Savez-vous à quoi ressemble un joli cœur?
Un joli cœur ne ressemble à rien… mais il est tout.
J’ai connu bien des cerveaux. Des têtes pensantes, comme des esprits, des lumières, comme des génies. Ils m’ont bien prise la tête, je dois l’avouer. Parfois même trop, à grand regret.
J’ai connu des sexes aussi, quelques uns, juste ce qu’il faut. Des sexes pressants, comme pressés, des sexes patients, comme dépassés. Ils m’ont bien prise au corps, je dois l’avouer. Parfois même trop, à grand regret.
Et puis, j’ai connu un cœur. Il était si bien fait, il était tellement beau. C’était un joli cœur, en quelques mots.
De ce genre-là, on n’en a jamais trop.
Un joli cœur, c’est comme un cadeau. Un cadeau qui nous emballe, un cadeau que l’on déballe. Et, comme un tour de l’ironie, si à l’extérieur c’est joli, à l’intérieur c’est encore plus beau.
Mais les jolis cœurs ne sont pas nombreux. C’est sans doute ce qui les rend si précieux. Car, il faut le savoir, rencontrer un cœur, c’est déjà bien rare. Mais s’il s’agit d’un cœur joli, en vérité je vous le dis, c’est plus que rare, c’est du hasard.
Un coup du hasard qui fait bien les choses, un coup de cœur qui me rend toute chose. Et sachez-le, je parle en connaissance de cause. Faut-il vous le prouver? C’est accordé. Je vais tout avouer…
Avec son air d’enfant perdu, ce joli cœur m’a de suite plu.
Romain, c’est son prénom, était un jeune homme plein de contradictions. Il n’en fallait pas davantage pour que je succombe. Ne me demandez pas pourquoi, je ne saurais vous répondre.
Il avait des yeux fins, mais un regard immense. Un regard lointain, mais plein d’intelligence. Un regard coquin, mais toujours sans offense.
Il avait la peau mate, dorée et sucrée. Une peau couleur soleil, promesse d’infinies merveilles. Une peau teintée par une autre contrée. Laquelle, je ne savais. Mais ce fut bien assez pour me donner envie, l’envie de voyager.
Il était vêtu, -je l’aurais voulu nu-, mais il avait du style. A la fois élégant et accessible, décontracté et habile, original et docile.
Mais mon plus doux souvenir reste celui de son sourire. Comment vous le décrire? C’est un sourire simple, mais généreux; un sourire vrai, mais bienheureux; un sourire qui fait sourire, un sourire qui veut tout dire. Mais un sourire que j’aurais voulu voir rire.
Comment rester insensible à un être irrésistible?
Romain le sait, et en joue. Tout homme qui a du pouvoir est enclin à en abuser, a dit un jour un certain Montesquieu. Aussi brillant qu’il fut, cet homme était un cerveau, pas un cœur. Car du pouvoir Romain en a, mais des abus, il n’en fait pas. Il a bien toutes les raisons d’en profiter, mais il a bien trop de cœur pour en sacrifier. La raison a des raisons que le cœur doit ignorer. C’est ce que Romain m’a appris, tant son cœur est joli.
Je pense que si Romain l’a compris, c’est parce qu’il connaît de près la vie. Il sait que ce qu’elle offre, ce peut être le meilleur comme le pire. Et à en croire son sourire, il en a tiré le meilleur parti.
Il sait que ce c’est que d’avoir mal au cœur. Il connaît cet état de l’âme, il en a fait l’expérience. Il la sait, cette souffrance.
La souffrance d’un cœur qui réclame, d’un cœur au bord des larmes. Le cri déçu d’un cœur orphelin, qui n’a pas reçu un amour assez plein. Le pleur à l’abandon d’un cœur fléché par Cupidon et qui se verse en déceptions. Il le connaît ce cœur abattu, ce cœur qui ne bat plus.
L’insuffisance cardiaque, c’est la plus profonde des attaques.
Mais le cœur de Romain a trouvé le remède: il aime. Ou, pour le dire en vrai, il a envie d’aimer. Et c’est cette envie qui à son cœur redonne vie. A tous ceux qui pensent que l’amour, c’est prendre des risques fatals, qu’aimer, ça fait trop mal, retenez de Romain cette leçon de courage, retenez de lui cet admirable adage:
Qu’il rit ou qu’il saigne, de joie ou de peine, l’important est que le cœur batte.
C’est ce qui fait de Romain un jeune homme si touchant. Parce qu’il sait combien il est vital d’être aimé, il est un amant des plus attentionnés. Et il est devenu capable de soigner le plus grand mal, celui que l’on dit incurable: les blessures sentimentales. C’est un médecin de l’âme.
Aussi, je vous le dis. Si vous trouvez un cœur aussi joli que celui que j’ai décrit, confiez-lui le votre sans nul souci, il vous le rendra tout à fait guéri…