale. Ce qu’il en résulte? Une déshumanisation parfaite. Oui, l’humanité est mise à mal, et l’homme n’est même plus animal. Comment, alors, peut-on encore plaider l’innocence et la supériorité des hommes?
La défense n’osa pas répondre, et l’accusation poursuivit.
Le tribunal était en sursit.
- Aussi, en ce qui concerne la prétendue supériorité des hommes, et puisqu’il faut n’y apporter que des jugements de valeur, une morale s’impose. Et la morale est indubitable: si l’homme est supérieur en puissance, trop souvent il l’est bien moins en acte. Et c’est ce qui fait de lui le parfait coupable. Un excellent coupable qui a même réussi à nous faire croire que l’erreur était humaine. Or, c’est cela l’erreur. Parce qu’il y a en l’être humain bien plus de bon que de mal. La raison, le bon sens, la conscience, les bons sentiments, les instincts innocents et en bonus l’intelligence: autant de qualités en un seul homme, c’est tout de même assez généreux de nature. Mais les hommes n’ont fait aucun cas de la nature, que ce soit celle qui les environne, ou celle qu’ils emprisonnent.

- Sauf que…
La défense avait osé.
- Sauf que ces qualités ne sont pas seules, avança-t-elle, elles doivent cohabiter avec bien des défauts…

Mais l’accusation eut plus d’audace.
- Oui, peut-être. Peut-être qu’il y a autant de qualités que de défauts en l’homme, autant de dons que de privations. Un plus contre un moins, un mal pour un bien, et en vertu d’un vice, l’être humain s’en trouve disculpé. Mais cela, ça s’appelle se donner bonne conscience. Ça s’appelle lâcheté, fuite et ignorance. Car, même si c’était le cas, même s’il se trouvait que l’être humain n’est « naturellement ni bon, ni mauvais », mais un peu des deux à la fois, il a tout de même le choix. Le choix non pas d’être bon ou mauvais, n’en déplaise aux manichéens, mais celui d’être plus l’un que l’autre. Et le bon choix va sans dire… Or, n‘est-ce pas précisément cela la justice? Bien plus que d’équilibre, de balance, et d’équité, ne s’agit-il pas de choix en réalité? Seulement voilà, le conflit entre bien et mal n’est pas nouveau et tout n’est pas aussi simple. Parce qu’il y a le libre-arbitre, parce qu’il y a certains dilemmes et autres cas de conscience qui font basculer la balance Diké vers la force obscure… Sommes-nous toujours assurés de faire le bon choix? Rien n’est moins sûr. Mais quand bien même. Quand bien même la frontière entre bien et mal ne serait pas toujours claire; quand bien même l’être humain n’aurait pas, malgré ses nombreuses facultés, celle de bien faire la différence, et quand bien même n’en serait-il pas parfaitement capable, ce qui ne lui manque pas, c’est la bonne volonté. Quand on ne peut pas, on peut au moins le vouloir. Et la bonne volonté est une bonne preuve d’innocence. Aussi, l’important n’est peut-être pas de toujours faire le bien, mais de toujours le vouloir. C’est cela la juste cause. Mais cette volonté a-t-elle encore quelque chose d’intéressant pour la race humaine? Bien des hommes manquent de volonté. Parce que ce n’est pas dans leur intérêt -immédiat, concret et factuel. Le conflit entre bien et mal est devenu, d’abord et avant tout, un conflit d’intérêts. Or, là il y a faute. Pourquoi faire le bien quand ce n’est pas dans son propre intérêt? Les gens du bien -parce qu’il y en a tout de même- répondront sans hésitation: « Mais parce qu’il le faut! ». Les gens biens ont depuis longtemps tranché. Ils se sont accordés avec cette nécessité, oh combien naturelle, de vivre en vue du bien. Ils ont une vertu en plus, des vices en moins; ils ont le courage. Ils sont dignes d’être humains. Mais ces espèces-là sont en voie de d’extinction et leur vertu, aussi précieuse que rare. Aussi, puisqu’il faut juger de la race humaine, en général, le constat est lourd. La race humaine est coupable, coupable d’injustice: faible d’esprit et pauvre de cœur, dans le genre humain, il n’y a rien de plus misérable. Et c’est ce genre-là que l’on dit supérieur?…
Qu’en est-il alors de la race insultée? De la race dévalorisée? De la race condamnée? Qu’en est-il de la race animale?
Une race de ce type n’est pas coupable, ne peut pas être coupable. Une race de ce type est victime. L’animal est une victime de l’homme.

- Vous généralisez à outrance, observa la défense.

- Tout à fait. Du reste, de grands esprits ont tenté de démontrer le rôle bienveillant auquel peut prétendre l’être humain. L’accusation se joint à eux et vous offre l’ébauche d’une rêverie… solitaire.
J’ai un rêve…
J’ai un rêve; je fais le rêve qu’un jour, ce monde se lève et vive sous le véritable sens de son credo:  nous tenons ces vérités comme évidentes, que tous les êtres de la nature ont été créés égaux.
J’ai un rêve; je fais le rêve qu’un jour, chaque vallée soit glorifiée, que chaque colline et chaque montagne soit redressée, que les endroits rudes côtoient les plaines, que les endroits tortueux ne soient pas torturés, que la gloire de l’humanité soit révélée et que tous les vivants le voient tous ensemble.
J’ai un rêve et je fais ce rêve aujourd’hui…

- Et en réalité?

- En réalité, si nous admettons que la race humaine a plus de facultés en elle que la race animale, et ainsi plus de pouvoir, il y a du possible. Il devient possible de penser la race humaine comme une race supérieure. Mais, en tant que tel, la race humaine est pour l’heure parfaitement médiocre. L’homme est un pitoyable supérieur hiérarchique. En effet, n’est-il pas permis de penser que tout supérieur hiérarchique se doit, par principe, de veiller à l’ordre établi? Je le sais bien, de tels supérieurs sont de nos jours bien rares. Mais ce n’est pas parce que quelque chose est banal que ce quelque chose est normal. Aussi, il apparaît clairement que l’être humain a jusqu’à présent failli à son rôle. En supposant toujours que l’être humain ait bien un rôle dans la nature. Car cet ordre naturel, dont l’homme devrait être le garant, est aujourd’hui menacé. Du cosmos passé, il ne reste plus qu’un chaos à venir. A qui la faute? Et la race animale n’est pas en reste. Elle aussi paye les erreurs de cette dégénération. Combien d’espèces ont disparu sans laisser de traces? Combien d’espèces sont vouées à disparaître, incessamment sous peu? Combien d’animaux les hommes vont-ils jouer à massacrer? Et combien d’êtres non humains faudra-t-il anéantir pour asseoir le règne supérieur? Et je n’ai pas fini. Combien d’espèces a-t-on ôté de leur milieu naturel? Combien d’animaux se sont trouvés domestiqués, dénaturés? Combien d’animaux se voient défigurés, habillés et parfumés, pour rendre plus humain? Combien d’êtres vivants les hommes vont-ils encore tenir en laisse? Anthropomorphisme. Voilà un mot tout à fait plaisant. Ce qu’il désigne l’est bien moins, mais il permet toujours de donner un nom à une cruauté humaine. Quiconque tente d’être lucide ne pourra nier que l’animal subit l’homme. Certes, les inégalités naturelles entre l’homme et l’animal privilégient le premier. Mais pour combien de temps? Et au nom de quoi? A cette question, aucune défense ne pourra trouver de réponse qui satisfasse la raison. Car cela n’a pas de sens, cela n’a pas de bon sens. Certains cruels s’exclameront peut-être avec une drôle de prétention: « mais c’est la loi du plus fort! ». Traduisez: c’est le plus fort qui fait la loi. Mais ce n’est pas de la justice, cela. La justice, c’est une tout autre chose. Le plus fort doit veiller sur le plus faible. C’est cela la loi. Et le respect de la loi doit être d’abord respect de la nature. Car ici la loi n’est pas un droit, mais un devoir. De nature. Aussi, face à cette loi, les hommes ne peuvent qu’être coupables.

- Mais c’est pourtant bien naturel. L’homme est un prédateur, cela est dans sa nature. Vous ne pouvez tout de même pas le nier.

- Et en cela même, c’est juste. Ce privilège humain, celui d’être le prédateur ultime, le dernier maillon de la chaîne alimentaire, ce privilège est peu contestable et nous n‘avons rien à y redire. Mais peut-il y avoir d’autre privilège légitime que celui-ci? Certainement pas. C’est un droit unique. Or, tout droit a pour corrélat un devoir, répète-t-on souvent aux enfants, lorsqu’il nous faut les éduquer, comme il faudrait éduquer les hommes. Car c’est bien une véritable rééducation qu’il serait judicieux d’entreprendre, le genre animal tout entier souffrant de ce manque d‘attention. Or, le genre animal, ce n’est pas seulement de l’alimentation mais aussi, si l’accusation peut se permettre, de la vie. Mais les êtres humains sont-ils vraiment de bons vivants? Accordent-ils grande importance à la vie, si ce n’est pas la leur? De toutes évidences, non pas. Et c’est là encore une bien grande faute dont il faudra nécessairement s’acquitter un jour. Anthropomorphisme, racisme, abus de pouvoir et égocentrisme, cela fait en vérité beaucoup de fautes à se faire pardonner…

- C’est donc à cela seulement que se résume l’humanité, pour l’accusation? A une espèce de prédateurs sans scrupules? L’accusation manque cruellement de discernement. C’en est absurde, vraiment.

- Et la défense, d’arguments. Car les hommes sont bien tels que nous les décrivons, et il n’y a là rien à objecter. L’humanité n’est qu’un genre de racistes. Mais il ne s’agit pas que de cela, effectivement. L’humanité est pis encore. Car ce racisme dont elle fait preuve, ce n’est pas uniquement un racisme qui touche tout ce qui n’est pas humain. Il y aussi, pour beaucoup, une forme de racisme humain.

Des murmures s’élevèrent partout. Les hommes se mirent debout, et la défense, à genoux.

- Mais de quoi parlez-vous?

- Ce que l’accusation entend par racisme humain, c’est en fait la capacité féroce des hommes à se détruire eux-mêmes. C’est ce pathétisme loufoque avec lequel de petits humains se livrent une guerre sans fin. C’est ce chahut, ce capharnaüm interminable, dans lequel des êtres difformes sacrifient précieusement leur intelligence, morale et autres dons de la nature au nom de… au nom de quoi, d‘ailleurs? Peut-être justement au nom d’un certain racisme humain. Et il n’y a rien de plus tristement drôle que ce racisme-là. Parce que, que les hommes aient l’idée furieuse d’une espèce de supériorité humaine, cela passe encore et peut s’expliquer. En effet, quoi de plus glorifiant pour ces hommes que de se poser en maîtres du monde? Quoi de plus fatal aussi, je vous le demande. Mais cela se comprend. En revanche, ce qui est tout à fait incompréhensible, c’est que les hommes fassent preuve d’autant de stupidité prétentieuse entre eux. Que les hommes soient des bêtes, ce n’est plus une nouvelle. Mais comment peut-il y avoir autant de bêtise entre hommes, d’homme à homme? Faut-il vraiment que ces curieuses bestioles poussent le vice jusqu’à leur propre perte? Il y a là quelque chose qui s’échappe.

La défense reprit alors ses forces. Une colère s’empara de l’assemblée, que le juge seul ne put apaiser. De nombreux hommes furent évacués, sans nulle excuse, ni peu de regrets. Et lorsque la salle se fut calmée, la séance fut ajournée.
Le procès reprit dans une grande anxiété. La défense s’était faite égorgée, et le juge dut aviser. Il annula les plaidoyers, et se retira pour délibérer. Les hommes à terre s’étaient couchés.
La délibération fut longue et difficile. Mais le juge était un habile. Quand la séance fut rouverte, il fit part de sa décision.
Au dehors, la terre était pleine de frissons. La nuit était tombée, sans prévenir, accompagnée. Le ciel était discret, mais ses étoiles brillaient, d’une douce clarté. Un air impur éventa la salle d’un souffle léger. Quelques gardes restaient éveillés. Impassibles, mais agités, ils ne purent davantage se cacher. Ils pénétrèrent le tribunal en grand secret.
Le verdict fut sans appel.

- Pas s’alibi, des mobiles apparents, et aucun doute raisonnable. Je déclare le prévenu coupable, coupables de tous les crimes dont il est menacé. Quant à la peine… La peine, j’espère seulement ne pas être le seul à la ressentir…

Quelques hommes s’évanouirent, d’autres tentèrent de s’enfuir. Mais les gardes toujours veillaient.

- Ce qui me réconforte assez dans ce désolant état de choses est l’idée que l’homme n’est qu’homme et qu’en tant que tel, il reste soumis à la loi de la nature. J’aime à penser que l’être paie, ou paiera, ses fautes. J’aime à penser que la roue tourne, et pas toujours à l’envers. Et je veux penser que si les hommes se sont rendus coupables, ils se rendent du même coup victimes. La race humaine est victime de ses propres erreurs; la race humaine est victime d’elle-même. Victime d’être coupable. Or, il n’y a pas de châtiment sans peine. Et ce n’est pas quelque dieu qui nous l‘apprend, mais un peu d’expérience seulement. Et, l’homme est bien en peine. Si l’on observe longuement ce theatrum mundi auquel se livrent les êtres humains, il ne sera pas difficile de s’y apercevoir et de constater que le mal-être n’y est que trop présent. Que les hommes soient responsables de bien des malheurs ne signifie pas qu’ils soient heureux. Et c’est peut-être même parce qu’ils ne le sont pas que l’humanité s’éteint peu à peu. Le mal engendre le mal, dit-on. Mais il y a pire. Parce que cet état malheureux dans lequel les humains se trouvent, ils s’y sont plongés eux-mêmes. Non contents de détruire tout ce qui les entourait, ces pauvres humains, je le vois bien, se sont détruits entre eux et de sont eux-mêmes détruits. A vouloir être parfaitement autonomes, ils sont devenus parfaitement autodestructeurs. Sachons-le, la décadence de notre espace vital n’est que le signe annonciateur de notre propre déchéance. Oui, le devenir de l’homme pourrait bien être sa fin. D’ailleurs, quel prophète n’a-t-il pas prévenu ce miracle de l’apocalypse? Aussi, face à toutes ces catastrophes humaines, je ne peux qu’hésiter. La peine ou la mort? Je ne sais. Mais la fin d’une humanité.
Peut-être bien suis-je trop sévère. Mais quiconque verrait la situation chaotique dans laquelle nous sommes enlisés, verrait alors que je ne suis que de bonne foi. Ceci dit, je ne peux m’empêcher de penser que l’humanité ce n’est pas cela. Ce n’est pas cette cupidité, ce sale amour que l’on dit propre, et cette frileuse lâcheté. Ce n’est pas tout cela, ce trio perdant, ces mauvais penchants. Ce n’est pas que cela; c’est encore autre chose. L’humanité, telle que je la comprends, ce n’est pas si mal. Car, et cela a été maintes fois mentionnés, l’humain est capable du pire, mais aussi du meilleur. C’est une question de choix. Et, fort heureusement, certains font le bon choix. Ceux-là ont choisi leur camps, sans condition et quel qu’en soit le prix. Et le prix est élevé. Mais c’est le lot des gens du bien, des hommes plus bons que mauvais, des êtres plus humains. Car, autant le dire, il y a en apparence bien peu d’intérêts à faire le bien. Seulement voilà, il n’y a rien de plus important. Et ce n’est pas là une simple apparence mais une réalité. Du moins si l’on considère avec moi que l’humanité est une bonne nature, c’est-à-dire, d’une nature qui s’accomplit dans et à travers le bien, le bon, le juste. Aussi m’est-il permis d’espérer en un monde meilleur, plus humain. Et si ce monde n’est peut-être pas celui que notre présent laisse présager, c’est bien celui pourtant qu’il fait viser.
Alors, puisque le verdict est tombé et que le procès touche à sa fin, le moment est venu pour vous, les hommes de décider de votre avenir.
En admettant que l’avenir se décide. Or, j’ai là une crainte, celle du sort de l’être humain. Je crains en vérité que le sort en soit jeté, que rien ne soit plus sous contrôle. J’ai peur pour le futur, pour ces générations du lendemain qui devront à leur tour expier les erreurs de leurs ancêtres. J’ai peur que cet héritage -que dis-je? Ce fardeau- soit bien trop lourd à porter. Et ce sont même davantage que des peurs. C’est ici la raison qui m’alerte. Que faut-il raisonnablement et concrètement espérer de l’avenir? Une rédemption est-elle possible?
Si elle l’est, elle sera difficile.
Il ne suffira pas d’aller se confesser à quelque âme bien attentionnée; vous n’en trouverez peut-être pas.
Il ne suffira pas d’aller laver ses pêchés dans quelques fleuves consacrés; ils sont déjà bien assez pollués comme ça.
Et il ne suffira pas de quelques pardons levés vers le ciel; il ne vous entend pas.
Que faudra-t-il alors? Il faudra du changement, il faudra du progrès, il faudra du mieux et même du plus que mieux. En un mot ou trois: il faudra évoluer. La race humaine a besoin d’une grande et belle évolution. Je me corrige. La nature a besoin d’une grande et belle évolution humaine. Et ce ne sera peut-être pas si difficile finalement. Car, si les sciences disent vrai, l’évolution est plus que naturelle à l’homme; elle lui est nécessaire. Ajoutez à cette idée un peu, beaucoup, énormément de bonne volonté et tout devient possible.
Du reste, seul l’avenir nous le dira. Mais du progrès humain parce que la nature le vaut bien, cela semble juste, n’est-il pas?

Espérons du moins que ce jugement ne sera pas le dernier…

Et le silence fut brisé


La dame aux dessins animés

Posté le 03.03.2008 par orexis


Sa première ride, elle l’obtint de son premier amour, un jeune homme frais et élégant, digne de tout protocole, même les plus aberrants. Il l’avait courtisée de longs mois durant, elle lui avait cédé sans trop d’arguments; mais quelques bons gros baisers déposés baveusement avaient suffit à effrayer le dandy galant.

La seconde, elle l’hérita de sa maman. Une jolie petite patte d’oie toute écaillée de plis riants, et accompagnée parfois d’un regard mouillé car pétillant. De ses trois menues branches toutes pleines de gaieté, dansait la réminiscence de son enfance bien-aimée.
Sa troisième ride était apparue sournoisement, à l’oraison d’une mère disparue violemment.

Juste au-dessus de sa bouche et de sa lèvre supérieure, l’on peut admirer une ride verticale, un peu élargie, tout autant que bancale. Cette ride, elle s’en souvient comme si c’était hier; elle s’était imposée tout d’un coup de son père. Elle en avait saigné, et conservé un goût amer. Sa bouche immobilisée par cette faille mystère, elle en avait longtemps gardé la douleur d’un silence peu fier. Mais cette cicatrice lui rappelant chaque jour combien elle en avait souffert, ce fut elle qui finalement la décida la première à prendre le risque vaillant de ne jamais plus se taire.

Au coin de cette bouche, il y a comme une ligne, qui étire tous ses sourires d’une grimace longiligne. Cette ride, c’est celle d’une enfant, enfant terrible, qui refusa de grandir souvent, tant la vie lui était pénible. Mais parce que le temps est tout sauf un insensible, et ne peut résister éternellement aux pleurs des petites filles, il lui offrit de bons moments et la promesse d’un avenir docile. S’y ajouta une ride, à tout jamais indélébile, comme pour sceller ce pacte, du temps des contrats civils. La dame bon enfant concéda alors au temps, comme on le cède aux meilleurs amants, le sacrifice de sa virginité et des premiers âges innocents.

Sur son front haut et plat, se dressent quelques vaguelettes, une, deux, trois, -peut-être même sept-, qui s’amusent à disparaître avant que de s’y remettre. Si l’on observe assez longtemps ces petites vagues qui se superposent, l’on pourra saisir clairement le pourquoi de leurs pauses. C’est que ces vagues sont à l’image de son âme, soumises aux aléas qui toujours nous désarment. La marrée basse et le corps au repos, elles dédaignent s’acquitter du front plateau, mais lorsque le cœur est épris d’assaut, les vagues y reviennent en houleux bordereaux. Le tout forme un spectacle quelque peu curieux, mais dont la mise en scène séduira les courageux.

Une ride en invitant une seconde, l’on peut apercevoir, dissimulée par une mèche blonde, un paquet de rides immondes. Ce pack de spectres, madame le doit à un homme, et à la somme de bien d’autres, comme à tout autant d’amants qui surent la prendre en faute.

Ses mains s’en souviennent aussi, de ces visiteurs de la nuit. Deux courtes mains, froissées et jaunies, mais desquelles la chiromancie révèlera quelques lignes arrondies, symboles de ces courbes voluptueuses dont elle combla nombre de lits.
En vérité, c’est tout son corps qui garde la trace de ces instants, de ces longues heures à rêvasser, comme de ces troubles trop peu latents, de ces nuits pimpantes et électrisées, aux aurores réenchantées, sans oublier leurs passagers, trop généreux pour être galants.


Ce portrait vous déplaît? Il n’est pourtant pas laid. Qu’on se l’accorde, et c’est certain, c’est un portrait qui n’épargne rien, n’est fait que de dessins, débauches de rides innombrables, ébauches de traits mémorables, mais le tout est formidable. Formidable de sincérité, criant de vérités, d’un réalisme de toutes les façons, du plus sordide au plus profond, c’est le portrait d’une dame vieillie, qui a supporté toutes les péripéties, et qui en reste marquée, marquée à vie. N’est-ce pas joli? Voilà mon avis.
L’on pourra recourir aux techniques les plus modernes, l’on pourra s’injecter toutes sortes de crèmes, l’on pourra se saigner, jusqu’à l’os, l’épiderme, l’on n’en sera pas plus guéris, mais simplement moins aguerris. Il restera des traces, du vivant qui trépasse, il restera des rides, en signes de survie, il restera le temps, et les preuves qu’il s’enfuit.

Autant de cicatrices, qui rendent la vie un peu moins lisse.
Autant d’infinis traits, qui la rendent toujours plus gaie.

C’est de la nature, ni plus, ni moins. Qu’elle nous jette en pâture, c’est là notre destin. Et si en matière d’esthétique, vous la voulez plus sophistique, nul besoin d’un magicien, il suffit d’être malins.
Pour masquer les rides buccales, souriez à l’agréable.
Pour atténuer les rides du lion, rugissez à tout de bon.
Pour éviter les rides de fatigue, succombez au sommeil prodigue.
Et pour vous épargner la peine d’une quelque traçabilité humaine, osez vous accepter tels que vous êtes: une chose, un être, périssable certes, mais admirable voire parfaite, car pétrie d’une pâte qui ne saurait être mieux faite. Et si à l’annonce de cette vérité, vous vous sentez vieux et ridé, n’en oubliez pas d’être plus heureux, et d’en remercier le passé.

Alors qu’importe la chirurgie, et ses prodiges d’anesthésie, le vrai miracle, c’est celui de la vie, et de toutes ses mises en pli…


L'imagerie sentimentale

Posté le 03.03.2008 par orexis


Lorsque je laisse mon esprit divaguer, il s’amuse à me conter d’indicibles pensées. Mon corps, tout alors, se crispe d’idées et mon être en entier fanfaronne de légèreté.
C’est que j’aime ça, imaginer.
De ces pensées, diverses plus que variées, j’ai gardé quelques sensés que je me plais à remémorer.
A l’image de cette petite fontaine, coulante d’eau glacée, cette fontaine qui la première, m’introduisit à l’idée, de ce que signifie le réel abonder.
Ou encore de cette charmante clôture, aménagée de parfums sucrés, desquels je fus frappée de la force saisissante des senteurs agrées.
Et je n’oublierai jamais, je l’espère, cette clairière dissimulée, dans laquelle je me postai, tout allongée, pour y rêvasser des heures prolongées.
Je prie ma mémoire de me la bien conserver, tant son spectacle me ravit de quiété. Et ma mémoire s’y conforme, sans caprice et de gaieté, parce qu’elle sait en secret combien j’aime ça, m’imaginer.
Et si cette fontaine, cette clôture, et cette clairière n’ont jamais existé, elles perdurent dans mes rêves les plus emplis de ma pensée. Et elles y resteront, à leur guise, sans contrefaçon… je le sais. Parce que ce sont elles qui m’inspirent, de mes plus vagues considérations, à mes plus hautes méditations. Et parce que ce sont-elles qui m’ont appris, ce qu’est la vie, et dans son réel compris. Alors je le confesse, que je le flatte mon esprit, d’y avoir enfanté de si fécondes rêveries. Et s’il lui plaît un jour de m’en offrir de plus folles encore, ce sera par amour de mon amour des métaphores.
Que s’égare mon entendement, pourvu de si doux sentiments.
Que s’évacuent mes préacquis, et leur niaiserie de raisonnement.
Que s’évade ma raison stricte, et qu’elle se perde en métaphysique.
Je me veux inconsciente, je veux mes fresques trop odorantes, je me veux la fontaine de mes chimères les plus signifiantes, je veux que ma clôture devienne clairière et s’en contente, et je me veux comblée, même pour de faux, même en pensée, mais tout à fait comblée de vérités inexistantes.
C’est que j’aime ça, imaginer… en réalité.




Pathologie de l'esprit

Posté le 03.03.2008 par orexis
Qu’il est bien difficile d’être un esprit…
Un esprit. Un mot pour désigner une infinité de maux.
Mais qu’est-ce que l’esprit?
Certains pensent que l’esprit, c’est cette faculté précieuse et unique qui nous permet d’appréhender le monde qui nous entoure. Mais ceux-là pensent mal, ils pensent à vide. Pire, ceux-là ne pensent pas; ils espèrent.
Car l’esprit, ce n’est que cette chose ridicule qui se bat contre elle-même. C’est cette chose bien étrange qui se complait dans s’insuffisance, et s’acharne à poser les problèmes auxquels elle ne peut pas répondre. L’esprit, c’est ce cercle vicieux qui tourne en rond, ce début sans fin qui donne le tourni, ce rond point sans détour, ce point mort sans retour. C’est encore cette pauvre chose qui tente en vain de panser les plaies qu’elle s’est infligée avec tant de soins. Et ce malade qui refuse de se soigner, et ce médecin qui se rend malade, c’est encore et toujours l’esprit. Il faut bien l’avouer; il n’y a rien de plus pathétique qu’un esprit.
Vous voulez un trait d’esprit? Tirez un trait sur l’esprit.
Je me pose pourtant bien des questions. Je me demande, par exemple, pourquoi nous ne sommes capables de savoir que ce qu’est ne pas savoir. Et pourquoi aussi nous ne sommes capables de comprendre que ce qu’est ne pas comprendre. Mais j’ai ma réponse. C’est parce que nous sommes capables d’esprit, et être capable d’esprit, c’est être tout simplement incapable.
Je me demande encore pourquoi il y a tant de choses qui nous échappent, tant de choses que nous ne savons pas, que nous ne connaissons pas, que nous ignorons, et -pis encore- des choses que nous pensons connaître sans pour autant les comprendre. Pourquoi tant de questions sans réponses? Pourquoi? Et pourquoi tant de pourquoi? Mais peut-être est-ce simplement parce qu’on se le demande… Voilà ce que je sais de l’esprit. A peu près rien, ou si peu. C’est-à-dire tout ce qu’il y a à savoir.
Or, quand la raison atteint ses pauvres limites, c’est le cœur qui parle. Et qu’a-t-il à nous dire, ce cœur? Le cœur ne dit rien, rien que la raison ne s’accorde à penser. J’envie ce cœur qui s’exclamait avec raison: « je sais que je ne sais rien ». Il savait quelque chose ce cœur. C’était un cœur savant. Mais que reste-t-il maintenant que ce cœur ne bat plus? Peu de choses. Car ce « je sais que je ne sais rien » ne me suffit plus . J’y préfère de loin un « je sais ce qu’est ne pas savoir ». Car c’est là un savoir bien plus grand, c’est un savoir qui comprend. Et j’oserais même jusqu’à penser que c’est parce qu’il comprend qu’il en sait autant. Ne pas chercher à savoir, mais toujours à comprendre, c’est tout ce qu’il nous faut savoir.
Mais… Mais ce n’est là que le savoir de l’ignorance. Que nous importe un tel savoir? Ou plus exactement, que vaut un tel savoir? Il vaut bien un désespoir.
C’est ce que mon cœur me crie lorsque ma raison se tait.
Et il crie souvent ce cœur… trop souvent.


On m'a rompue

Posté le 03.03.2008 par orexis

Elle est venue sans se crier, sans me prévenir, ni m’alerter. En silence et sans effroi, elle est venue de son absence, et de toute la violence d’un coup d’état. La rupture. Elle est venue, et elle est là.
Ce que je fais dans pareil cas? Je prends mon cahier, et j’écris de haut en bas. C’est ce que j’ai fait, un peu par nécessité. J’avais envie de me parler. L’envie de me dire, comme par exemple, que je ne suis pas en faute. Même si c’est une erreur, même si ce n’est pas vrai. C’est une parole qui réconforte, qui baume des plaies. L’envie de me dire, comme par hasard, que ce n’est pas moi qui défaille, mais notre histoire qui déraille. Même si c’est une nuance qui se joue des apparences. L’envie de me dire, comme pour le penser, que je vaux quelque chose. Même si je ne sais pas quoi. Que je suis drôle, que je me fais des blagues. Même si elles ne font rire que moi. Que je suis jolie, que c’est mon miroir qui me l’a dit. Même si c’est un menteur, et qu’il n’a pas de cœur. Que je suis honnête et innocente. Même si je n’en suis que plus insolente. Et que je suis intelligente, aussi, même sans esprit. Il fallait que je me le dise, oui, que je m’aime, que je peux être aimée, et même si ce n’est que par moi. Il fallait que je me parle. Il fallait que je me dise, un peu encore, que je ne suis pas personne, que je suis un quelqu‘un, un petit être, comme un humain. Que l’on se ressemble beaucoup, moi et moi-même. Que l’on se ressemble et que l’on s’aime. Il fallait que je me l’avoue aussi, que j’en ai des faiblesses, des défauts, et qu’ils me blessent, parfois même trop. Et même si ça ne tue pas de ne pas être assez fort. Il fallait que je me les répète, pour m’en convaincre, toutes ces vérités qui me concernent. Et ne concernent que moi. J’avais besoin de me le dire, ce pourquoi, je suis comme je suis. Même si je ne suis pas. Il fallait que je m’en console, de mes faux pas. Même s’ils ne mènent qu’à moi. Et j’avais envie de le taire, ce cœur qui bat. Parce qu’il souffre de ne battre que pour moi. J’avais même envie de vous les ouvrir, vos cœurs, pour qu’ils me voient. Même si ça ne se fait pas. J’avais besoin de vous le crier, que j’existe, que je suis là. Et même si ça n’importe pas. J’avais besoin de vous le dire, à vous qui n’êtes pas seuls, que je le suis, moi. J’avais besoin de vous écrire, à vous qui n’existez pas. Oui, il fallait que je me le dise, ce tout cela. Que je ne sais pas mentir, même si personne ne me croit. Que je ne sais plus frémir, et même si je meurs de froid. Que je ne veux plus transpirer, puisque le chaud me méconnaît. Il fallait que vous le sachiez. Que je ne suis même plus un corps. Que je ne suis qu’une enveloppe. Un peu timbrée quelques fois. Mais une enveloppe prête à poster qui jamais plus ne s’affranchira. Je cherche mon destinataire, je le cherche comme une proie. Mais je ne suis pas expéditrice, je ne suis rien, rien d’autre que moi. J’ai des brouillons d’adresses empilés çà et là; mais je n’ose plus, mais je n’ose pas. J’ai peur que l’on me rejette, que l’on me déchire, que l’on me renvoie. Et même si je le suis déjà. Je crains de me perdre, bien cachetée mais sans foi. Je me craignais même, autrefois. Mais je me suis parlée, et de vive voix. Je ne me crains plus, à présent. Mais je suis seule, à tout instant. Seule avec moi-même, et je me supporte, comme je m’aime. Même malgré moi. Même s’il n’y a plus de toi. Et même s’il n’y en a jamais eu. Je le voulais, pourtant. J’en voulais un, tout simplement. Un toi qui m’aimerait, un peu comme l’on s’aime soi. Un toi que je voudrais, et même plus que moi. Ce toi, je n’y ai pas droit. Et je me contiens, et je me vide, et je ne sais plus jouer la timide. Je m’offre tout en entier, je m’offre à consommer. Sans modération, désespérée d’illusions. Je doute de tout, je refuse de croire. Je n’en ai plus envie. J’ai trop appris. Que l’on est toujours seul dans sa vie. Qu’il n’y a jamais personne pour vous prendre en saisie. Que tous ce petits bonheurs, ce n’est qu’un paradis. Que j’écrirai longtemps ainsi, à défaut de parler, à défaut d’un ami. Qu’il n’y a que mes cahiers qui puissent me supporter. Qu’ils supporteront toutes mes ratures, qu’ils sauront vivre de mes bavures, et j’y dépose mes folles blessures. Et même s’ils ne me répondent pas. Et j’ai envie de l’étouffer, ce souffle qui m’anime encore, ce dur espoir qui me fait tort.
L’espoir qu’un jour, peut-être, je pourrai t’écrire, ces si jolies choses qu’à toi seul je voudrais dire.
L’espoir qu’au lendemain, je pourrai t’enflammer, de ces infinies déclarations, que tu rendrais insensées, pour me dérouter de frissons.
L’espoir qu’un beau matin, ma plume s’envole loin, bien loin, trop loin pour occuper mes mains.
L’espoir échaudé, qu’un doux soir d’été, je jetterai mes cahiers pour me jeter dans tes bras.
L’espoir ainsi, qu’attendrie par la nuit, je pourrai les brûler, ces papiers d’identité, pour t’effeuiller de mon émoi.
Et même si cet espoir, il ne brûle que moi…


Ce blog est hébérgé par centerblog. Créer un blog c'est simple, rapide et gratuit sur centerblog.net !
Signaler un abus