Au commissariat, la chaleur n’est pas humaine, mais elle étouffe, et sans gène.
Au commissariat, la douleur n’est pas la reine, mais elle règne, de toute sa haine.
Au commissariat, les hommes ne sont pas fous, et c’est bien le problème.
Et les plaintes s’y déposent, avec broutilles et petites choses, qui s’accumulent, au-dedans des cellules. Et le temps fait son ouvrage, de certains hommes déplient bagages. C’est dépaysant, un commissariat. Ça l’est, et plus encore. Ça prend aux tripes, en corps à corps. Ça donne le tourni, tous ces hommes impunis. C’est dépaysant, oui.
Et pourtant.
Au commissariat, c’est partout comme ailleurs, mais ce n’est pas meilleur; il y manque le bonheur.
Au commissariat, c’est un peu comme chez nous, mais sans les rires, et avec des coups.
Au commissariat, c’est comme un chez soi, mais ce n’est qu’un endroit, traversé d’aléas.
Et les allers se multiplient, sans un détour, sans un sursit. Et les retours, s’ils sont en vie, ces retours… je les attends toujours. C’est effrayant, un commissariat. Ça l’est, mais sans le froid, et d’une violence qui fait débat.
Et pour cause.
Au commissariat, la rage fait loi, mais sans bonne foi, et chacun pour soi.
Au commissariat, on lit les droits, mais d’une voix forte, et qui se brise sans éclats.
Au commissariat, on croise les bras, au nom de l’état, et de haut en bas.
Et chacun apporte sa croix. Croix de fer, crois de bois, peu sont sincères, mais tous y croient. Et les commissaires ne se font pas prier, pour désarmer les prêtres, et déjouer les jauliers. C’est indulgent, un commissariat. Ça l’est, et même trop parfois.
Et pour preuve.
Au commissariat, ça s’insulte, mais sans équivoque, et on lutte, on s’interloque.
Au commissariat, ça sent l’argent sale, mais ça crie au scandale et aux délits fatals.
Au commissariat, ça manque d’aveux, et de mea culpa, mais c’est peut-être mieux, d’ignorer quelques fois.
C’est inquiétant, un commissariat. Ça l’est vraiment, et en trauma. Ça laisse des traces, un peu débiles, mais qui collent à la peau, et touchent dans le mille, le mille feuille des vils défauts. Ça fait douter, cette inhumanité. C’est impossible de ne pas s’identifier, à ces pêcheurs peu condamnés. C’est difficile de s’en bien distinguer. Parce que ce sont des hommes, ces meurtriers.
Et pour de vrai.
Au commissariat, il y a des êtres qui se lavent les mains, parce qu’ils se sentent trop peu humains.
Au commissariat, les toilettes sont débordées, de recueillir tant de déchets, et elles refusent de s’y mouiller.
Au commissariat, l’on répare les dégâts, mais comme l’on peut, et l’on ne peut pas.
C’est écoeurant, un commissariat. Ça l’est, et au sens fort. Parce que ça fait mal, et pire encore. Ça entaille, de le vivre de près. Et dans le détail, c’est juste laid. Ça donne une bonne nausée, rien que d’y assister. C’est un spectacle que l’on conserve à tout jamais, et qui se garde, comme un secret. Et au final, ça fait encore plus mal. Parce que ça fait mal au cœur, et qu’il n’existe pas plus vive douleur.
En tout mal, tout honneur, c’est le sursum corda au commissariat.