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orexis
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Un petit bout d'univers, quelques pensées folles et dingues, et une touche de philosophie...
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La dame aux dessins animés

La dame aux dessins animés

Posté le 03.03.2008 par orexis


Sa première ride, elle l’obtint de son premier amour, un jeune homme frais et élégant, digne de tout protocole, même les plus aberrants. Il l’avait courtisée de longs mois durant, elle lui avait cédé sans trop d’arguments; mais quelques bons gros baisers déposés baveusement avaient suffit à effrayer le dandy galant.

La seconde, elle l’hérita de sa maman. Une jolie petite patte d’oie toute écaillée de plis riants, et accompagnée parfois d’un regard mouillé car pétillant. De ses trois menues branches toutes pleines de gaieté, dansait la réminiscence de son enfance bien-aimée.
Sa troisième ride était apparue sournoisement, à l’oraison d’une mère disparue violemment.

Juste au-dessus de sa bouche et de sa lèvre supérieure, l’on peut admirer une ride verticale, un peu élargie, tout autant que bancale. Cette ride, elle s’en souvient comme si c’était hier; elle s’était imposée tout d’un coup de son père. Elle en avait saigné, et conservé un goût amer. Sa bouche immobilisée par cette faille mystère, elle en avait longtemps gardé la douleur d’un silence peu fier. Mais cette cicatrice lui rappelant chaque jour combien elle en avait souffert, ce fut elle qui finalement la décida la première à prendre le risque vaillant de ne jamais plus se taire.

Au coin de cette bouche, il y a comme une ligne, qui étire tous ses sourires d’une grimace longiligne. Cette ride, c’est celle d’une enfant, enfant terrible, qui refusa de grandir souvent, tant la vie lui était pénible. Mais parce que le temps est tout sauf un insensible, et ne peut résister éternellement aux pleurs des petites filles, il lui offrit de bons moments et la promesse d’un avenir docile. S’y ajouta une ride, à tout jamais indélébile, comme pour sceller ce pacte, du temps des contrats civils. La dame bon enfant concéda alors au temps, comme on le cède aux meilleurs amants, le sacrifice de sa virginité et des premiers âges innocents.

Sur son front haut et plat, se dressent quelques vaguelettes, une, deux, trois, -peut-être même sept-, qui s’amusent à disparaître avant que de s’y remettre. Si l’on observe assez longtemps ces petites vagues qui se superposent, l’on pourra saisir clairement le pourquoi de leurs pauses. C’est que ces vagues sont à l’image de son âme, soumises aux aléas qui toujours nous désarment. La marrée basse et le corps au repos, elles dédaignent s’acquitter du front plateau, mais lorsque le cœur est épris d’assaut, les vagues y reviennent en houleux bordereaux. Le tout forme un spectacle quelque peu curieux, mais dont la mise en scène séduira les courageux.

Une ride en invitant une seconde, l’on peut apercevoir, dissimulée par une mèche blonde, un paquet de rides immondes. Ce pack de spectres, madame le doit à un homme, et à la somme de bien d’autres, comme à tout autant d’amants qui surent la prendre en faute.

Ses mains s’en souviennent aussi, de ces visiteurs de la nuit. Deux courtes mains, froissées et jaunies, mais desquelles la chiromancie révèlera quelques lignes arrondies, symboles de ces courbes voluptueuses dont elle combla nombre de lits.
En vérité, c’est tout son corps qui garde la trace de ces instants, de ces longues heures à rêvasser, comme de ces troubles trop peu latents, de ces nuits pimpantes et électrisées, aux aurores réenchantées, sans oublier leurs passagers, trop généreux pour être galants.


Ce portrait vous déplaît? Il n’est pourtant pas laid. Qu’on se l’accorde, et c’est certain, c’est un portrait qui n’épargne rien, n’est fait que de dessins, débauches de rides innombrables, ébauches de traits mémorables, mais le tout est formidable. Formidable de sincérité, criant de vérités, d’un réalisme de toutes les façons, du plus sordide au plus profond, c’est le portrait d’une dame vieillie, qui a supporté toutes les péripéties, et qui en reste marquée, marquée à vie. N’est-ce pas joli? Voilà mon avis.
L’on pourra recourir aux techniques les plus modernes, l’on pourra s’injecter toutes sortes de crèmes, l’on pourra se saigner, jusqu’à l’os, l’épiderme, l’on n’en sera pas plus guéris, mais simplement moins aguerris. Il restera des traces, du vivant qui trépasse, il restera des rides, en signes de survie, il restera le temps, et les preuves qu’il s’enfuit.

Autant de cicatrices, qui rendent la vie un peu moins lisse.
Autant d’infinis traits, qui la rendent toujours plus gaie.

C’est de la nature, ni plus, ni moins. Qu’elle nous jette en pâture, c’est là notre destin. Et si en matière d’esthétique, vous la voulez plus sophistique, nul besoin d’un magicien, il suffit d’être malins.
Pour masquer les rides buccales, souriez à l’agréable.
Pour atténuer les rides du lion, rugissez à tout de bon.
Pour éviter les rides de fatigue, succombez au sommeil prodigue.
Et pour vous épargner la peine d’une quelque traçabilité humaine, osez vous accepter tels que vous êtes: une chose, un être, périssable certes, mais admirable voire parfaite, car pétrie d’une pâte qui ne saurait être mieux faite. Et si à l’annonce de cette vérité, vous vous sentez vieux et ridé, n’en oubliez pas d’être plus heureux, et d’en remercier le passé.

Alors qu’importe la chirurgie, et ses prodiges d’anesthésie, le vrai miracle, c’est celui de la vie, et de toutes ses mises en pli…





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