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Nom du blog :
orexis
Description du blog :
Un petit bout d'univers, quelques pensées folles et dingues, et une touche de philosophie...
Catégorie :
Blog Livre
Date de création :
01.03.2008
Dernière mise à jour :
02.05.2008
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Distancée

Posté le 03.03.2008 par orexis

Du rap en sono, une cigarette en main, et un cœur en danger…
Des pages par centaines, un blog en dégaine, un manuscrit qui craint d’être réécrit, et un ennui qui me donne le tourni…
Des petits points qui s’alignent un à un, pour espérer au lendemain…
C’est mon quotidien. C’est elle ma vie, ma vie d’aujourd’hui…
Et tu n’en fais plus partie.
Je te hais, si tu savais… Je te hais, autant que je t’ai aimé.
Et je t’aime aussi. Autant que l’on peut aimer une amie.
Mais c’est fini. Tu n’auras été qu’un passage, tu n’es plus qu’un vide. Tu auras été comme un message, je te renvoie livide. Je t’ai écrit, pourtant. Mais qui se préoccupe de ce que je ressens? L’amitié, j’y ai cru. Un temps. Et tout est déçu, en cet instant. Alors, j’y repense, mais autrement. J’y pense au passé, à notre passé. A cette complicité, à ces rires blasés, et à ces rêves déplumés qui nous liaient. A ces abus, et autres vertus, qu’on gardait en secret. Et à ces mots qui nous envoûtaient. J’ai gardé les mots, mais je ne t’ai plus. Et ça me tue.
Ça me tue de te savoir si heureuse… sans moi.
Ça me tue de ne pas savoir…pourquoi.
Tu as rencontré l’amour. Il me fuie toujours.
Tu as des amies qui t’entourent. Elles m’ont quittée sans un détour.
Tu as tes cours. J’ai le compte à rebours.
Pourquoi? Pourquoi la vie te rend tout ce qu’elle t’a pris?
Et pourquoi? Pourquoi la vie m’oublie?
Ce n’est pas même la jalousie qui m’interroge ainsi. Je te le souhaite, tout ce bonheur qui t’envahit. Je m’en réjouie. Mais je l’envie. Je me retrouvais en toi. On étaient si différentes et si proches à la fois. Tu te souviens, de cette vérité-là? Unies par la souffrance. Et réunies pour l’espérance. J’y pense et y repense. Mais j’y pense en solo, à mon solo. A ce crescendo qui m’égorge, à ces eaux pales qui débordent, et à ces flots de mots qui regorgent. Je garde mes mots, mais tu n’y es plus. Et ça les tue.
Un texto. Pour me dire que je te manque. La rage me prend. Je te manque? Mais sais-tu seulement ce que j’endure? Sais-tu seulement ce que je vis? Que fais-tu de mes blessures? Croies-tu qu’elles me manquent, mes insomnies? Mais sais-tu vraiment qui je suis?…
Il y a un mois tout juste, je mettais mon cœur à nu. Il y a quelques heures, on me l’a rendu, rouillé, battu. Il y a trois jours à peine, je récoltai quelques euros, m’endettai pour la semaine, des chèques en bordereau. Des semaines que j’ai passé, entre le travail et l’université, sans le détail de ma cité. Cette cité qui me prend mon frère, et le présente au commissaire. Un commissaire qui tend des mouchoirs, à cette mère sans plus d'espoirs. Des espoirs qui se suicident, depuis que je suis dame lucide. Et un suicide qui ne me tente plus, depuis que ma survie me tue.
Ce n’est pas un texto qui me sauvera… Je n’ai que les mots pour foi. Elles ne m’ont jamais abandonnée, mes belles paroles, mon langagier. Mais à qui les offrir, ces mots paysagers? A qui les partager? Pas à toi. Sûrement pas. Puisque je suis ici, ici et là. Puisque tu t’es enfuie, enfuie là-bas. Je ne te rejoindrai pas. Je reste où je suis. Je résiste, et je signe. Je vous la laisse, prenez-en soin. Il se peut qu’un jour elle parte au loin. Alors profitez, profitez bien, de cet instant, intant sans fin, vous qui pensez qu’elle vous appartient. Mais elle ne dépend de rien; c’est une vagabonde qui se contient. Aussi soyez méfiants, et reniez-lui son temps. Mais s’il vous prend l’envie, de lui trouver une amie, sachez que je reste où je suis. Je persiste, et je signe. Mesquine, ou assassine. Mais chagrine.




Un silence trop fort

Posté le 03.03.2008 par orexis


Il dort.
Elle entre et il dort. Elle se rassure, elle le rejoint, s’octroie une parcelle de lit, ferme les yeux, et ne pense à rien. Sa tête est posée, ses lèvres closes, et son esprit garde le silence. Mais son cœur bat. Elle ne dormira pas.

Du fond de teint. Elle s’en barbouille une épaisse couche et se dessine une autre bouche. Indispensable, son fond de teint. Elle l’emporte avec elle, dans son sac couleur vermeille et fait claquer ses ballerines jusqu’à la porte de sortie. Elle se retourne. Tout est encore endormi. Alors elle sort, sans bruit.

Un sourire. Elle le force un peu, mais il vient. Elle en offre un à sa collègue, à son patron aussi, à son amie enfin. Et va vite se repoudrer.

Des enfants. Ils l’attendent, à la sortie, comme chaque lundi. Elle les envole à tour de bras, les embrasse une fois, deux fois, et leur sourit. Sans se forcer, juste par envie. Et elle se maquille encore un peu, pour les rendre plus bien heureux.

Un appartement. C’est un appartement assez spacieux, aéré et cotonneux. Les enfants ont leur chambre, la cuisine est petite, mais le salon est grand. Et en bordure il y a aussi, surtout, un petit bout de jardin qui respire de fraîcheur, et fait croître de jolies fleurs. Il fait bon vivre en cet au-dehors; l’air y est doux et léger. Mais à l’intérieur on étouffe.

On étouffe une femme exactement.
Elle se débat, mais ne crie pas. Les enfants dorment, elle ne peut pas. Alors elle met son poing droit dans la bouche. La ruse est bonne, efficace. Les enfants dorment; ils ne se réveilleront pas.

Un café. Une nécessité après une nuit à somnoler. Elle l’agite, le sucre et l’ingurgite. Elle n’aime pas le café.

Un gilet. C’est l’été mais elle se couvre d‘un gilet. Elle en choisit un long et foncé. Elle y ajoute une écharpe, épaisse et brodée.

Du fond de teint. Encore, encore un peu et un peu plus. Il faudra en racheter.

Une voiture. Les transports, trop communs. Une voiture, c’est plus sain. Celle-là est couleur or, rayée de quelques bosses, mais d‘un éclat à perte de vue. Aucune autre ne lui ressemble. Elle rayonne et on l’en remercie, on la chouchoute, on la guérit. Peu ont cette chance.

Les enfants. Ils jouent tendrement. Ils se disputent aussi. Mais ils s’aiment et ça leur suffit.

Une porte. Elle s’ouvre et le laisse entrer. La peur en profite, elle s’engouffre et la fait crier. La porte craque, elle se brise.
Comme son poignet.

Un bandage. Sous son gilet, il colle à son bras mais dissimule le poignet.

Une excuse.
L’escalier. Ce sera lui, cette fois, qui l‘aura renversée. Une marche de trop. Quelle étourdie elle fait!

Des talons hauts, bien hauts. Et elle retrouve un semblant d’équilibre.

Du fond de teint. Et du rouge à lèvres aussi. Couleur sang.
Comme celui qui coule sur sa joue démaquillée.

Ses enfants. Ce qu’ils l’aiment leur maman! Elle les serre aussi fort qu’elle le peut, et les couvre de baisers. Elle se sent bien ainsi, enlacée de ces petits êtres pleins de gaieté.

Du parfum. Un léger souffle de féminité. Elle en distille quelques gouttes, sur son cou, sur sa nuque, et son bandage.

De l’aspirine. Pour taire ce bruit de fond qui encombre son esprit. Elle en prend quelques milligrammes. Et son esprit se tait.

Elle aussi. Le silence lui encercle la gorge. Aucun son ne peut sortir, le foulard les emprisonne. Alors, elle reste ainsi, muette d‘agonie.

Un yaourt. C’est tout ce qu’elle pourra avaler. Son estomac reste sur sa faim mais son angine refuse. Elle s’accorde un peu d’eau et un café, bien serré.

Un sourire. Il est difficile aujourd’hui.

Un rire. Celui de ses enfants, et de leur naïveté.

Du travail. Elle s’y met, sans trop d’enthousiasme. Mais il le faut, et elle le fait. Les dossiers sont empilés, triés et prêts. Ils s’impatientent; elle s’y remet.

Un plat. Elle le sauce, et le pimente. Elle plie le linge, le range. Elle chasse la poussière, y dépense sa colère. Et refait le lit.

Il se défait, lorsqu’il la pousse sur le matelas. Le sommier vole en éclat, les lattes n’y résistent pas, la table de nuit tombe en fracas. Il froisse les draps.

Des bouteilles. De bonnes bouteilles de vin, qui s’entrechoquent dans la cuisine. Elles sont vides.

Des mouchoirs. Quelques-uns, juste ce qu’il faut, pour éponger les eux salées de ses sanglots.

Une cigarette. Elle pique légèrement. Mais qu’importe. Elle vide le paquet, jette le briquet et s’enfume. Une dernière fois, juste une dernière fois.

Et un cœur. Qui ne bat plus. Et jamais plus ne battra.
Ce soir, enfin, elle dormira.

Un diable au corps

Posté le 03.03.2008 par orexis


Le jour de ses sept ans, elle avait demandé une jolie petite poupée.
Mais pas n’importe laquelle. Elle la voulait tout habillée, en tenue de soirée et légèrement maquillée. Et elle ne voulait qu’elle, elle le savait. Elle lui avait même réservé un petit coin d’intimité, entre le tapis et la cheminée. Elle emménagerai sur son lit. Couchée sur un oreiller plumé, elle aurait pour elle une grande télé, toute pleine de dessins animés, et un charmant petit cercle de peluches pour converser. Oui, elle avait tout prévu, un magnifique sourire en guise de bienvenue.
Mais la poupée ne vint pas.

Le jour de ses sept ans, elle avait commandé un gâteau chocolaté.
Mais pas n’importe lequel. Elle le voulait tout enrobé, en forme d’étoile et soupoudré, de petites boules et billes colorées. Et elle ne voulait que lui, elle le savait. Elle lui avait même réservé deux jours de diète et de légumes congelés. Elle en ferait deux bouchées et demie. Coupé en deux moitiés, il serait avalé tout en entier, ses bonbons roses désincrustés. Oui, elle avait tout prévu, une fourchette féroce en guise de bienvenue.
Mais le gâteau ne vint pas.

Le jour de ses sept ans, elle avait espéré un peu d‘amour.
Mais pas n’importe lequel. Elle le voulait pour elle tout entier, avec des bisous sans compter et de doux bras pour l’enlacer. Et elle ne voulait que lui, elle le savait. Elle lui avait même réservé des merci à l’infini, et une sagesse digne d’une princesse. Embrassée sans réserve, elle serait bien heureuse ainsi, inondée de bons sentiments et de cette tendresse dont on peut jouir enfant. Oui, elle avait tout prévu, de grandes promesses en guise de bienvenue.
Mais l’amour ne vint pas.

Le jour de ses sept ans, son oncle voulu la rencontrer.
Mais pas n’importe comment. Il la voulu toute nue, et étendue, sur ce lit, sans poupée. Il la voulue toute une nuit, une nuit entière, blanchie et mal lunée. Il la voulue toute pour lui, de son corps possédé. Il la voulue en silence, comme pour ne pas l’entendre crier. Il la voulue dans une danse, une danse macabre et endiablée. Et il ne voulait qu’elle, elle le savait. Il lui avait même réservé ses fantasmes inavoués, ses paroles de cruauté, et des fessés à peine levées. Son corps à l’approche, elle avait senti ce quelque chose dans sa poche, et ses balles incrustées. Oui, il avait tout prévu, un secret éjaculé en guise de bienvenue.

Un secret qui revint, toutes les nuits, la hanter.
Des nuits qu’elle ne parvint jamais à pardonner.
Le jour de ses sept ans, elle mit sa vie à l’oublier.

Un amour à mort

Posté le 03.03.2008 par orexis


La première fois qu’il la vit, il se mit à trembler.
De tout son cœur, de tout son être, il vibrait. Un homme ne vibre pas, pourtant, lui avait-on murmuré. Cela est dit, cela est pensé.
Mais une femme s’y était opposée.

Et quelle femme! Elle était si jolie, il l’aurait épousée. Lui, l’indomptable, l’indompté, il aurait mis un pied à terre pour oser l’apprivoiser.
Mais cette femme s’y était opposée.

Il osa l'observer. D’un peu plus loin, d’un peu plus près, il l’observait. Il aurait pu y passer des heures, et des jours, comme des années. Il aurait pu y sacrifier sa vie, sans jamais hésiter.
Mais cette femme s’y était opposée.

Il n’en dormit plus, de peur d’en rêver. Il ne mangea pas plus, le coeur trop écoeuré. Il aurait pu rester ainsi un bon moment, le corps abandonné, à un esprit patient mais acharné.
Mais cette femme s’y était opposée.

Il quitta son emploi. Il voulait gagner du temps, tout le temps pour aimer. Il devint pauvre, fut expulsé, mais n’éprouva aucun regret. Il aurait pu survivre longtemps, sans société, en simple amant.
Mais cette femme s’y était opposée.

Il lui offrit ce qu’il pouvait. Il n’avait rien, mais lui donnait, tout ce qu’une femme peut espérer. Un peu d’amour pour commencer. Et il aurait voulu la tracer, sur du sable d’éternité, cette route folle et insensée, peuplée de chimères impensées. Mais cette femme s’y était opposée.

Il comprit dès lors, dans un trop plein de lucidité, qu’elle lui serait pour toujours refusée. Le cœur noué de ses songes envolés, il prit conscience qu’il avait tout perdu, le bon sens égaré. Il aurait voulu ne jamais la saisir cette cruelle vérité.
Mais cette femme s’y était opposée.

Et quelle femme! Elle était si jolie, il l’aurait épousée. Pour le meilleur et pour le pire. Sans foi ni loi mais dans ses bras. La promesse d’un instant et pour tous ceux à venir. Jusqu’à ce que la mort les sépare.
Mais cette femme s’y était opposée.

Il se coucha à terre, tout éveillé. Elle, l’indomptable, l’indomptée, elle était devenue sa raison d’exister. Il l’avait voulue, comme une dernière volonté.
Il lui avait offert, tout ce qu’une femme peut espérer.
Il lui offrit une mort, par sa vie consacrée.
Et rien, cette fois, ne vint s’y opposer.

Les Vide tirelires

Posté le 03.03.2008 par orexis

Cent cinquante euros.
C’est la somme qui manquait.
Une somme qu’elle avait cachée, ce matin même, à peine levée, dans une enveloppe cachetée.
Cent cinquante euros. Il est midi, l’après manger, et l’enveloppe est vide. Vidée.
Par qui? Et pourquoi?
Elle pensa à ses enfants, âgés de treize et vingt ans. Lequel des deux avait osé? Les deux peut être, les deux pourquoi pas. Elle se décida finalement et opta pour sa fille.
Elle seule connaissait la cachette, savait pour les enveloppes secrètes. C’était donc elle la coupable. Elémentaire. Mais minable.
Elle alla la trouver, dans sa chambre, enfermée. Elle lui cria sa découverte, la porte ouverte, les yeux chargés. Elle était démasquée. Mais sa fille ne put que récuser. S’ensuit une explosion de pleurs, d’accusations, et de vide coeur. Mais les aveux toujours manquaient. Elle vida ses sacs, fouilla ses papiers, n’y dénicha rien, mais n‘osa pas douter.

Cent cinquante euros.
Elle songea à son fils. Adolescent et rusé, il avait tout du parfait suspect. Tout? Ou presque. Car il était aussi, surtout, d’une douce générosité. Mais elle n’en fit pas cas et se laissa y repenser.
Sa fille pourtant avait compris, que c’était elle que sa mère visait. Présumée coupable, comme se défendre, comment s’expliquer? Elle y renonça et la laissa divaguer.
Car ce qu’elle savait aussi, c’est que cette colère sans détour, ce n’était pas qu’un désamour. C’était une crise, une peur voilée.
L’argent manquait.

Cent cinquante euros.
Le loyer, l’électricité, toutes ces charges qu’il fallait régler, seraient encore des impayés? D’y penser, elle en tremblait. C’était une somme, des cents sacrés. C’était jusqu’un luxe, à dire vrai. C’était une nécessité, tous les comptes faits. Alors, elle lui pardonna, avant même de l’excuser.
Mais sa mère ne le sut pas, trop occupée.
Des cris, des larmes et peu de pensées. Une angoisse insoutenable et des craintes enflammées.
Elle assistait à son procès, sans droit de réponse, sans se plaider.

Cent cinquante euros.
C’était à trois cents près, un mois de travail congés prépayés, une semaine seule pour le dépenser, et quelques enveloppes renfermées. Tout était prévu, bien enveloppé. Et tout avait disparu, comme par prédestinée. La quatrième semaine s’était faite envolée. La fin du mois serait encore mal aisée. Pour la sixième année.
Six ans, oui, de fins de mois inachevées. Que dire de plus? Ceux qui sont en manque connaissent ce fléau. Le fléau d‘un euro qui s‘enfuit, d’un argent abonné absent, et d’économies à n’importe quel prix. Six ans de luttes et de conflits, d’échappée cruelles à l’infini, pour s’assurer…une survie.
Cent cinquante euros. Elle tenta de les rattraper, en fit des rêves les plus insensés, s’imaginant des enveloppes cachetées, recelant mille billets, et le sourire de ce banquier qu’elle voyait trop souvent pleurer. Elle rêva ainsi toutes les nuits. Mais à chaque réalité, la douce enveloppe restait vidée.
Des cris essoufflés, des vies désarmées. Et un mensonge pour seule idée.
Ce qu’elle avait appris de ces années? A ne jamais raisonner. Son instinct seul l‘avait sauvée. Son instinct seul la conserverait. Et ce fut par instinct, que sa fille fut condamnée.
Cruelle erreur, en vérité. Cruelle erreur, à méditer.

Cent cinquante euros. Ce fut, à trois cents près, la somme exacte d’une confiance égarée. Cent cinquante euros, et un peu d’amour pour pardonner

Une sombre aurore

Posté le 03.03.2008 par orexis


Un, deux, trois.
Et le regard se fait plus froid.
Quatre, cinq, six.
Et son iris doucement se plisse.
Sept et des poussières.
Ici la vie est un enfer.

Huit, neuf, dix.
Vers l‘au-dehors, son corps le hisse.
Dix, onze, douze.
A la recherche d’une piquouze.
Treize et des poussières.
Ce soir la nuit fait sa prière.

Un, deux, trois.
Et il se pique le long du bras.
Quatre, cinq, six.
Et fait danser ses cicatrices.
Sept et des poussières.
Son cœur balance sous ses paupières.

Onze, douze, treize.
Il plonge dans un sommeil de trêve.
Quatorze, quinze, seize.
Il n’a de vie que dans ses rêves.
Dix-sept et des poussières.
Dans son esprit, peu de lumière.

Un, deux, trois.
Et la seringue vole en éclats.
Quatre, cinq, six.
Sur le trottoir ses pas se glissent.
Sept et des poussières.
Et dans sa bouche un goût amer.

Cinq, quatre, trois.
Et tout son corps se fait plus froid.
Trois, deux, un.
Et peu à peu sa peau déteint.
Zéro et quelques cendres.
Des funérailles à s‘y méprendre.

Ma plume

Posté le 03.03.2008 par orexis


Ma plume. Je te dédie les grands silences de ma pudeur.
Mais ma plume, quand je t’écris, c’est avec le cœur.

Ma plume. Tu m’as appris ce qu’était cette douce envie qui rend réelles les belles rêveries, cette envie folle mais en sursit, l’envie toute drôle d’être une amie.

Toi ma plume. Tu me chatouilles, me fait frémir, et avec toi je veux mourir, de joie, de folie, d’ivresse comme de rire.
Toi ma plume. Tu es le sucre de mes larmes. Sexy en diable, t’es juste fatale. Archange sensible, et peu crédible, tu es un mot: irrésistible.
Comme un secret, tu apparais. En pur mystère, comme d’autres les pierres, tu fais semer les doutes, nous en déroutes, et nous laisses ainsi, des soupçons pleins l’esprit.

Ma plume. Je prends le risque. Et j’ose te dire, te balancer dans un sourire, trois petits mots qui me font rire… Je t’aime. Ces quelques mots, je te les confie. Fais-en ce que tu voudras. Ce sont des mots que je ne te dirai pas, bien trop en réserve pour les dire à haute voix. Mais, ma plume, où que tu seras, ces mots te suivront, danseront autour de toi, sans jamais de repos, et toujours pas à pas.
Alors, oui, je te les jette sur ce papier; je coucherai mon âme pour te la montrer. La vois-tu? Elle est là, regardes bien. Mon âme tremble, elle sait que tu l’espionnes. Elle te craint comme un jugement, et elle tousse, s’en étonne, me repousse, moi, sa bonne. La vois-tu ma plume? Mon âme qui se crie, pendant que je t’écris. La sens-tu ma plume? Comme elle transpire, la timide, comme elle rougit. Elle me supplie de la laisser. Elle se dégage, veut se cacher. Pas à moi, mon âme. Tu ne pourras y échapper. C’est indécent, oui, je le sais. Mais rien qu’à elle, s’il me plait, tu te montreras. Elle lira en toi, à travers ces mots. Et tu riras en elle, en pleureras même, s’il le faut. Mais vas, je t’ai montré. Ma plume l’a vue, ta nudité. Alors vas donc te rhabiller, t’enfouir encore et retrouver ta jolie sœur, la liberté. Mais ma plume, regardes ça. Mon âme te charme, encore une fois. Que fais-tu là? Elle ne répond pas. Mais je comprends, le grand pourquoi. Mon âme t’a vue, comme tu la vois. Et plus que tout, elle voit en toi. Mon âme a de bons yeux, des yeux bien heureux. Et la voilà qui te réclame, toi et ton âme. Car nos âmes sont voisines, me dit la mienne à basse voix. Regardes-les jouer ensemble. N’est-ce pas vraiment qu’elles se ressemblent? Si différentes et si proches à la fois. Elles se complimentent et se complètent de bonne foi.
Prêtes-moi ton âme, je t’offrirai la mienne.
Ajoutes une flamme, j’en ferai une lanterne.
Donnes-moi une arme, et je tuerai ta peine.

Ma plume. Je veux être ton encre, quand ta main veut jouer aux mots.
Je veux être ta fée, quand la vie te fait défaut.
Je veux être ton ange, quand tu rêves de paradis.
Je veux être ton diable, quand satan t’attire vers lui.
Je veux être ton souffle, quand tu manques de respirer.
Je veux être ton tout, quand le vide veut t’aspirer.
Je veux être un espoir, quand tout te semble insensé.
Je te donne un savoir. C’est celui de l’amitié…

Joli coeur

Posté le 03.03.2008 par orexis

Savez-vous à quoi ressemble un joli cœur?
Un joli cœur ne ressemble à rien… mais il est tout.

J’ai connu bien des cerveaux. Des têtes pensantes, comme des esprits, des lumières, comme des génies. Ils m’ont bien prise la tête, je dois l’avouer. Parfois même trop, à grand regret.
J’ai connu des sexes aussi, quelques uns, juste ce qu’il faut. Des sexes pressants, comme pressés, des sexes patients, comme dépassés. Ils m’ont bien prise au corps, je dois l’avouer. Parfois même trop, à grand regret.
Et puis, j’ai connu un cœur. Il était si bien fait, il était tellement beau. C’était un joli cœur, en quelques mots.

De ce genre-là, on n’en a jamais trop.
Un joli cœur, c’est comme un cadeau. Un cadeau qui nous emballe, un cadeau que l’on déballe. Et, comme un tour de l’ironie, si à l’extérieur c’est joli, à l’intérieur c’est encore plus beau.
Mais les jolis cœurs ne sont pas nombreux. C’est sans doute ce qui les rend si précieux. Car, il faut le savoir, rencontrer un cœur, c’est déjà bien rare. Mais s’il s’agit d’un cœur joli, en vérité je vous le dis, c’est plus que rare, c’est du hasard.
Un coup du hasard qui fait bien les choses, un coup de cœur qui me rend toute chose. Et sachez-le, je parle en connaissance de cause. Faut-il vous le prouver? C’est accordé. Je vais tout avouer…

Avec son air d’enfant perdu, ce joli cœur m’a de suite plu.
Romain, c’est son prénom, était un jeune homme plein de contradictions. Il n’en fallait pas davantage pour que je succombe. Ne me demandez pas pourquoi, je ne saurais vous répondre.
Il avait des yeux fins, mais un regard immense. Un regard lointain, mais plein d’intelligence. Un regard coquin, mais toujours sans offense.
Il avait la peau mate, dorée et sucrée. Une peau couleur soleil, promesse d’infinies merveilles. Une peau teintée par une autre contrée. Laquelle, je ne savais. Mais ce fut bien assez pour me donner envie, l’envie de voyager.
Il était vêtu, -je l’aurais voulu nu-, mais il avait du style. A la fois élégant et accessible, décontracté et habile, original et docile.
Mais mon plus doux souvenir reste celui de son sourire. Comment vous le décrire? C’est un sourire simple, mais généreux; un sourire vrai, mais bienheureux; un sourire qui fait sourire, un sourire qui veut tout dire. Mais un sourire que j’aurais voulu voir rire.
Comment rester insensible à un être irrésistible?
Romain le sait, et en joue. Tout homme qui a du pouvoir est enclin à en abuser, a dit un jour un certain Montesquieu. Aussi brillant qu’il fut, cet homme était un cerveau, pas un cœur. Car du pouvoir Romain en a, mais des abus, il n’en fait pas. Il a bien toutes les raisons d’en profiter, mais il a bien trop de cœur pour en sacrifier. La raison a des raisons que le cœur doit ignorer. C’est ce que Romain m’a appris, tant son cœur est joli.
Je pense que si Romain l’a compris, c’est parce qu’il connaît de près la vie. Il sait que ce qu’elle offre, ce peut être le meilleur comme le pire. Et à en croire son sourire, il en a tiré le meilleur parti.
Il sait que ce c’est que d’avoir mal au cœur. Il connaît cet état de l’âme, il en a fait l’expérience. Il la sait, cette souffrance.
La souffrance d’un cœur qui réclame, d’un cœur au bord des larmes. Le cri déçu d’un cœur orphelin, qui n’a pas reçu un amour assez plein. Le pleur à l’abandon d’un cœur fléché par Cupidon et qui se verse en déceptions. Il le connaît ce cœur abattu, ce cœur qui ne bat plus.
L’insuffisance cardiaque, c’est la plus profonde des attaques.
Mais le cœur de Romain a trouvé le remède: il aime. Ou, pour le dire en vrai, il a envie d’aimer. Et c’est cette envie qui à son cœur redonne vie. A tous ceux qui pensent que l’amour, c’est prendre des risques fatals, qu’aimer, ça fait trop mal, retenez de Romain cette leçon de courage, retenez de lui cet admirable adage:
Qu’il rit ou qu’il saigne, de joie ou de peine, l’important est que le cœur batte.
C’est ce qui fait de Romain un jeune homme si touchant. Parce qu’il sait combien il est vital d’être aimé, il est un amant des plus attentionnés. Et il est devenu capable de soigner le plus grand mal, celui que l’on dit incurable: les blessures sentimentales. C’est un médecin de l’âme.

Aussi, je vous le dis. Si vous trouvez un cœur aussi joli que celui que j’ai décrit, confiez-lui le votre sans nul souci, il vous le rendra tout à fait guéri…

Comme un sourire

Posté le 03.03.2008 par orexis

Ici, il fait froid. Froid comme en hiver, lorsque le vent se libère, et renverse un peu d’eau sur terre.
Ici, il fait sombre. Sombre comme une nuit, à demie teintée, tout à fait tapie, et qui se cache derrière le ciel, et qui nous donne des envies d’ailes.
Ici, il fait triste. Triste comme une journée où rien ne semble vouloir aller, où tout est vide et condamné, où même le temps s’est arrêté.

Et c’est ici que tremble une vie.
Oui, elle tremble. Comme une feuille, comme une pucelle, comme à l’annonce d’une nouvelle. Oui, elle tremble, et si elle s’agite ainsi, ce n’est que pour rester ici.

Ici, où il fait gris. Gris comme quand le noir veut être blanchi, comme quand l’espoir reste indécis.
Ici, où il fait trouble. Trouble comme au théâtre, quand les acteurs ont le beau rôle, et veulent jouer à être drôles.
Ici, où il fait peur. Peur comme au jeu des sept douleurs, comme quand l’angoisse se crispe en pleurs.

Et c’est ici qu‘un corps survit.
Oui, il survit. Comme un enfant, comme un soldat, et comme tous ceux qui ne comprennent pas. Oui, il survit, parce qu’il refuse de faire comme si.

Ici et là, c’est comme ailleurs. Un hôpital, votre demeure. Un peu de mal, un grand bonheur. D’ici à là-bas, il n’y a qu’un pas. Mais c’est un peu que l’on n’ose pas. C’est pourtant peu, un pas à pas. C’est comme un instant, ça ne se refuse pas.
Ici et là, c’est un peu comme vous et moi. Je vous écris, vous m’ignorez. Eux ils s’écrient, et on les tait. Alors ils se répètent, comme des échos, comme un peut-être. Peut-être qu’enfin, vous suivrez le chemin. Peut-être qu’enfin vous ne serez plus si loin.

Ils vous attendent, de tous leurs cœurs. Ils vous espèrent, comme une lueur. Vous ne venez pas. Et ils se meurent.
Comme un sourire, osez. Donnez. Sauvez.
Et comme un rire, vous entendrez.

Bout de coeur

Posté le 04.03.2008 par orexis
J’ai six ans. Et j’apprends que tu vas nous rejoindre. Toi que je ne connais pas, dont j’ignore jusqu’au prénom, je te veux et pour de bon. Et je t’aime déjà.

J’ai sept ans. Et tu viens au monde. Ta naissance est difficile, je n’en ménage pas mes larmes et elles coulent en grand secret, le secret d’une petite fille que l’on désarme. Mais je t’aime quand même, et même plus que moi-même.

J’ai huit ans. Et tu pleures. Toutes les nuits, dans notre chambre. Cette chambre dont je ne t’offre qu’un bout, mais t’offrant mon cœur dans son tout. Tu me prêtes le tien, avec plein de salive. Tu me baves dessus, quand on te couche tout contre moi. Mais j’aime ça, parce que je sens ton cœur, et parce qu’il bat. Et tu ris aussi, et je l’aime ton rire, plus que tes larmes, mais moins que toi.

J’ai neuf ans. Et tu me marches sur les pieds. Avec ton youpala, tu me poursuis. Je me cache, je m’enfuie. Tu me rattrapes, comme toujours. Mais ce n’est que de l’amour. On se fuit, on se cherche, on se repousse, l’amour aux trousses. Mais je l’aime cet amour. Parce que c’est le notre, à personne d’autre, et qu’il me vient de toi.

J’ai dix ans. Et on joue aux pirates. Sur les lits superposés, tu demandes à me tuer, mais un peu, juste un peu. Alors j’accepte, juste pour te rendre heureux. Et je simule de mourir, rien que pour voir ton sourire. Et tu le réanimes comme à chaque fois, peut-être parce que tu m’aimes un peu, juste un peu, et que tu m’aimes en vie, de surcroît.

J’ai onze ans. Et tu m’offres mon premier amant. On est dans un parc, le parc des roches, dans un camping, plutôt moche. Mais c’est l’été, et il fait beau. Alors on s’amuse, même pour de faux. Et tu te lies d’amitié avec ce jeune homme, qui m’aimera le premier, ou fera tout comme. Et je t’en remercie encore, et pour toujours, de me l’avoir offert, ce prémisse d’amour. Je l’aime un peu, beaucoup, ce garçon de passage. Mais je t’aime plus que tout, et à n’importe quel âge.

J’ai douze ans. Et tu vas à l’école. Tu découvres ce monde qui déjà m’appartient, et dont je connais jusqu’aux moindres recoins. Ou presque. Car je ne le savais pas, que les maîtresses ne sont pas toujours de bonne foi. Je ne le savais pas, qu’elles peuvent être cruelles, et s’amuser autant à maltraiter leurs maternelles. Maman le découvre, elle aussi, et elle se bat longtemps contre ces furies, quatre ou cinq ans, le temps qu’elles soient punies. Et moi je comprends, rien qu’à cet instant, que tu es déjà, toi mon tout petit, en proie aux plus blessantes des péripéties. Et c’est ainsi, tu vois, que pour la première fois, tu vas m’enseigner quelque chose de la vie. Et je ne l’aime pas, cette souffrance qu’elle t’inflige. J’ai envie de la prendre, de la briser cette tige, de la faner cette fleur du mal, de l’absorber ce parfum de fatal. Oui, je veux être toi quand la vie ne t’épargne pas. Parce que je t’aime plus qu’elle, même si je l’aime malgré moi.

J’ai treize ans. Et Maman a mal. Elle a des bleus un peu partout, et plus que tout des bleus à l’âme. C’est papa. Il joue les gros bras. Et toi tu ne le sais pas, ce qu’il fait quand tu dors, quand il teste si Maman est vraiment indolore. Mais comment te la décrire, cette triste réalité? Comment te le dire que Maman perd sa dignité, à cause d’un père plein de fierté? On t’en préserve, et elle se les réserve, ces coups de minuit; on t’en cache jusqu’aux bruits. Parce qu’on t’aime, Maman et moi, et qu’on redoute avec quel effroi, un jour peut-être tu le découvriras. Et parce que ça fait mal, un amour qui se tait, ça fait toujours du bien, un amour qui se sait. Alors on te le dit, pour ça nulle cachotterie, que s’il y a un amour qui peut nous sauver de la vie, ce n’est que cet amour que tu nous offres, qui nous guérit.

J’ai quatorze ans. Et papa est parti. La nuit nous a affranchies. Tu te demandes pourquoi, le cœur crispé de son émoi. Pourquoi hier il était là, et qu’au réveil tu ne le trouves pas. Tu exiges que l’on t’explique, dans le détail, la polémique. Tu le cherches, tu l’attends, mais en vain et piteusement. Et tu nous en veux sans doute un peu, et on te veut moins malheureux. Mais nous ne sommes que plus impuissantes, face à tes questions impatientes. Ton âme est en attente, de ce père qui a disparu, de cet homme qui ne viendra plus, et je le sais, tout au fond de moi, que cette blessure ne se soigne pas. On la panse comme on peut, on compense en t’aimant à deux. Mais ce n’est pas assez, tu veux cet amour à trois, et les deux bras de ton papa. Je m’en veux parfois de ne pas avoir su te préparer à ce qui, pourtant, devait arriver. Et que, très souvent, je me plaisais à espérer. Le départ d’un papa qui aime sans foi, et qui frappe sans détour, sous couvert de l’amour. Mais en étais-je seulement capable? L’on n’est plus capable de rien lorsque la vie nous accable. C’est mon excuse. Je te la donne, avec mon cœur, petit homme. En espérant toujours plus fort, qu’un jour seulement tu me pardonnes. Et saches combien je suis désolée de ne pouvoir que t’aimer, à défaut de te protéger.

J’ai quinze ans. Et je fais ma crise. Je ne m’aime pas, je ne m’aime plus. Comment, dès lors, puis-je aimer les autres? Comment, alors, puis-je t’aimer toi? Et pourtant je t’aime. En maladresse et en silence, mais je t’aime. Et qu’importe moi. Qu’importent ces autres qui ne sont pas moi. Je t’ai toi. Mon frère, j’ai les quinze ans adolescents, ceux qui protestent contre ceux qui contestent, et je peste. Contre ce monde, contre la vie, et contre moi aussi. Mais je t’aime, oui, plus que tout au monde, et pour la vie.

J’ai seize ans. Et j’ai grandi. J’ai compris. Et je vis. Je l’ai tuée, ma colère, apaisée ma petite guerre, mais je reste une solitaire. Et je sais que quelque part, n’importe où sur cette terre, il y a un frère qui se demande où est sa sœur et pourquoi elle préfère le vivre seul, son doux bonheur. Je le sais troublé, confus et rancunier, de me voir m’éloigner. Alors j’espère qu’il comprendra un jour, ce frère, que si je me suis éloignée, ce n’était qu’un détour pour mieux le retrouver. Il fallait que je te quitte, pour me construire un avenir. Un avenir assez solide pour que je puisse t’y introduire, et t’y garder à tout jamais. Il fallait que j’apprenne à m’aimer pour m’accepter. Et en solo, c’est tellement vrai. Mais c’était, frérot, pour t’aimer en duo. Et sans secret.

J’ai dix-sept ans. Et je te vois grandir. Tu entres au collège maintenant, est-ce à dire que tu es grand? Je m’y refuse, tout simplement. Je te veux petit enfant, baveux et innocent. Mais tu ne baves plus, et moi je suis perdue. J’ai comme l’impression de te redécouvrir, comme si un étranger s’était incrustée, balayant mes souvenirs, décomposant mon passé. Je ne te reconnais plus, ou si peu. C’est moi qui suis confuse à présent, et c’est moi qui t’en veux. Mais je t’aime comme toujours, d’un singulier amour. Je ne hais que le temps qui court.

J’ai dix-huit ans. Et je deviens adulte. J’ai quitté notre monde, et on m’en a exclue. Ce monde de l’enfance, ce cercle d’espoirs perdus. Toi t’y es resté et tu t’y bats. Alors je le regarde d’un peu plus loin encore, et j’ai les craintes, comme les remords. J’ai peur que tu ne sois pas assez fort, pour surmonter ce dur apprentissage, ce passage entre deux âges, le tourbillon de toutes ces pages, la vie en somme et sans images. Mais le présent m’accapare et je le rejoins, le monde des adultes et de leurs petits riens. Et je me dis, mais sans trop y penser, que l’on n’est plus du même monde. Que l’on s’est fourvoyés, de se croire immuables, ou immobilisés. On ne l’est pas, on évolue, on change, parfois du tout au tout, et sans rechange, sans au cas où. On est soumis à chaque seconde à la fugue du temps et de ses instants. Mais ce que je ressens, mon frère, ne change pas. Il est là, imperturbable, ou si peu de fois. Il est là, oui, cet amour que je t’alloue, et il sera là tant qu’il y aura un nous. Nous deux. Si c’est pas heureux!

J’ai dix-neuf ans. Et rien ne va plus. Rien ne va plus comme avant. Tout est différent. Oh, ce n’est pas de sa faute, au temps. C’est de la mienne, de ce que j’en ai fait. Je me le suis accaparé, je ne t’en ai pas prêté, ou pas assez. J’en éprouve des heures de regrets tu sais. J’aurais du t’en réserver de ce temps, t’en octroyer de bons moments. J’aurais du les partager, mes dix-huit ans. Je ne l’ai pas fait, et tu peux me le reprocher. Tu dois me le reprocher. Comment, sinon, oseras-tu me pardonner? Comment, sinon, pourras-tu m’aimer?

J’ai vingt ans. Et je t’aime au présent. Oui, je t’aime, comme une sœur, comme un enfant, comme j’aime ton cœur, et ses battements. C’est peu ce que j’offre, je ne le sais que trop. C’est peu de l’amour quand la vie fait défaut. Mais il n’y a rien de plus important. Alors je t’en inonde, avec ou sans compliments. Je rejette les secondes, je veux t’aimer éternellement. Mais je repense sans cesse au trauma de mes quatorze ans, à cette idée qui me persécute, qui me fait trembler, l’idée que je ne puisse te protéger. Je suis ta grande sœur, pourtant. Mais plus tu grandis, et plus je suis enfant. Je me sens si petite, et tout va tellement vite. Tu es entré au collège, je suis devenue étudiante. Tu as découvert la cité, tu t’y enfonces lentement. Je la quitte pour l’université et n’y vis que partiellement. Toi tu y es tout en entier, est-ce que je sais ce que ça fait? Je le voudrais, très sincèrement. Mais non. Tout bêtement. J’ignore tout de ce monde au sein duquel tu évolues. C’est un monde dont je ne suis qu’une spectatrice un peu déçue. Déçue de me savoir si frêle à tes côtés, déçue de ne pouvoir, comme souvent, t’en préserver. Et tu luttes, les poings serrés. Et je ne comprends rien de cette drôle de nécessité. Qu’il faut se battre pour se faire respecter. Qu’il faut être animal pour conserver sa dignité. Qu’il y a trop peu d’humains qui survivent en cité. Tu vois, je ne le savais pas tout cela. C’est toi qui m’a tout appris, de cette étrange forme de vie. J’ai mes armes, j’ai eu le temps de me parer. J’ai la raison, j’ai la pensée, et une certaine distance de sécurité. Mais c’est une chance qui m’a été donnée. Je n’ai pas grandi en cité, et je ne sais pas, et je ne saurai jamais. Et je me surprends à t’envier. Tu l’imagines cela, mon frère? Tu te le figures en pensée? Je t’ai envié. Parce que je t’ignorais. Je t’ignorais si démuni, si désaxé aussi, et aussi malheureux. Je l’ignorais cette souffrance qui t’a cerné, et cette confiance trop fatiguée. Je les ignorais tes déceptions, tes grandes frayeurs et leurs frissons. Je suis une idiote, ni plus, ni moins. Mais je me suis remise, frangin. Et je sais à présent que c’est bien toit que j’aime, et que c’est bien moi l’enfant. Alors cries-le moi, que je ne sais rien de toi. Que je ne suis pas comme toi, mais que ça n’empêche pas. Ca n’empêche pas d’aimer, de ne pas ressembler. Cries-le moi que si l’on est différent, ce n’est pas un mal, ou pas vraiment. Cries-le moi que tu veux me frapper, quand je t’assassine de mes paroles de cruauté. Cries-le moi que tu me hais, que tu le sais que je ne t’aime pas, que tu me hais, oui, de m’aimer, toi. Cries-le moi, hurles-moi, fais ce que tu voudras. Mais détrompes-toi. Parce que je t’aime, frangin. Je t’aime, mais si tu savais à quel point… Tu ne l’entends donc pas, cette petite voix? Tu ne les entends, mes murmures de mea culpa? Alors cries-le encore une fois. Et dis-le moi, que tu m’aimes, toi aussi, surtout toi. Et tu l’entendras peut-être, ce cœur qui est en moi. Tu l’entendras peut-être, oui, ce cœur. Comme il bat pour toi. Pour toi, mon petit frère, mon bout de cœur, pour toi, pour moi, pour nous, mais surtout, pour notre toi et moi…



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