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orexis
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Un petit bout d'univers, quelques pensées folles et dingues, et une touche de philosophie...
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01.03.2008
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Mutine

Mutine

Posté le 02.03.2008 par orexis


Des socquettes bigarrées effeuillent ses jambes croisées, un short petit et écolier, une chemise timidement boutonnée, et un bracelet à perles engrossées, achèveraient de vous la décrire. Mais laissez-moi y ajouter ce malicieux sourire, aux fossettes pudiques, qui borde ses lèvres prêtes à rougir. Et ce regard profondément léger, qui n’a d’yeux que pour le ciel, et son soleil en point de mire…
J’en ai fini. Vous pouvez la contempler…
Mais je crois vous deviner. La fillette vous intrigue? C’est qu’elle n’est pas petite fille, mais d’un âge avancé. Et prodigue, qui plus est. Du plus, c’est très exactement ce qui la distingue. Et je dirais même plus, c’est en cet endroit qu’il y a originalité. Ici même, à son sujet. Elle n’est pas comme les autres. Elle est plus. Non, cette phrase se donne en pitié. Personne n’est comme les autres, personne ne l’est tout à fait. Les autres, d’ailleurs, qu’est-ce que cela signifie, sinon un non-sens, plus qu’un non-dit? Il n’y a que des chacuns, en ce monde. Des chacuns de nous, et des différents qui abondent.
Mais la coquette que je vous ai découverte est plus encore. Bien plus. Son plus à elle, est sans pareil. La sorte de plus qui fait toute la différence, un plus que tout, plus qu’une nuance. Faut-il que je vous le livre, que je l’écrive?… Bien vous a pris. Une mutinerie. C’est elle, sa différence, son particulier, sa spécificité, qu’importe les noms que l’on sied lui donner, je pense avoir émis l’idée. La petite femme est une mutine. Et tout est dit. En une ligne. Vous m’en réclamez d’autres? Vous m’épuiserez, lecteurs insatisfaits. Voyons, par quelle ruse vais-je parvenir à vous la définir, cette mutinerie qui fait écrire?
Voyez-vous, ces fossettes? Ce sourire en coin? Ce regard rêveur? Ce shorty coquin? Ces chaussettes infantiles? Et son air d’évangile? Quelle est donc cette expression, qui me cause tant d’ablutions? J’y suis. L’on lui donnerait le bon dieu sans confessions. Le joli cantique, si joli qu’il m’irrite. Ne vous y fiez pas, ou vous prendrez l’enfer pour au-delà. La mutine, c’est précisément cela: l’innocence par apparence, et les pêchés pour saintes pensées. Et ma mutine est bien pensive, à la limite de l’évasive.
L’évasive, c’est encore tout autre chose. L’évasive, c’est l’espèce des femmes qui, à trop penser, s’y sont parfaitement égarées. Ou évadées, je vous laisse juger.
La mutine, elle, est plus réelle. Elle sait conserver sa complète lucidité, et n’en reste que plus avisée. C’est à cela même qu’on le lui reconnaît, ce petit plus dont je vous entretenais. Il me paraît l’avoir quitté exagérément, ce plus dont je me souciais tant. Me serais-je donc égarée? Tâchons de nous y arrêter un moment. C’est un fort supplément, que ce petit plus de mutinerie. C’est un supplément de sagesse, comme d’envie. C’est le supplément des indécis, qui prennent au temps celui de prendre parti. C’est l’avantage des savants doux, des hommes qui ne ragent que d’être fous. C’est un ajout, mais d’un ajout qui renverse tout. Etes-vous encore dans le flou? Je vais tenter de vous en sortir, mais il vous faudra me lire… Un effort, je vous en conjure, et tout prendra allure…
D‘une allure aussi fine que celle de ma mutine. Elle a du corps, la scélérat, et des arrondis qui pointent ici et là. Elle est gourmande, ne s’en prive pas, et ne fonctionne à plein régime qu’aux temps de repas. Elle ne s’abstient de rien, ni du trop, ni du moins, et elle s’engouffre, toutes sortes de bouffes. Des bouffées de bonheur, qu’elle embouche avec ardeur. Elle simule l’ascétisme, entre deux gargarismes. Et elle y tient, à ce semblant de maintient. C’est qu’elle nous mangerait bien crus, si on la mettait à nu! Elle se veut parfaite, et jolie conseillère. En prise aux têtes, elle nous prévient de tout dessert. Et on la croit, gentils naïfs que nous sommes. L’on s’interdit, l’on se raisonne. Et on la suit, sa voix de bonne. La curieuse amie, que celle-ci! Elle nous ment, à nos dépends. Elle nous charme, comme nous condamne, nous dit coupable, juge impalpable. Elle est insensée de pitié, et n’excuse qu’au grand jamais. Aux plus sensibles des âmes, elle affabule, mais les désarme. Elle les poursuit, a tout instant; comme par acquis, elle les surprend. La mutine est assassine. Et elle mine. On la pense juste, et droite. On la veut fiable, et vertueuse. On la prend en modèle, on la dépeint radieuse. Mais elle est joueuse, et fine tricheuse. Cessons de nous y méprendre, il suffit de la comprendre. Saisissons la mutine, et son plus ne sera plus. Égarons-la, sans nulle retenue. Captons sa malice, et épanchons nos vices. Ne lui donnons crédit qu’en cas de tort, en cas de vie. Accordons-nous ces doux plaisirs, dont elle dit nous guérir. Nul besoin de ses préceptes pour être honnête. Nul besoin de sa raison pour être bon. Et si elle ronge, s’impose un songe. Rêvons, et nous la fâcherons. Abandonnons la mutine à nos nuits coquines. Préférons-lui Morphée et ses chimères de vérités. La mutine n’y résistera pas, l’inconscient la foudroie. L’inconscient, c’est son coup d’état.
Il me fallait vous la décrire, il me faut finir.
Mais j’ai omis de vous la nommer, la mutine affectée…
Son nom est conscience, et sa fonction, le bon sens.
Et je n’omettrai pas de vous mettre en garde, de vous en prévenir une dernière fois…
La mutine rit. Elle se rit de nous, et en moquerie. Mais elle est vulnérable, la jolie fable. Quelques rêves en folie, et la malheureuse s’anéantit….




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