Jolie demoiselle, toi qui m’arraches à mes rêves, pour les extraire de mon réel, te penserai-je toujours si belle?
Je le voudrais pourtant, tant et tellement. Je te voudrais en reine du ciel, je te voudrais en astre clément. Mais plus j’apprends à te connaître, et plus ma raison s’y arrête. Tu m’apparais autodidacte, qui essouffle mes châteaux de cartes, le joker tenu en mains, d’un poker coupé fin. Tu me dépossèdes de mon moi, tu me diriges vers un émoi, un trop plein de toi qui m’effraie, un trop peu de foi qui se tait. Je te veux bonne, je te crois digne; à tes parades, je plie, m’aligne, mais tu te donnes en mascarade, et m’y balades, bouffonne maligne. Je n’ai pas su te saisir, ou pas en vérité, et je m’y suis éprise, comme égarée, en faute d’aveu, ou de lucidité. J’ai eu le temps de bien songer, j’ai eu la force d’une volonté, et puis l’envie d’y persister, la stylistique pour m’en convaincre, à défaut de m’en persuader. J’ai eu mes torts, ma traversée, quittant le port, vague échappée. Le doux passé! Qui se remémore, à peine quitté. Longtemps durant, je me suis figurée, que toutes mes broutilles n’étaient qu’une infortune, qu’un hasard suffirait, pour que rayonne ma pleine lune, qu’une blessure n’était rien, sinon un contre temps, que mes fleuries contrariétés périraient finalement. Et puis j’imaginai, que chaque chose n’est pas vaine, qu’il y a bien une cause, à quelque phénomène, et mes soucis d’alors, me semblaient d’ironie, je croyais au bon sort, qui fait le end happy. Je m’amusais à le penser, qu’il y avait une malice, qui par des chemins détournés, concédait à rendre justice. Je me représentais la route, parsemée de ses embûches, ou encore ce fleuve à compte gouttes, empli des bonshommes qui trébuchent. Je ne pensais pas sérieusement, mais sans pourtant le simuler, je me gardais le doute possible, bien plus qu’une probabilité. Le scepticisme -on ne se sait jamais- m’offrait l’espoir d’y bien rêver. Aux incertitudes pertinentes, je te cédais en femme confiante. Puisque l’on ne détient nul savoir, alors autant savoir y croire. C’est ce que je me répétais, dans l’idée d’un savoir plus gai. Il y avait si peu d’ombrages, au tableau de ton paysage, je n’en voyais pas les noirceurs, je n’y peignais que des couleurs. Mais ton ouvrage n’est que mirage, et tu grisailles mes souffre douleurs, ces petites joies qui pansent mon cœur, lorsque s’évadent ses droits d’auteur. Je t’en veux, le sais-tu, de m’avoir si mal foutue. Toutes les fois où j’y pense, que je ne suis pas à la hauteur, que je ne suis pas assez bien faite, pour te supporter sans douleur, que nous sommes comme incompatibles, qu’il y a erreur sur la personne, que ce serait presque risible, si je n’étais qu’une mauvaise donne; mais c’est bien plus, oui bien plus cruel, parce que j’en ignore jusqu’aux règles, de cette partie qui se joue entre nous, et dont tu m’éjectes meurtrie, à chacun de tes coups. Je n’ai plus qu’un souhait à présent: pouvoir reprendre la maîtrise, si tenté qu’un jour je l’ai prise, pour te tourner en ridicule, donner le change à tes émules, et te soumettre à toutes mes guises, et te dominer en conquise. Mais comment le pourrais-je, moi qui ne suis qu’un être, un peu humain peut-être, et dont la seule nécessité t’appartient tout en entier? Comment, par quel moyen, saurais-je y mettre fin, puisque ta finitude, ce n’est qu’une part de ton tout, et la belle inquiétude, ce qui te tient debout? Qui détient le secret, mais seulement qui te sait? Qui donc a découvert, ta profonde vérité? Qui sait comment l’on fait, pour te cohabiter? Qui saurait me le dire, qui saurait me montrer? Je les entends frémir, mes paires de société. Je crois bien qu’ils t’admirent, t’ont même sacralisée. Je le pense en effet, que tu es chose précieuse, mais c’est insuffisant, ça ne me rend pas heureuse. J’ai le souci de mon bien-être, est-ce malhonnête? Je veux pouvoir me contenter, je te vois vide, veux te combler, mais je méconnais tes besoins, et je m’y trompe, plus mieux que bien. Oh, c’est bien égoïste, je le confirme, mais ce que c’est réaliste, l'envie qui prééxiste! Il me semblerait même que c’est chose naturelle, d’une nature si belle, que l’immonde émerveille… Et tu n‘auras pas à me contredire, n’est-ce pas? Parce que tu la connais, cette douce nature, parce que tu n’en es qu’un éclat. Un éclat parmi tant d’autres, une étoile qui file en faute; dans son éther, tu n’es plus rien, saches-le vraiment, fais ce fait tien: de la nature, jolie demoiselle, tu n’es rien, rien qu’une parcelle d’un tout terrain, rien qu’une ficelle qui se retient. Du tout, oui, tu es un rien. Rien qu’une étoile, trop souvent obscurcie, si, par son infinie galaxie, et qui tente de briller, plus fort que son ciel ne permet. Tu es un petit astre, qui rapproche du lointain, éclairé des espoirs, ces voeux de tes terriens; un astre qui veut ressusciter, lorsque se meure sa toute beauté. Mais tu as une divinité, astre sacré. Et s’il est vrai que tu sais te permuter, et en désastre qui plus est, ce n’est que par sa volonté. Tu n’es pas dieu, tu n’es pas elle. Tu n’es qu’une sainte, la demoiselle, qui fait prier, vue du réel.
Oserais-je encore t’appeler mienne? Ah, la vie, ce que j’aimerais pourtant te nommer ainsi! Ma…demoiselle, ma vie.