La véritable amitié ne gèle pas en hiver, disait une de mes plus proches amies.
Mais les hivers sont parfois longs et rudes et l’amitié, si elle ne gèle pas, peut tout de même prendre froid. Il n’est pas rare que lentement, degré par degré, une amitié s’évapore dans le brouillard des broutilles, des rancunes, des doutes et déceptions. La véritable amitié réchauffe le cœur, mais ne l’épargne pas.
Il est pourtant bien difficile de concevoir une vie sans amitié, une vie sans les autres. Y a-t-il chose plus glaciale que la solitude? J’aime à penser que ce besoin de chaleur humaine nous est naturel, comme nécessaire, ou vital, et qu’il vaut le coup, tous les coups, sous couvert de l’amitié.
L’amitié: ses coups de cœur et coups de chaud. L’amitié: ses coups de déprime et coups dans le dos. L’amitié: ses coups de blues et autres bleus à l’âme. L’amitié envers et contre tout, mais l’amitié surtout. Car c’est bien cela, l’amitié: tous les coups sont permis.
Mais la véritable amitié, c’est bien plus encore. L’amitié vraie est une résonance de l’âme; un cri de douleur ou de joie, mais un cri du cœur. Elle est ce je ne sais quoi qui anime un être. Elle est ce lien mystère entre le moi et les autres, entre le je et le tu; elle est l’occasion d’un nous. Si l’enfer, c’est les autres, alors cet enfer est paradis, et l’enfer ce n’est que le moi, un moi seul, solitaire et isolé. Un moi qui n’a plus aucune raison d’être. Peut-il vraiment y avoir un moi, s’il n’y a pas de toi? Et ce toi, n’est-il pas aussi l’autre moi-même?
Sur un bout de papier, glissé dans un bus, il y avait cette jolie formule: Je deviens je en disant tu. Les bus sont pleins de surprises…
Mais une autre sentence, du philosophe Aristote, me plaît aussi beaucoup: On ne connaît personne sinon par amitié. Si Aristote dit vrai, alors l’amitié n’est pas seulement un affect, mais l’amitié ce peut être aussi une véritable source de connaissance. Car c’est bien en découvrant cet autre moi que je puis me découvrir moi-même. Et plus encore, il est possible que, par amitié, je devienne mon propre ami.
Or, faire de soi son allié est bien utile, quand on doit affronter la part des autres qui ne sont pas très aimables, que l’on a su connaître par amitié, mais que l’on ne souhaite pas connaître davantage. Et parmi ces autres, qui ne seront au final que de simples connaissances, il y a ceux notamment que personne ne supporte, ceux qui ne supportent personne, et ceux qui ne se supportent pas eux-mêmes. Or, il n’est pas difficile de constater que, très souvent, ces trois espèces d’individus appartiennent au même genre et que celui qui n’accepte pas les autres est aussi celui qui ne s’accepte pas lui-même...
Aussi, je suis tentée de penser que connaître l’autre par amitié, c’est se connaître par amour de soi (cette curieuse amitié que l’on se porte).
Il y a donc beaucoup à apprendre de l’amitié…