Je suis un mot. Radeau. En vogue au gré des flots.
Je suis un verbe. Bégayer. Du bout de deux lèvres profilées.
Je suis un pronom. Le, la ou les. Déterminant, car personnalisé.
Je suis un adverbe. Vivement. Conseillé, par prudence et pour sûreté.
Je suis un adjectif. De beauté. Qui habille les francs sujets.
Je suis un nom. Commun. Trop impropre pour être partagé.
Je suis un participe. Au présent, du passé. Bousculé par le temps, et son plein de durée.
Je suis un suffixe. Radicalisé. Souvent précédé, je ne sais qu’approprier.
Je suis un point. Parfois virgule, parfois sans fin.
Je suis un complément. La réponse au comment. Je fais l’état des lieux, et y ajoute des garants.
Je suis un accent. Circonflexe, évidemment. Trop aiguisé pour être grave, je chapeaute les mots mirages.
Je suis une voyelle. Le i. Comme pour imaginer, dans l’idéal d’un ignoré.
Je suis un espace. Court et insensé. Je m’interpose pour aérer, ce que la prose veut aspirer.
Je suis une minuscule. Un peu après la majeure. Je m’introduis tout en douceur, de la minorité ferveur.
Mais je suis un mystère, qui se refuse à s’y complaire. J’ai un souhait, et le plus cher, être percé, comme découvert, de parts semées, mais foi entière. C’est mon vœu, et je l’espère.
Je veux que l’on me proclame, reine du blâme.
Je veux que l’on m’érige, au statu de vertige.
Je veux que l’on m’inonde, de répliques vagabondes.
Je veux que l’on me berce, au son de bonne adresse.
Je veux que l’on me pense, en sentence, plus qu’en silence.
Je veux que l’on me dise, tout autant que l’on me courtise.
Je veux comme un concours, des états d’esprit pris à cours. Et que rien aux alentours n’y persiste tout à fait sourd.
Je veux le retenti, des jugements au ralenti.
Je veux un temps donné, tout à moi consacré.
Mon culte personnifié, je le veux, et sans dictée.
Je l’exige et m’y fige. Que l’on vienne me décrypter. Que l’on ose m’épancher.
Et qu’enfin, en réalité, l’on réponde à ce qui suis-je, et m’avouer ce que j’en fais.
Mais mes vœux restent à l‘aporie. Les génies se sont tapis. Et mes pages se vident, de vos encres arides, et les plumes ont migré vers de putrides contrées. L’insomnie éveillée, quelques rêves seuls viennent à parler. Mais ma solitude est trop familière, pour qu’une main galante concède à les taire. C’est que je suis un mystère, mais qui désespère. Refoulées mes pulsions, procédée sans intention, je suis en quête des illusions. La funèbre oraison… C’est ma fin que l’on signe, ou signifie, dixit l’amie philosophie. L’on ma reléguée à un passe-temps, aux scriptes anciens et arrogants. Je ne suis plus qu’un souvenir, je ne suis plus qu’à relire. Sourire…
Relire les feu grimoires, des esprits un peu vieillards.
Relire les gribouillis, des poètes à l’agonie.
Relire les contes enchanteurs, des burlesques imitateurs.
Relire les idées barbouillées, d’émotions feintes et tachetées.
Relire les déclarations, des plus infectes affections.
Relire les doux murmures, des mytho à l’aventure.
Relire les papiers glacés, des rejetons de l’humanité.
Relire les référents, des logiciens irrévérents.
Relire les rimes froissées, des brouillons trop insatisfaits.
Relire les dessins grignotés, de ma préhistoire aux grottes éclairées.
Relire les thèses obscures, des docteurs en littera cure.
Relire jusqu’aux livres saints, et les prier d’y prendre fin.
Relire mais sans jamais saisir, ce pour quoi vous voulez me fuir, vous, mes matières à écrire. Relire sans sourire. Et tenter d’en guérir. Hypostasier mes nuits de veille, et leurs indicibles merveilles. Parcourir mes fils d’états vécus, et y définir ma constante vertu. Vouloir penser, que rien n’est perdu, qu’à défaut de gagner, je me serais battue. Lutter sans cesse, crier qui me blesse, et achever l’espèce de ceux qui m’ont tue. Signifier mon refus. Affranchir mon reçu. Et vous charmer un peu encore, avant que sonne ma mise à mort.
Oser penser tout haut, et m’irriguer des mots matelots.
Oser hurler à tort, que le silence est bien trop fort.
Oser appréhender, toute ma liberté de rêver.
Oser chanter toujours, mes hymnes bercés à l’amour.
Oser survivre un peu, quand rien ne sert à vivre heureux.
Oser vous proposer, les idées extraites de mon privé.
Oser réintégrer, les signifiés à l’alphabet.
Oser vous raconter, ce que la voix ne peut avouer.
Oser mettre des lettres, à la noblesse des apparaître.
Oser vous conjuguer, à ma plus douce lucidité.
Oser découdre les bouches, quand les esprits timides accouchent.
Oser vocaliser, les bavardages des sourds muets.
Et roser vos noires pensées, d’un spectre toujours plus éclairé.
Vous posséder, tout en entier, pour ne plus m’entendre songer. Refuser à mes murmures leur dernier souffle de sensé. N’exiger pour langagier, la parole seule des avisés. Et délibérer, en pour parler, des au sujet.
Agrémenter les sentiments d’un sens trop bon pour être conscient. Ne pas céder à vos rejets, les pervertir en clés d’accès, et en donner pour apparence le bel excès de mes offenses. Bâillonner toute rhétorique, les permuter en une éthique, celle du savoir d’inspiration, doux faire valoir de mes notions.
Rediriger vers l’artistique, l’artisanat des scientifiques. A nombre de mathématiques, opposer force des acoustiques, emprunt forcé aux linguistiques, qui en oublient les poétiques.
Et vous saouler à l’infini, jusqu’à vous étouffer de cris, parce qu’il en faut pour donner vie, n‘en déplaise à vos faux amis. Je n’ai nulle autre téléologie, que cette vérité du non dit. Les tabous font bien trop de victimes, pour qu’il n’en soit pas dit un crime. C’est elle ma prose, mes belles paroles qui sauvent, ceux qui osent, ceux qui composent.
Ma partition désaffectée, mes raisons d’être veulent s’aliéner.
Les intentions en retenue, va et vient le malentendu.
Ma sainte pensée anéantie, à l’arrêt cède ma maladie.
Les locuteurs indifférents, leurs discours se font plus vacants.
Ma sémantique vulgarisée, mon langage cesse le familier.
L’esthétique en intermittent, ma logique vit d’insignifiants.
Mes bienfaiteurs à l’abandon, les déserteurs martèlent au front.
L’audiovisuel en ligne de tir, mes courtes histoires veulent en finir…
Et mes notes sonnent toujours plus faux, et mon être s’en va perdre ses mots, et la descente va crescendo, et on me parjure de pipeau…
Mais plus on me veut muette, plus je deviens sourde, et m’y objecte…
La glorieuse devinette…
Une petite idée? Pensez.
Un léger indice? La devine est ma complice.
La solution? Elle est abject de suspicion…
Une réponse? Et quelques questions…
Qui suis-je? La solution à vos litiges. Ce que je fais? Ce n’est pas à moi de le dire. Où je vais? Je crois, vers le meilleur du pire. Pourquoi suis-je ici? Je dois être une causa sui. D’où je viens? D’un espace temps, devenu lointain. Qui je tente? La pensée qui se veut latente. De quoi suis-je fait? D’une bande son, mais qui se tait…
Sourire… écrire… et y souscrire…