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orexis
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Un petit bout d'univers, quelques pensées folles et dingues, et une touche de philosophie...
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01.03.2008
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Les Vide tirelires

Les Vide tirelires

Posté le 03.03.2008 par orexis

Cent cinquante euros.
C’est la somme qui manquait.
Une somme qu’elle avait cachée, ce matin même, à peine levée, dans une enveloppe cachetée.
Cent cinquante euros. Il est midi, l’après manger, et l’enveloppe est vide. Vidée.
Par qui? Et pourquoi?
Elle pensa à ses enfants, âgés de treize et vingt ans. Lequel des deux avait osé? Les deux peut être, les deux pourquoi pas. Elle se décida finalement et opta pour sa fille.
Elle seule connaissait la cachette, savait pour les enveloppes secrètes. C’était donc elle la coupable. Elémentaire. Mais minable.
Elle alla la trouver, dans sa chambre, enfermée. Elle lui cria sa découverte, la porte ouverte, les yeux chargés. Elle était démasquée. Mais sa fille ne put que récuser. S’ensuit une explosion de pleurs, d’accusations, et de vide coeur. Mais les aveux toujours manquaient. Elle vida ses sacs, fouilla ses papiers, n’y dénicha rien, mais n‘osa pas douter.

Cent cinquante euros.
Elle songea à son fils. Adolescent et rusé, il avait tout du parfait suspect. Tout? Ou presque. Car il était aussi, surtout, d’une douce générosité. Mais elle n’en fit pas cas et se laissa y repenser.
Sa fille pourtant avait compris, que c’était elle que sa mère visait. Présumée coupable, comme se défendre, comment s’expliquer? Elle y renonça et la laissa divaguer.
Car ce qu’elle savait aussi, c’est que cette colère sans détour, ce n’était pas qu’un désamour. C’était une crise, une peur voilée.
L’argent manquait.

Cent cinquante euros.
Le loyer, l’électricité, toutes ces charges qu’il fallait régler, seraient encore des impayés? D’y penser, elle en tremblait. C’était une somme, des cents sacrés. C’était jusqu’un luxe, à dire vrai. C’était une nécessité, tous les comptes faits. Alors, elle lui pardonna, avant même de l’excuser.
Mais sa mère ne le sut pas, trop occupée.
Des cris, des larmes et peu de pensées. Une angoisse insoutenable et des craintes enflammées.
Elle assistait à son procès, sans droit de réponse, sans se plaider.

Cent cinquante euros.
C’était à trois cents près, un mois de travail congés prépayés, une semaine seule pour le dépenser, et quelques enveloppes renfermées. Tout était prévu, bien enveloppé. Et tout avait disparu, comme par prédestinée. La quatrième semaine s’était faite envolée. La fin du mois serait encore mal aisée. Pour la sixième année.
Six ans, oui, de fins de mois inachevées. Que dire de plus? Ceux qui sont en manque connaissent ce fléau. Le fléau d‘un euro qui s‘enfuit, d’un argent abonné absent, et d’économies à n’importe quel prix. Six ans de luttes et de conflits, d’échappée cruelles à l’infini, pour s’assurer…une survie.
Cent cinquante euros. Elle tenta de les rattraper, en fit des rêves les plus insensés, s’imaginant des enveloppes cachetées, recelant mille billets, et le sourire de ce banquier qu’elle voyait trop souvent pleurer. Elle rêva ainsi toutes les nuits. Mais à chaque réalité, la douce enveloppe restait vidée.
Des cris essoufflés, des vies désarmées. Et un mensonge pour seule idée.
Ce qu’elle avait appris de ces années? A ne jamais raisonner. Son instinct seul l‘avait sauvée. Son instinct seul la conserverait. Et ce fut par instinct, que sa fille fut condamnée.
Cruelle erreur, en vérité. Cruelle erreur, à méditer.

Cent cinquante euros. Ce fut, à trois cents près, la somme exacte d’une confiance égarée. Cent cinquante euros, et un peu d’amour pour pardonner



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