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orexis
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Un petit bout d'univers, quelques pensées folles et dingues, et une touche de philosophie...
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01.03.2008
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Causerie

Causerie

Posté le 02.03.2008 par orexis


La vie est moins déterminée que la mort. Car pour qu’il y ait vie, il faut qu’il y ait un ensemble de causes amenant à cet effet. Mais il peut y avoir autant de causes qui amènent à cet effet que de causes qui l’en empêchent ou qui amènent à l’effet contraire (anticauses). Autant de causes qui permettent la vie que de causes qui l’anéantissent, la rendent impossible, qui en empêchent l’effet. Car la vie est un effet. Sauf que… sauf que la vie est aussi cause. Car lorsqu’il y a vie, il y a mort. Il ne peut y avoir de mort sans vie… la mort est un effet de la vie, la vie est cause de mort. Or, la vie est elle-même causée par tout un ensemble de facteurs. Elle est donc à la fois cause et effet. Qu’en est-il de la mort? La mort n’est qu’un effet. Mais elle l’est davantage que sa cause. Car elle est l’effet et de sa cause proche, la vie (la mort est causée par la vie, une fin par un début), et des causes de sa cause soit de causes lointaines (tout ce qui a pu permettre la vie). L’être engendre l’être; ce qui est généré engendre, ce qui est causé cause. Mais ce qui cause est-il nécessairement causé?
Toujours est-il que l’effet dépend à la fois de sa cause et de la cause de sa cause et ainsi de suite. L’effet ne dépendrait donc pas plus d’une cause que d’un effet car sa cause est effet, et même d’abord effet. C’est un effet qui cause. Tout effet a donc pour cause un effet qui cause. Mais parce que c’est un effet qui cause, c’est moins un effet que ce qu’il cause, (jusqu’ à ce que cet effet devienne lui-même cause), sinon il ne pourrait pas le causer, il n’en serait pas cause. Aussi, pour qu’une chose cause un effet, il faut qu’elle soit moins un effet qu’une cause, plus une cause qu’un effet, et donc qu’elle soit d’abord une cause avant que d’être un effet. Et pourquoi pas même qu’elle ne soit qu’une cause et non pas un effet…
Du reste, un effet ne peut être cause que s’il est moins effectif que son effet, qu’il soit plus causal, non pas qu’il contienne plus de causalité que son effet n‘en contient, mais qu’il contienne en lui plus de causalité que d’effectivité. C’est un curieux phénomène mais il est possible qu’une chose donne plus que ce qu’elle a reçu. Comment? C‘est encore chose inconnue.
Mais reprenons. La vie est moins déterminée que la mort car moins nécessaire. Pourtant, c’est bien la vie qui détermine la mort. La vie est une nécessité de la mort. Mais, je me répète, elle est moins nécessaire. D’où, le déterminant, ce qui détermine, peut être moins déterminé que le déterminé, ce qui est déterminé. De là, il suit que, dans la logique de la détermination causale, l’effet est plus effectif que sa cause, nous l’avons montré.
Or, les philosophes, en cherchant la cause première, celle qui est cause de tous les effets et de toutes les causes, lui ont donné, sans pourtant encore l’avoir découverte, le nom de causa sui, traduisez la cause qui est sa propre cause, soit la cause qui est à la fois cause d’elle-même et de tout ce qui n’est pas elle. La cause qui est son propre effet, l’effet qui est sa propre cause. Mais n’est-il pas possible que cette cause première soit d’une tout autre nature? Ne peut-on pas penser qu’elle soit une cause sans être un effet, qu’elle soit une cause sans être elle-même causée, qu’elle ne se cause pas elle-même parce qu’elle n’est pas causée? Se demander comment ce qui est causé peut l’être plus que ce qui l’a causé, c’est se demander:
Comment le produit peut dépasser le producteur? La création, le créateur? L’homme, Dieu? L’effet, la cause? Le dernier effet, la première cause? Idées du boomerang, d’investissement avec intérêts, d’accroissement effectif, de productivité, de transcendance causale (dépassement par l’effet de sa cause), de libre don naturel, et même de liberté déterminante, d’indétermination déterminante, de dialectique causale (le moindre effet en cause un plus grand)…
Et si l’on admet que la cause d’un effet peut être moins effective que l’effet lui-même, on peut se demander si, plus qu’une possibilité, ce peut être une nécessité, voire une logique des choses: si la cause était autant effet que son effet, elle ne serait pas cause. Ou bien: ne serait-ce pas justement parce que la cause est moins effective que son effet qu’elle est cause? Et plus encore: Ne peut-on pas penser que moins une cause est effet et plus elle est cause? Moins une chose est déterminée, plus elle est déterminante? Ne pourrait-on pas alors déduire qu’il n’y a pas plus cause que ce qui n’est pas causé? Qu’il n’y a pas plus cause que ce qui n’est pas effet? Pas plus déterminant que ce qui n’est pas déterminé? Pas plus déterminant que ce qui est libre? Après tout, c’est parce que la vie, en termes d’effet, est moins qu’une mort qu’elle fait plus vivre (c’est parce que la cause est moins en effet que son effet qu’elle est plus cause, qu’elle a plus d’effet). Et si on transpose dans la chaîne du temps, moins la vie est vécue, plus elle fait vivre, ce qui est, somme toute bien assez logique pour ne pas être contesté. Ce qui est le moins effectif aurait de ce fait ce qui a le plus d’effet… Moins d’effet, donc, pour toujours plus de cause, ou/et plus de cause pour toujours plus d’effet. Et la causa sui dans tout ça? Celle que les métaphysiciens appellent dieu? Dieu, pour être dieu, doit être moins effet que son effet et plus cause. Soit, dieu, pour être dieu, doit être moins qu’un homme… en effet. Car l’homme est l’effet de dieu, dieu sa cause.
Mais l’homme est aussi cause. Il est un effet qui cause et comme nous l’avons dit, en tant que tel, je veux dire en tant qu’effet qui devient aussi cause, il est moins un effet que son effet et plus une cause, jusqu’à ce que son effet devienne lui-même cause. Car il sera alors autant cause que son effet, son effet étant aussi cause et ainsi à l’infini. De sorte que plus il y a d’effet (sans être cause)moins il y a cause. Etant admis que la cause qui cause un effet est davantage cause que son effet, du moins tant que son effet n’est pas cause. Mais lorsque l’effet devient cause, alors la cause de cet effet -devenu cause- ne l’est pas autant que lorsqu ‘elle était cause d’un simple effet. Aussi, si la causa sui, en plus d’être cause de tout ce qui est effet, doit être cause de tout ce qui est cause, elle doit être bien moins effet que ses effets. Mais aussi bien moins cause. C’est-à-dire? C’est-à-dire que c’est avec son effet que la cause devient cause et quand cet effet cesse de n’être qu’effet mais est à son tour cause, la cause de cet effet (devenu cause) perd de sa valeur de cause.
En d’autres termes, la cause est tout en puissance et rien en acte. Seul l’effet peut être en acte. Quand la vie est en puissance, la mort l’est avec elle. Dès que la vie prend acte, la mort est acte en puissance, puissance qui est vouée à l’acte. Soit avec une naissance commence une mort. Rien de moins rassurant, mais rien de plus naturel. Soit encore: la vie est plus puissante que la mort. Pourquoi? Parce que, c’est très clair maintenant, la cause doit être plus puissante que son effet puisqu’elle doit être plus cause et moins effet que son effet, c’est-à-dire qu’elle doit être plus puissante et moins en acte que son effet (dont le propre est d‘être en acte). C’est avec l’homme, l’animal, ou toute autre créature que dieu devient dieu. Mais lorsque la créature devient elle-même créatrice, alors son créateur, le créateur premier est moins créateur (sans devenir pour autant créature lui-même, la cause peut être moins cause sans devenir pour autant un effet). L’effet de la cause est son actualisation la plus puissante. C’est parce qu’elle n’est pas effet que la cause est cause. C’est parce qu’il n’est pas homme que dieu est dieu. Mais parce que l’homme est aussi le dieu en quelque sorte de beaucoup de choses, le divin se fait plus humain. Dieu aurait peut-être cessé d’être dieu à partir du moment où ses effets, créatures, sont devenus eux-mêmes causes, créateurs. Et alors, Nietzsche aurait, à bien des égard, marqué des points: Dieu est mort. Car les créatures en devenant créatrices se sont fait plus que des créatures, et de plus en plus, ôtant chaque fois à la cause première sa raison d’être, sa valeur de cause. Au point même qu’il n’y ait peut-être plus de cause première, ses effets n’étant plus que des causes. A chaque création de ses créatures ,dieu est peut-être moins dieu. Peut-être que dieu, c’est du passé. Peut-être même que les hommes ont tué dieu, effectivement.
Ceci dit, c’est parce que tout dans la première cause est puissance, et non acte, qu’elle est cause de tout. La cause devient cause en prenant effet. La première cause est la plus puissante de toutes les autres causes parce qu’elle est la seule qui ne soit pas un effet, mais seulement cause. D’où, pour trouver cette première cause, le chaînon manquant de tous les autres, il faudrait peut-être chercher une cause qui ne soit pas effet. Et pour cela, il serait sans doute logique de cesser cette quête aux effets qui causent. Je reformule. Il faudrait peut-être partir de la cause première telle qu’elle devait être lorsque ses effets n’étaient encore que des effets, et non des effets devenus causes. Or, qu’est-ce qu’une cause qui produit un effet? C’est une cause qui n’est pas effet mais absolue cause. Aussi, il faudrait peut-être chercher une véritable cause à effets et non un effet à cause(s). Soit, une fois n’est pas coutume, la science devrait cesser de partir des effets pour remonter aux causes jusqu’à cette cause mystère, mais partir de la cause elle-même, en prenant pour contre modèle ces effets qui causent beaucoup, mais ne dévoilent rien, ces effets qui causent sans être jamais des causes à effet. Connaître en prenant le contre-pied exact de ce que l’on connaît, quoi de mieux pour cela que la philosophie?
Souvenons-nous, il se pourrait que le rien engendre le tout. Que le rien puisse être cause de tout…
Ou peut-être pas.



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