Posté le 04.03.2008 par orexis
Au commissariat, la chaleur n’est pas humaine, mais elle étouffe, et sans gène.
Au commissariat, la douleur n’est pas la reine, mais elle règne, de toute sa haine.
Au commissariat, les hommes ne sont pas fous, et c’est bien le problème.
Et les plaintes s’y déposent, avec broutilles et petites choses, qui s’accumulent, au-dedans des cellules. Et le temps fait son ouvrage, de certains hommes déplient bagages. C’est dépaysant, un commissariat. Ça l’est, et plus encore. Ça prend aux tripes, en corps à corps. Ça donne le tourni, tous ces hommes impunis. C’est dépaysant, oui.
Et pourtant.
Au commissariat, c’est partout comme ailleurs, mais ce n’est pas meilleur; il y manque le bonheur.
Au commissariat, c’est un peu comme chez nous, mais sans les rires, et avec des coups.
Au commissariat, c’est comme un chez soi, mais ce n’est qu’un endroit, traversé d’aléas.
Et les allers se multiplient, sans un détour, sans un sursit. Et les retours, s’ils sont en vie, ces retours… je les attends toujours. C’est effrayant, un commissariat. Ça l’est, mais sans le froid, et d’une violence qui fait débat.
Et pour cause.
Au commissariat, la rage fait loi, mais sans bonne foi, et chacun pour soi.
Au commissariat, on lit les droits, mais d’une voix forte, et qui se brise sans éclats.
Au commissariat, on croise les bras, au nom de l’état, et de haut en bas.
Et chacun apporte sa croix. Croix de fer, crois de bois, peu sont sincères, mais tous y croient. Et les commissaires ne se font pas prier, pour désarmer les prêtres, et déjouer les jauliers. C’est indulgent, un commissariat. Ça l’est, et même trop parfois.
Et pour preuve.
Au commissariat, ça s’insulte, mais sans équivoque, et on lutte, on s’interloque.
Au commissariat, ça sent l’argent sale, mais ça crie au scandale et aux délits fatals.
Au commissariat, ça manque d’aveux, et de mea culpa, mais c’est peut-être mieux, d’ignorer quelques fois.
C’est inquiétant, un commissariat. Ça l’est vraiment, et en trauma. Ça laisse des traces, un peu débiles, mais qui collent à la peau, et touchent dans le mille, le mille feuille des vils défauts. Ça fait douter, cette inhumanité. C’est impossible de ne pas s’identifier, à ces pêcheurs peu condamnés. C’est difficile de s’en bien distinguer. Parce que ce sont des hommes, ces meurtriers.
Et pour de vrai.
Au commissariat, il y a des êtres qui se lavent les mains, parce qu’ils se sentent trop peu humains.
Au commissariat, les toilettes sont débordées, de recueillir tant de déchets, et elles refusent de s’y mouiller.
Au commissariat, l’on répare les dégâts, mais comme l’on peut, et l’on ne peut pas.
C’est écoeurant, un commissariat. Ça l’est, et au sens fort. Parce que ça fait mal, et pire encore. Ça entaille, de le vivre de près. Et dans le détail, c’est juste laid. Ça donne une bonne nausée, rien que d’y assister. C’est un spectacle que l’on conserve à tout jamais, et qui se garde, comme un secret. Et au final, ça fait encore plus mal. Parce que ça fait mal au cœur, et qu’il n’existe pas plus vive douleur.
En tout mal, tout honneur, c’est le sursum corda au commissariat.
Posté le 04.03.2008 par orexis
Je me presse de rire de tout de peur d’avoir à en pleurer.
Si l’on en croit la folle sagesse de Beaumarchais, c’est en ces quelques mots que réside son secret. Le secret de l’humour.
Rire de tout. Quelle présomption! Quelle audace! Quelle prétention! Mais quel génie, aussi! Rire de tout, tout le temps, et avec tout le monde. Il est drôle, ce Beaumarchais.
De peur d’avoir à en pleurer. Quelle lâcheté! Et pourtant, c’est à du courage qu’il vous faut penser. Il est si aisé de pleurer. Quelques gouttes y suffisent, quelques larmes et c’est le drame. Le souffle vient à manquer, vous voilà inondés. L’esprit veut s’évader, vous le chassez avec fierté. Vos pensées dispersées, vous vous décomposez. Croyez-le ou fuyez. Mais quand le chagrin se distille, nous n’en sommes que plus navrés. Alors pourquoi pleurer? Parce que c’est plus fort que nous? Je le veux bien, c’est même certain. Mais est-ce plus fort qu’un rire?
Rire de tout de peur d’avoir à en pleurer. C’est une pensée qui fait rêver. Et si le rêve était réalité?
C’est tout de même un joli cadeau que l’humour. Et j’oserais même jusqu’à penser qu’il est d’un don qui nous préserve, qu’il appartient à cet instinct qui nous conserve et nous maintient.
Il est cette force de volonté qui nous exhorte à dépasser les plus cruelles difficultés. Celles que l’on nomme réalités. Qu’elles soient légères ou redoutables, il se joue de tout l’humour, et cartes sur table. Oui, bien plus qu’une folie, l’humour est un syndrome, celui d’une survie. Il est désir, il est envie, il est d’un rire comme d’une vie. Mais, plus que tout, il se choisit. Il se travaille, se perfectionne. Il se mérite, et ne s’obtient, qu’à force d’audace et de soutient. Mais toujours avec le sourire. L’humour n’a nul besoin de peine; la comédie, elle est humaine. Il ne requiert qu’un peu de rire, il n’est qu’une partie de plaisir; et le plaisir, un savoir rire. C’est un grand cercle bienheureux. Et un atout des plus précieux.
Pourquoi, alors ne pas y croire? Idéalisme? Je vous entends. Mais c’est un euphémisme, et j’y consens.
Oui, l’humour est idéal. Oui, l’humour est anormal. Mais qu’y a-t-il là de fatal? C’est d’un banal! Toutes les fois où des idées s’élèvent, de misérables gens n’y voient que des rêves. Et pourtant, si nous savions rêver davantage, la réalité n’en serait que plus sage.
Ceux qui se moquent de tout de peur d’avoir à y croire ne verront sans doute là qu’illusion et simple espoir. Mais qu’importent ces gens? S’ils résistent tant, c’est qu’ils sont tristes à leurs dépends. Nous ne le sommes pas, et ne dépendons que de joie.
Alors, à leur méfiance aigrie, opposons défiance et défi.
D’une pitié sereine, mettons donc fin à leur dilemme.
Épargnons-leur la peine d’éprouver tant de haine.
Sourions avec eux de nous savoir si preux.
Moquons-nous de nous-mêmes et laissons-les y croire.
Donnons-leur une raison, montrons-nous dérisoires.
Car s’ils se rient de nous, c’est qu’ils rient malgré tout…
Enfin, soyons tout à fait fous, et déguisons nos peurs.
Leur bons sens égaré, nous rirons de bon cœur.
Et si nous rougissons, ce sera de bonheur…
Posté le 04.03.2008 par orexis
Posté le 04.03.2008 par orexis
Oui, mon amour, j’aime le sexe. Mais ce n’est pas parce que j’aime le sexe qu’il importe peu que tu me respectes.
Oui, mon ange, je n’ai pas de retenue, ou je n’en ai plus, quand je suis nue. Mais rassures-toi, même dévêtue, je garde toute ma vertu.
Oui aussi, mon chéri, je perds la raison quand tu ôtes ton pantalon. Mais sois certain qu’elle me revient dès que s’épuise ton bel engin.
Oui je l’avoue, mon ours tout doux, qu’au goût poivré de tes bisous, mon corps chavire et devient fou. Mais, entre nous, mon cœur s’en fout.
Oui, c’est d’accord, mon sucre d’orge, je me préfère sans soutien-gorge. Mais c’est parce que je l’assume, et sans nul remord, cette passion qui nous dévore. Et si je me consume, ce n’est jamais de mes torts.
Oui, bébé, je suis une femme très libérée. Mais si tu savais comme je m’aliène... de moralité.
Oui, mon adoré, mes déshabillés sont très, voire trop, légers. Mais plus profonde est ma nudité.
Oui, mon bonbon, je suis sensible à tout frisson. Mais c’est parce que j’ai plus de sens, dont le bon.
Oui, mon étalon, je me refuse à te résister, et t’en concède jusques ma volonté. Mais je sais être plus réservée, lorsqu’il s’agit de mes pensées.
Si, mon kamasoutra, je suis toujours vierge. Mais tu ne le verras pas, car c’est en mon âme que brille cet éclat.
Non, mon homme, je ne suis pas une fille facile. Je ne suis qu’une femme un peu subtile. Et tu en prendrais la conscience, si tu déjouais mes apparences. Mais tu t’y trompes, et sans indulgence. Et tu m’insultes, me fais offense. Alors saches le, un peu encore: tu pourras toujours disposer de mon corps, je te le prête, et sans efforts. Parce que j’aime le sexe, et je le dis sans complexes. Et parce que je l’aime aussi, ton démon de minuit. Mais jamais tu ne m’auras comprise. Et tu pourras me toucher, m’explorer, et m’écrier. Mais je n’en serai pas plus éprise. Et si tu me pénètres souvent, ce n’est jamais assez longtemps, pour y découvrir des sentiments. Alors saches le, une dernière fois, que j’aime le sexe, mais je ne t’aime pas. Et je te la confesse enfin, la clé du mystère, qui saura les faire taire, tes jugements trop peu malins. Oui, mon amant, car si je t’aime en missionnaire, tu ne l’es pas bien assez pour que cet amour soit sincère…
Posté le 04.03.2008 par orexis
Un corps à corps au sommet, c’est lorsque deux corps se confondent, s’assemblent et se répondent, pour se donner l’un à l’autre, pour s’oublier dans un nôtre…
C’est ce moment précis, où deux êtres sont réunis, ce moment inégalé, cette sensation d’infini, ce petit bout d’éternité.
C’est cette caresse bien attentionnée, à la fois ferme et légère, c’est une caresse à succès, c’est une caresse des plus sincères.
C’est cette tension au bas du ventre, qui donne l’envie que l’on y rentre, et qui fait frémir de désir, du doux désir de s’entrouvrir, ce besoin fort à assouvir, et que nul ne saurait retenir.
C’est le frôlement de ces deux peaux, qui n’osent pas faire le grand saut, mais qui transpirent l‘attirance, mais qui tremblent d’impatience.
Et ces regards lourds de sens, qui se permettent de dire, tout ce que la bouche veut s’interdire, ce ne sont pas que des regards, mais les reflets de deux miroirs.
Et ce baiser qui fait plaisir, ce baiser bon à en mourir, ce baiser…je ne m’en lasse jamais.
Mais je ne connais rien de pareil, que le sexe d’un homme qui s’éveille. C’est d’une transcendance naturelle, c’est d’un prodige, d’une merveille, que l’on en perd tous les sommeils. Ce sexe qui se lève, ce sexe qui se révèle, et s’abandonne à elle, celle que l’on nomme passion… ce sexe me fait sentir plus que de raison.
Et cette femme qui offre son âme, au beau sexe, le sexe qui s’arme, c’est une femme que j’ai été, dans la plus grande intimité. Cette femme-là me plaît, cette femme-là je serai.
Mais je préfère la réserver, à ces corps à corps au sommet…
Posté le 04.03.2008 par orexis
Pourquoi renier nos plus bas instincts, s'ils sont humains?
Posté le 04.03.2008 par orexis
L’amour à plus d’un tour
Rencontrer l’amour, c’est une réelle découverte, et une belle leçon de vie. Une rencontre que la vie nous propose et dont l’âme dispose…
C’est ma théorie. Des arguments? En voici.
Je ne pense pas qu’il y ait de recette miracle pour qu’une rencontre devienne plus qu’une simple aventure. Une bonne dose d’attirance, de séduction, une pincée de trouble et d’excitation, auxquelles on ajoute tendresse, admiration, et une cuillérée de complicité; tous ces ingrédients ne suffisent pas toujours…
Mais tous sont possibles. Il y a plusieurs, voire de nombreuses relations possibles, diverses manières d’être affecté, et plusieurs types d’offres, -pas toujours en accord avec la demande, mais tous possibles-, que demander de plus?
Se limiter à un schéma affectif, c’est, je trouve, de l’aliénation. Ce n’est pas humain. Car l’être humain est né libre, dit-on, et la vraie liberté, c’est, il me semble, en partie et pour beaucoup celle des choix. Or, en matière d’affects, heureusement, il y a le choix. Alors pourquoi se priver?
Et c’est cette diversité de possibles qui me plait. Il peut y avoir du sexe sans sentiments mais avec sensations fortes, des sentiments et fortes sensations sans sexe, comme du sexe avec sentiments, et de l’amour, comme par hasard.
Or, c’est précisément cela que j’aime dans l’amour, et qui me fait aimer l’amour: il y a ce quelque chose de surprenant, d’imprévisible, qui nous échappe. Les plus belles histoires d’amour sont souvent belles parce qu’elles ont un début tout à fait surprenant. Leur fin l’est bien moins, -parce que toutes ont une fin-, mais l’étincelle d’un amour a bien souvent un goût d’inattendu.
La naissance de l’amour, c’est comme un heureux évènement que l’on n’attendait pas… C’est, à bien des égards, le fruit du hasard. Comme si le hasard était une condition de possibilité de l’amour; comme s’il fallait qu’il y ait le hasard pour qu’il y ait l’amour. En somme, c’est comme si, en amour, la vraie nécessité, ce n’était que le hasard. Certains l’appellent destin. Moi, je préfère, par prudence, le nommer autrement, et m’extasier devant ce véritable jeu de l’amour et de l'incertain…
Le beau sexe
Le grand dommage réside dans le fait que tous ces affects, et non l’amour seul, nous sont encore bien inconnus, car non dits.
Le sexe en particulier demeure une chose quelque peu tabou. Or, le sexe peut être quelque chose d’absolument sain, et recommandé pour la santé. Aussi, s’il est aussi bon de faire du sexe, pourquoi est-il aussi mal d’en parler? A quand le vrai safe sex? Je ne crois pour autant qu’il faille que le sexe se vulgarise, il risquerait sinon de devenir vulgaire. Mais, en prenant autant de précautions que lorsqu’il s’agit d’en faire, il faudrait pouvoir en parler. Toute pratique devrait avoir sa théorie. Le sexe répond à ce principe, lui aussi. Il faudrait donc oser le parler sexe, avec des mots aussi beaux que les beaux d’amour…
Tout un programme… idéal.
Posté le 04.03.2008 par orexis
Ontologie nouvelle. Un pokemon en nous sommeille. Gare au réveil…
Un être a évolué.
Aristote enseigne que lorsqu’une substance subit quelques modifications, dites accidentelles, son essence, quant à elle, reste inaltérable de séquelles. La forme change, mais le fond reste.
Ontologie du substantiel.
En poésie, il nous est décrit que lorsque le ciel se charge de couleurs diurnes, avant que ne le surprenne la nuit toute brune, ce ciel se présente à nous tout à fait autrement, comme venu d’un alter espace temps. Mais c’est toujours le même ciel, cependant. Et ce n’est que lui, infiniment.
Ontologie surnaturelle.
L’enfance nous apprend que lorsqu’un pokemon évolue, il y a métamorphose. Mais pas seulement. C’est le pokemon dans son tout, entier, qui vient à évoluer. Il change de comportement, paraît plus conscient. Il est fort de nouvelles techniques, il est fort et plus puissant. Il a acquis une certaine réactivité, qui témoigne de ses expériences passées. Il est plus alerte, car plus alerté. Il a même gagné des points de vie, sa résistance mise au défi. Être vivant, il a appris.
Ontologie en mode vie.
Pour un homme, c’est encore différent… Mais pas tant.
Un être a évolué.
Mais sans métamorphose, ni accident; en peu de choses, mais évidemment; et avec une jolie dose de discernement.
Il n’a pas pris une ride, pourtant. Il ne s’est pas déformalisé, ou pas réellement. Il s’est même conservé, et parfaitement. Et tout en lui se reconnaît, singulièrement.
Il a gardé ses yeux, juste au-dessus de sa bouche, un peu après le nez, et débordés de cils en touffes.
Son corps est à sa place, à la vie, à la mort.
Un bel esprit s’y tasse, en dépit des efforts.
Et il y a un cœur, qui bat un peu plus fort, qui tremble d’un même pas peur, et en respire encore.
C’est un homme, en somme, et bonne et due forme.
Ontologie par physiologie.
Mais c’est un homme qui a évolué. Et ça transparaît.
Son regard n’est plus le même; son parler, inhabituel.
Ses sourcils sont sur la touche, tant ses paupières font les belles.
Et à l’écoute de ses oreilles, il y a des mains qui s’émerveillent.
Il a changé de comportement, et paraît plus conscient. Il est fort de nouvelles techniques, il est fort et plus puissant. Il a acquis une certaine réactivité, qui témoigne de ses expériences passées. Il est plus alerte, car plus alerté. Il a même marqué des points de vie, sa résistance mise au défi. Être vivant, il a appris.
Mais c’est toujours le même homme, cependant. Et ce n’est que lui, infiniment.
Et en substance, rien n’est moins différent.
Ontologie à l’infini.
Mais tout est différé. Et ça se sait.
En quelques mots, tous bien pesés.
C’est un être qui a évolué, de par son fond comblé.
C’est un être qui s’est modifié, dans son mode, même informé.
C’est un être qui s’est évolué, mais autrement qu’être, d’un devenir parfait.
C’est un être, ni plus, ni moins.
Mais c’est un être, devenu humain.
Et ça change tout, du tout au rien.
Ontologie du fini. Une humanité avertie.
Posté le 05.03.2008 par orexis
J’en ai assez. C’est la saturation. Assez. J’en ai assez… de récrire ma vie. C’est chaque fois la même chose. Le même. Encore. Et saturation à nouveau.
Je déborde, les nerfs lâchent, et j’écris, pauvre que je suis. Et je raisonne, ce qui me passionne. Je suis dans tous mes états. Ce sont des états d’âme. Il ne me manque plus que le bon état. Le bonheur. Ou quelques chose qui y ressemble: du plaisir, de la joie, de l’humour, n’importe quoi. Mais un quoi. Et de l’espoir même, s’il le faut. Un quoique, un bon mot. La vie est triste, quoique… Mais il n’y a pas de quoique. La vie est triste, c’est tout. Tout ou rien. Mais jamais rien du tout. Et le stylo s’épanche, il jette son encre, sur ma feuille blanche. Que je voudrais blanche. Mais qui se noircit, à mesure que je vis. J’ai dans la tête des mots qui résonnent, qui s’entrechoquent et qui s’étonnent. Ils veulent sortir. Je les retiens. Mais ils m’ignorent et vont se poser, se déverser sur mon cahier, pour s’imposer à mes pensées. Comme d’habitude. Le même, encore le même. Saturation toujours.
Mes joues sont rouges, rouges de colère. La honte, je ne la ressens plus. Je l’ai trop sentie, c’en est fini. C’en est assez. Et c’en est trop. Trop triste. La vie, ce n’est pas seulement triste, ça l’est trop. Voilà encore un mot. Un mot qui vient s’ajouter, comme pour me désespérer. Et mon souffle qui s’agite, et mon cœur qui se tourmente, et mon poignet qui s’effrite, et mon esprit qui se lamente. Je fais de jolies rimes. Mais c’est parce que je trime. Je crois que j’ai l’écriture du désespoir. C’est elle qui bombarde mon cahier rouge de textes noirs. C’est joliment trouvé cette image, un peu usée, mais toujours d’effet. La feuille qui se noircit, et face au noir, l’espoir d’un gris, à défaut d’être blanchie. C’est beau, c’est sublime. Mais c’est triste, toutes ces rimes. J’ai froid aux mains. Le froid aussi, c’est une merveille. Le froid, le chaud, et parfois même un grand verre d’eau. Ça forme un joli paysage, et comble le vide de bien des pages. Mais c’est triste, cela aussi. Tout est triste, aujourd’hui. Moi, pour commencer. Ou au commencement, la réalité. Je ne sais plus, je n’ai jamais su. Mais au présent, c’est pire encore: je ne sais même plus quoi penser. Pourtant les mots se chargent, de tourbillons d’idées. S’ils sont heureux, c’est tant mieux. Le tant pis, il est pour moi. Il l’est toujours, tout comme cette fois. Tout comme. Le même, toujours le même. Saturation qui se sature elle-même.
Mise en abîme avec ces rimes! Elles me poursuivent, je veux m’en débarrasser. Je les brise, ou veux les briser. Mais elles se déchaînent, et m’aliènent sans pitié. Pourquoi? Pourquoi ne suis-je pas capable d’écrire ce que je vis? Pourquoi faut-il toujours, que j’écrive en détour. Pourquoi est-ce que cette vie, sans cesse je la récris? Et pourquoi ai-je à ce point besoin de mon stylo, de mon crayon, et de tous ces lourds canons? Les mots, c’est mon fardeau. Je les aime parfois. Ils me donnent matière à penser, à inventer, et à conter. Mais pourquoi sont-ils aussi proches de mes réalités? Elles ne devraient appartenir qu’à moi, en être mes exclusivités. Mais les mots s’y incrustent, et ne me laissent jamais en paix. Ils me dévident, je dois l’avouer. Mais c’est peut-être cela, le problème, au fond, tout au fond de moi. Ils ne connaissent pas le vide, ce vide que je voudrais penser. Ma tête est pleine, et saturée. Saturation. Je te retrouve, la damnation!
Et les rimes qui l’accompagnent, et ces rimes qui me gagnent. Laissez-moi donc finir, ne tentez plus de vous écrire. Je veux me contenter de dire. Sans aucun style, ni jeu, ni lumière, sans être habile, mais juste sincère. Je me veux honnête, même si je dois en être muette. Mais les rimes sont sourdes, elles ne m’écoutent pas. Et elles reviennent, me font chanter. Elles sont pauvres, mais elles s’en moquent. Ce n’est que du toc. Et qu’importe? Elles me viennent tout de même. Tout et même. Les revoilà. Ils ne me manquaient pas. Saturation. Et point d’exclamation.
Et j’ai l’envie de pleurer, et je rature mon rire, pour ne pas y céder. Pourquoi devrais-je rire alors que tout est insensé? Je suis en tragédie, mais je refuse la comédie. Je ne veux qu’une anesthésie. Est-ce trop demander, que cette sorte de paix? Point d’interrogation, mais sans les points de suspension. Je veux en finir, désemplir la saturation. Et me voici en ironie. C’est lui, mon mode favori. C’est celui qui me survit. Ce n’est même plus moi qui écris, ça ne l’est jamais, ce n’est que lui. Ou elle, je ne sais pas. Est-ce que l’ironie est une femme? Non, c’est un féminin. Les hommes sont des malins, ils n’ont féminisé que les mots de gaieté. La vie, néanmoins, ce n’est pas masculin. Est-ce gai pour autant? Ou pourtant? Drôles de questions qui s’articulent. Drôles de formules. C’est la saturation. Elle est pleine de mes contradictions.
Et mon stylo qui refuse de s’arrêter. Il écrit tout seul, est-ce qu’il le sait? Il ne répond pas, sans toutefois rester muet. Car c’est un bavard, mon stylo, mais il bave beaucoup trop. Je me demande parfois s’il les connaît vraiment tous ces mots. Ces mots qu’il me jette, sans trop de précaution, sont-ils seulement des fautes d’inattention? Drôles de questions, m’écrit la répétition. Quelle prétention! Les rimes s’affolent, elles saturent, elles aussi. Elles aussi. Le même se récrit, inlassablement, continuellement, et autres mots en ment. Et le finalement, où se cache-t-il? Pourquoi fait-il le difficile? Je le veux, et maintenant. Mes mots s’y opposent, et se déposent franchement. Ils m’indisposent, insolents. Et leurs rimes qui me pigmentent follement. Je n’ai jamais su transcrire ma vie, ni l’écrire tout simplement. Toutes les fois où je m’y suis essayée, c’est un échec qui m’a sonnée. On efface le flou, et on recondense. Mais il est fou, le flou, et il balance. C’est la digression. C’est elle qui me surcharge, et qui transgresse tous mes barrages. C’est elle encore qui me le fait dire, ce par ailleurs, ce pour quoi je ne sais pas. Je ne sais pas écrire, ou je ne sais plus. Au choix. Je ne sais faire que récrire, retranscrire, et gommer les défauts. Je chasse mon naturel pour qu’il se tienne à carreaux. C’est étrange cette expression, se tenir à carreaux. Qu’est-ce que les carreaux? La digression me revient au galop. Je la calme, le mets au trop. Mais elle me réclame, mes quelques mots de trop. Elle est douée, la digression. Et j’y succombe, sans tentation. Simplement de saturation.
Si seulement je pouvais vivre par procuration! Si tous ces mots pouvaient être mes amants, ils mettraient fin à mes tourments. Ils me combleraient sensiblement, me satureraient de sentiments. Des amants, je n’en ai jamais trop. La saturation, je la leur offre. Peu en redemande, les hommes sont sans étoffe. Ils se contentent du superflu, et ne se mettent jamais à nu. Ou pour le temps, le temps d’un lit. Et ils s’envolent, et ils s’enfuient. Et je suis seule, seule dans ma vie. Seule avec mes mots. Mais mes mots sont de saturation, et peu de compensation. A quelques exceptions, qui me cèdent leur compassion. Comme ce soir. Tiens, ce comme n’est plus le même… Mon comme de comparaison, c‘en est fini. C’est un comme de par exemple, un comme bien plus joli. J’en ôte mes virgules, elles étaient ridicules.
Les rimes persistent, mais je me désiste. Qu’elles viennent s’étaler, je n’en serais pas moins troublée. Car c’est le trouble qui me taquine à présent. Et c’est un trouble grand. Ce soir, le même, ce n’est plus mon histoire. Mon histoire, c’est celle de ce désespoir, qui m’a tenue le premier, mais auquel je me substitue, moi et ma liberté. Et, comble de l’ironie, les mots veulent m’y aider… Jolie saturation que celle-ci!
Ils m’ont vidée, je m’y suis déchaînée, et dans mon rire, plus d’ironie, un souffle seulement de folie. La folie heureuse, cette folie baladeuse, un peu forte et furieuse, qui survient sans prévenir, nous surprend d’un sourire. Je ne sature plus, j’exulte. Mes rimes me proposent une lutte, mais je la permute. Et elles s’exécutent! Les mots, je les cherche, je les trie, je les dépêche. Et ils se taisent! Et j’ai l’impression d’un infini, d’un état d’âme sans agonie. Je crois bien que je vis… Je vis et j’écris. Sans y toucher, juste en pratique, je vis ma vie. Ça se complique. Mais je le sais, à présent, que j’ai les mots pour garants. Et je les propulse sur mon cahier, et je les déguste, revivifiée. Et même si c’est compliqué. Car, oui, ça l’est. Mais même si. Le même si, je l’ai trouvé. Et je ne le quitterai plus, ce sera ma volonté. C’est un même précieux, que ce même si. C’est un même de domination. Alors je me le réserve, en garantie, ou précaution. Je l’écrirai comme je vivrai. Avec un désespoir, mais tout petit, et, même sur le tard, la puissance de son énergie…
Posté le 05.03.2008 par orexis
Aborder: déborder d'un naufrage
Y ancrer quelques pages
Et gouverner en sage