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orexis
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Un petit bout d'univers, quelques pensées folles et dingues, et une touche de philosophie...
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Accroche: Mot à mot

Accroche: Mot à mot

Posté le 21.03.2008 par orexis

Début. Voici le début qui s’avance. Lentement, avec prudence, il s’annonce, et se pense. Ses cinq lettres le dévisagent, sagement posées, dans cet ordre convenu, et elles attendent. Quoi, je ne saurais le dire; mais il y a un peu de circonstance. Le début le sait aussi, et il reste là, à l’arrêt, sans émoi, tout en sursit.

Et voici le temps qui passe. Il n’est pas seul. Il ne l’est jamais. Je lui vois pour compagnie, des secondes, des minutes et des heures qui s’enfuient. Une seconde se multiplie, une minute se décuple et ce sont des heures qui se présentent. Elles rient gaiement. Mais le temps pleure. Il veut être seul, ne supporte plus ces folles amies. Il me frôle furtivement, mais je le sens plein de ressentiment. Je tente de lui expliquer, que ce n’est pas moi mais ma société. Je tente de le lui dire, à ce temps qui veut me bannir, que je n’ai rien décidé. Que je ne lui souhaite qu’une douce paix. Et que, si je le pouvais, il serait seul à tout jamais. Mais le temps n’entend pas, et s’enfuit.

Suite. La suite, je ne la connais pas. Mais je sais son importance, l’importance d’être là. Je la remercie d’ailleurs, la suite, et elle, elle me sourit. Elle cherche le début, s’assure que c’est bien lui et le délivre de son ennui. La suite est jolie. Difficile à prononcer, je me la garde en pensée, mais c’est fou ce qu’elle me plaît. Elle est un peu folle aussi. Mais c’est une si douce folie, que je la lui pardonne. La suite bafouille un peu, et j’en suis bien malheureux. Mais elle a de cette pudeur, qui la fait se cacher, comme trembler de peur. Elle n’aime pas se dévoiler, elle préfère qu’on la devine, derrière son masque de beauté. Je le lui accorde et la laisse ainsi, son s et son e m’indiquant son chemin de vie. Je la suis.

Commencer. Ceci dit, le commencer fait son entrée. Il attarde le début, et le voilà bien disparu. Il embrasse la suite, et tous deux se confondent, tant que je ne les distingue plus. Ils ont du talent, le talent d’un élan. Ils m’entendent, s’en réjouissent. Et d’un simple merci, ils me laissent la parole.

La parole. Je la prends mais tout doucement. Je ne veux pas la gâcher, la salir ou la blesser. Alors je reste prudent et ne m’en sers qu’à bon escient. D’un vif éclat langagier, elle m’illumine de vraisemblance, et en nourrit de joie mes sens. Mais je la sais plus alertée. Alors, d’une révérence, je la prie de me conter, ce qu’elle recèle de vérités. Je crois bien qu’elle a pitié, et d’une forte complaisance, elle met un mot à ma portée.

La réalité. La réalité, je n’ai que ce mot pour matière à penser. Mais c’est un mot en porte-à-faux, et je ne le sais pas assez. Tout ce que j’ai appris à son sujet, est qu’il est beau joueur…et m’a gagnée. Si j’en connaissais seulement les règles, je pourrais peut-être m‘en défendre. Mais même cela, il me l’a caché. Sacrée réalité! Combien de fois, d‘ailleurs, m‘a-t-elle trompée? Le temps seul le sait et il refuse de discuter. La réalité est plus clémente, elle veut se confier. Mais parce qu’elle est de toute bonté, elle préfère me délaisser, à mon insouciante stupidité. Elle craint tant ma déception, si elle venait à me parler. Je le sens, je le sais. Alors, je lui dis que je le veux tout de même, que je préfère le savoir, et même si c’est un désespoir. Je lui dit encore, que j’en ai la volonté, et que m’importe en rien son effet. Et je lui dis, enfin, qu’elle ne pourra pas m’échapper toute ma vie, qu’elle devrait capituler. Mais elle en rit et se tait.

Le silence. Le silence est apparu et domine à présent. Il est trop fort, le silence. On a tenté, je crois, de le briser, bien des fois. Trop de fois même. Mais c’est un autre débat, le silence s’est imposé. Et je ne peux même plus le contester. Patience.

Patience. La patience m’a délivrée. Ce qu’elle est, je ne le sais, ou si peu que c’en est honteux. Mais je la vis, toujours plus fort. Elle s’est installée, tout contre le silence. Il ne dit mot, mais elle est en attente. Elle sait que, bientôt, viendra la résonance.

Résonance. C’est un mot de trop, mais il est tellement beau. Instance de l’insolence, elle défie le bon sens, mais le guérit d‘apparence. A tous ces signifiants, froids et distants, elle redonne une forme, un esthétisme sans faux-semblants. Elle est la source de ces rimes, de ces échos intentionnés, qui habillent les bonnes idées, qui leur donnent un peu d‘effet. Douce ignorance!

Ignorance. L’ignorance vient à présent. Elle se présente à moi, se balance, me regarde de haut en bas, son i ignoble d‘insistance. Quelle est grande l’ignorance! Vous la connaissez sans doute. On la connaît tous. Elle le sait et s’en flatte. Car c’est un mot de fierté, un mot coupable et de pêché. Mais qui s’en préoccupe en cet instant? C’est un mot que l’on craint tant. On le veut dépassé, comme venu d‘un ancien temps. Et pourtant, c’est un mot du présent… comme de ce futur, le jeune insolent. Mais qui la sait encore cette ignorance? C’est étonnant comme elle se balance… Vers qui, vers quoi se penche-t-elle ainsi? Vers l’erreur, il me semble; vers le faux, il ressemble. Mais vers le savoir aussi.

Savoir. Ce qu’il est chatouilleux ce mot. Même ici, il se rit. Tant et si bien que l’ignorance s’en va. Il la regarde partir, voler en éclat, tout crispé de son sourire, éclatant lui-même de joie. Un mot en chasse un autre, me dit-il. Je veux bien le croire, et lui offre un bon rire. Mais le savoir n’est déjà plus là. Quelque chose l’a effrayé. Quelque chose comme l’espoir.

Espoir. L’espoir est un mot petit et tout ratatiné. Six lettres sur six, il se donne des allures qui me donnent plein de pitié. C’est pourtant un mot divin, depuis quelques éternités. Adulé de tous les saints, ils sont rares à le contester. Certains tout de même osent s’en méfier. Ce n’est pas un mot léger, disent ces éclairés. C’est un mot de consolation, ni plus, ni moins. Et ils vont même plus loin: c’est un mot à oublier. Mais l’espoir a des adeptes qui lui servent de bouclier. Et les attaques se perdent, sans même l’avoir touché. Alors il frime, de toutes ses rimes. Car il rime beaucoup, l’espoir. Il rime de tout. Gouffre du désespoir, mouroir du savoir, l’on en oublie ces rimes, qui le tuent et l’infirment. Mais parce qu’il nous sauve aussi quelques fois de la vie, c’est un mot à pardonner, c’est un mot qui fait rêver.

Rêver. Le rêver s’est éveillé et se révèle aux yeux fermés. Je le vois s’élancer, flotter, virevolter, et bercer de songes rosés quelques mots abandonnés. Il est doux ce mot: rêver. Il retire son chapeau et me conte ses histoires émerveillées. Il me charme et je m’y plais. Mais je le vois s’évaporer, dans un brouillard de débris lactés. C’est Perrette qui vient le chasser. Je le lui refuse et m’empare du rêver. Et nous fuyons, sans jamais nous retourner. Où? Je ne sais. Mais j‘entends partout les mots du rêver…







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