Qu’il est bien triste le sort des sans papiers, des sans domicile fixe, et autres laissés pour compte de notre société…
Mais qu’il est encore plus désolant d’être de nos jours un sans travail…
Le travail, c’est la santé, disaient nos pères avec lucidité. Et Jésus Christ de confirmer. Jolie vérité!
Mais s’est-on déjà demandé pourquoi le travail était d’une telle nécessité? Ce serait pourtant d’un intérêt particulier, être sans travail étant devenu fatalité. Les gouvernants nomment cet état le chômage. Mais ce mot n’a plus de sens à présent, ce n’est qu’une absurdité. Chômer. Peut-on réellement chômer? Le chômage n’est-il pas, précisément, l’absolue non activité? A repenser.
Du reste, il apparaît comme d’évidence que travailler est, plus encore qu’une stricte nécessité, une forme criante d’imposé. Le temps de l’oisiveté est révolu. Le monde, et en totalité, se doit de travailler. Le monde tout en entier a besoin de se travailler. Mais pourquoi? C’est ce qu’il nous faut méditer.
Question 1 : Le travail comme source de revenus. Quelle valeur donner à l’argent?
Je pense ne rien inventer en affirmant que le travail a toujours été de toutes les nécessités. Une nécessité d’ordre vital, d’abord. Une nécessité de finances, ensuite. Les deux étant liés. L’argent ne fait pas le bonheur, dit-on. Certains, dans un élan de réalisme, osent tout de même ajouter qu’il y contribue fortement. Je pense que ce qui peut véritablement faire le bonheur d’un être humain n’est pas tant l’argent, le luxe, la possession, ou propriété, mais l’acquisition. C’est un plaisir immense que de gagner sa vie. Gagner sa vie. L’expression est d’une rare finesse. Mais c’est qu’elle révèle aussi, et surtout, c’est la puissance de cette force de satisfaction qui nous active, nous travaille, nous motive, et nous exhorte à toutes les formes d’accomplissement. Or le travail en est une, et l’une des plus saisissantes. Oui, le travail, nous avons tout à y gagner. Parce qu’il nous met à l’épreuve, nous donnant, de fait, une raison d’exister. Parce qu’il exige de solides preuves, y délivrant un droit, le droit de mériter. Et le mérite est chose importante, vous savez. Il est une valeur inconsidérée, mais qui peut faire le bonheur, de toute une humanité.
Et c’est sans nulle doute cette réalité qui, véritablement, peut donner au travail son sens plein, car sa finalité.
Question 2 : Le travail comme régulateur, ou équité. Sur quelle valeur fonder une éthique du salarié?
Pour beaucoup, l’argent est un sacré. Pour ma part, je suis tentée de penser qu’il n’est pas d’argent plus précieux, valeureux, que celui obtenu à force de travail, de labeur, et de volonté, en un mot mérité. Et c’est là encore un des aspects les plus élémentaires du phénomène travailler. Parce qu’il est la source d’un certain équilibre, que l’on pourrait dire équité. Il est cette liaison, juste liaison, entre l’effort et le confort, la récompense et la compensation. Souvenons-nous de cette désormais célèbre formule populaire: toute peine mérite salaire, ou de cette autre encore: l’on récolte ce que l’on sème. Ces principes, le travail les réunit, en même temps qu’il les justifie. Car c’est bien de cela dont il s’agit; du rapport étroit entre travail et équité. Quoi que l’on en dise, j’aime à penser que le cœur d’un homme ne saurait être sensible qu’à l’argent fiable, né du contribuable. Ce n’est qu’à la sueur du front que perle la véritable richesse. Cela, c’est mon patron qui le dit. Mais c’est un trait d’esprit. Ce qui laisse à penser que ce qui rend le travail éthiquable, ou potentiellement moral, est cela même qui lui donne sa valeur réelle, la valeur d’un être, dans toute sa dignité. Et c’est du mérite que cette valeur transparaît.
Pourtant, des disproportions persistent, et la récolte n’est pas toujours à la mesure des labeurs fournis.
Question 3 : Le travail comme produit dérivé. Comment expliquer les inégalités salariales?
Le terme d’inégalité sociale ne désigne pas seulement des inégalités financières, comme beaucoup se plaisent à le penser. Cédons au pléonasme, mais ces inégalités sont, d’abord, des faits de société. Il y a là un constat auquel nous ne pouvons échapper: le marché du travail -parce que le travail est devenu un vrai marché- peut produire une certaine inéquité. Toute société est hiérarchisée. C’est un principe de toute actualité. Et des plus justifiés. Comment, sinon, une société pourrait-elle distinguer entre ses composants, des plus aux moins méritants? Le problème est tout autre. Car si une telle hiérarchie semble juste, elle ne l’est qu’en pensée. En réalité, cette forme de la société est tout à fait dépassée. A sa place s’est faufilée une espèce de compétition sans grand fair-play, et dans laquelle les compétences sont dévaluées au profit de stratégies manigancées. Ainsi se créent les plus insignifiantes inégalités, celles de notre société. Mais c’est ainsi, aussi, que se déclare un autre type d’inégalité, que l’on pourrait nommer salariale. Car au sein même des entreprises, petites sociétés de travail, cette dérive est non seulement récurrente, mais elle s’en trouve exacerbée. Le patron récolte, ce que l’employé sème, ce schéma est plus que régulier.
Mais gardons une lueur d’hégélisme est osons nuancer. Car s’il est vrai que ces inégalités sont omniprésentes, et sous la plus vive inéquité, tout salarié n’est pas pour autant dévalorisé. Il conserve sa liberté. Et puis, l’ascenseur social n’est pas tant surchargé, tâchons d’y songer. Mais encore faut-il presser le bon bouton, celui de la persévérance et de l’ambition.
Conclusion: Le travail comme état d’esprit, une ressource qui jamais ne tarit.
Les inégalités sociales, et salariales, semblent pouvoir mettre en cause la légitimité même du travailler. Mais à bien y penser, il nous est apparu que le travail n’en est pas tant la cause, que le remède. Souvenez-vous, le travail, c’est la santé. Et si la paie allouée n’est pas toujours celle escomptée, il n’en reste pas moins qu’elle apporte à l’être humain comme un trésor d’humilité. Et c’est un si joli état de l’esprit que cette sorte de travailler… Un état d’esprit que rien ne saurait briser…