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Nom du blog :
orexis
Description du blog :
Un petit bout d'univers, quelques pensées folles et dingues, et une touche de philosophie...
Catégorie :
Blog Livre
Date de création :
01.03.2008
Dernière mise à jour :
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Ultima ratio

Ultima ratio

Posté le 02.03.2008 par orexis




A terre, bel éphémère
Un carpe diem en vers
Déploie ses ailes, le fier,
Papillonner à l'air...




Au son de cloche, des rangs furent alignés, en décroissant et tout carré. Le directeur se présenta, comme l’habitude, avec éclat. Il prononça un beau discours, un peu forcé mais sans détour, et les élèves jouèrent aux sourds. Puis ce fut l’heure de déjeuner et la cantine fut repeuplée. Au menu de la rentrée, une purée au sang de poulet. Les toilettes à peine réparées, on alla tous s’oxygéner.
Et la reprise fut annoncée.

C’est une école un peu vieillie, façon gothique en fin de vie. La cour est petite, bordée de clôtures de granite, et légèrement fleurie de chrysanthèmes à l’agonie. Une douce odeur de marécage se mêle vaguement au paysage…
Et dans cette cour, un personnage.
Il est là, près du bosquet, à l’avant-scène du grand lycée, et il attend, sans s’inquiéter. Il est tout seul, et sans amis, et n’en cherche pas, ou sans envie. Là, il remarque son directeur, et ne peut retenir un haut le cœur. Il s’avance doucement vers lui, arrachant quelques orties, pour lui offrir une courtoisie. Le directeur les refuse, et avec une rage dissimulée, simule et s’en excuse. « Je n’aime pas beaucoup les civilités ». Le personnage n’insiste pas, et le suit à petits pas.
Dans le bureau, ils sont assis, et se regardent. Le directeur sourit, en baisse la garde. Mais ses mains tremblent, il veut frémir. Le personnage s’en moque, et sans maudire, d‘un simple rire. Il rit doucement mais trop franchement. Il est puni, demande pourquoi, et le directeur, de vive voix:
- Pourquoi? Vous ne le savez pas pourquoi? 
Un silence s’ensuit. Et le directeur se rassit. Il le regarde fixement, et lui demande sans ménagement:
- Savez-vous ce qu’est l’école de la vie?
Le personnage nie, et le directeur s’en méfie.
- Vous ne le savez pas? Pas du tout? Cela m’étonne, venant de vous… 
Puis il lâche, sans trop d’effroi:
- Une absurdité. Voilà ce que c’est.
Et il commence.

- Une absurdité, oui. Complète et infinie. Et savez-vous pourquoi? Non, toujours pas? Pour rien, voilà pourquoi. Ça n’a pas de sens, ni plus, ni moins. Voilà tout. Tout comme la vie. Ce n’est que du bruit… Mais ce n’est pas de cela dont il s’agit. Il s’agit de bien plus. Bien plus important. Oh, une mise en garde cependant. Ne riez pas. C’est une école ici, vous l’aurez remarqué. Non? Ouvrez les yeux et vous verrez. C’est une école, disais-je. Et dans une école, que fait-on? Vous ne savez pas? Moi non plus. Mais je sais ce qu’on n’y fait pas. On ne rit pas. On ne joue pas. On ne vit pas. On survit. Et c’est bien ainsi. Voilà qui est dit. Je poursuis. Vous n’êtes pas ici par hasard, vous savez. Non plus? Mais c’est parce qu’il n’y a pas de hasard. Ni de destin, d’ailleurs, ni de prédestinée, et autres noms bien abusés. Il n’y a rien du tout. Absolument rien. Et qu’est-ce que le rien? Allons, un petit effort… Silence de mort! Parfait, vous l’avez votre rien. Oui, le rien, c’est la mort. Vous le savez cela, tout de même? Non, vraiment pas? Alors apprenez-le et ne l’oubliez pas. La vie n’est rien, si ce n’est une mort. Ai-je tort? Non, absolument pas. Et que vous le sachiez ou pas, croyez-moi. Et si vous êtres ici, ce n’est pour rien d’autre que cet état… Du sursit. Vous l’aurez sans doute compris. Ah non? Et bien, je vous le dis. Aussi, je me dois de vous prévenir. Vous allez découvrir dans cette école des choses dont vous n’aviez jusqu’à aucune idée. Mais vous apprendrez. A survivre, d’abord. Et sans rire, cela va sans dire. Et à mourir, enfin. Car la mort, ça s’apprend. Pardon? Comment, non? Mais si, puisque je vous le dis. Pourquoi, sinon, êtes-vous ici? Vous ne savez pas, pas plus que moi? Mais vous ne savez rien alors, ni la vie, ni la mort. Et c’est triste. Mais nous allons y remédier, soyez-en assurés. Ceci dit, entrons dans le sujet. Et à vif, s’il vous plaît. Notre école a élaboré tout un programme pour vous aider. A quoi? Mais vous l’êtes déjà ou bien? A mourir, enfin! Reprenons. Des cours de testaments et de dernières volontés, d’oraison funèbre et de piété vous seront dispensés à chaque fin de matinée. Des polycopiés seront affichés à l’église, tout à côté. Vous pourrez les consulter toutes les fois que vous le souhaiterez. Le prêtre en a été avisé, il vous recevra dès que vous le verrez. Nous avons prévu aussi de très jolies visites guidées. Celle du cimetière en particulier, est d’une beauté… à profaner. Les enseignants sont également présents, du moins pour l’instant, et pourront vous professer sur n’importe quel sujet. L’essentiel est dit, je crois, passons aux nécessités. Dîtes-moi tout… Vous ne dîtes rien? C’est le rien du tout. Mais il vous faut parler, nous sommes entre nous. Pour commencer, tenez, dîtes-moi, de quelle mort êtes-vous inquiet? La mort de maladie, celle de vieillesse, ou le suicide peut-être? Qu’importe. Nous les avons toutes. Vous n’aurez qu’à vous renseigner. Et pour ce qui vient après, y avez-vous songé? A quel au-delà voudriez-vous passer? A un paradis sans doute, à une réincarnation peut-être, à un repos éternel alors? A vous de choisir. Ce sont vos rêves, ils vous appartiennent. Mais pour tout renseignement complémentaire, je suis à votre disposition entière. Quant à vos proches, y avez-vous pensé? Quelle mort oseriez-vous léguer? Une mort violente et en secret? Une mort latente et sans regret? Vous aurez toutes vos nuits pour divaguer, et de bons livres à méditer. Et pour ce qui est de votre corps, que lui avez-vous réservé? Enterré, incinéré, dispersé, momifié ou congelé? Ce sera à vous d’en décider. Mais de nombreux colloques seront organisés. Nous avons une bibliothèque aussi, bien fournie et très variée. Ne soyez pas inquiet, tout est fait pour vous aider. C’est un cap difficile, et je le sais, ne serait-ce qu’en pensée. Mais nous ne pouvons y échapper, alors autant s’y préparer. Mais vous le constaterez, et plus vite que vous ne le croyez, au fond, la mort n’est qu’une formalité. Et si vous éprouvez des résistances ou difficultés, des groupes de soutien ont été formés. Vous pourrez les rejoindre sans anxiété. Et en cas de nécessité, j’ai informé les psychiatres de votre arrivée et, c’est une chance, l’asile n’est pas encore au complet. Tiens, voici déjà la nuit… Elle est en avance aujourd’hui… Douce folie! Mais, dîtes-moi, vous êtes bien silencieux… Et vous avez mauvaise mine, mon malheureux. Vous ne répondez pas? Pourquoi cela? Allons, vous me donnez le tournis, c’en est assez, cela suffit! Dîtes-moi une chose, je vous en prie…

Mais le personnage s’est évanoui.
Le directeur s’en voit proscrit. Il s’impatiente, et le punit. Il reste muet, n’est plus ici. On l’exporte à l’infirmerie. Son corps est lourd, plein d’inertie.
La sentence tombe, elle est aigrie…
C’est son esprit, il s’est enfui.
Le souffle est court, et l’air glacial. Et au final, un hôpital.
C’est une mort. Mort cérébrale.
Oui, c’est une mort. Une mise à mal.
Mais plus qu’une mort, c’est du fatal.



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