Point final. Un point s’impose à présent.
Mais pas n’importe lequel. Il s’agit du point final, le point ultime et terminal. Il ne manquait plus que lui, pour clore mon écrit. Mais il met du temps à venir, tant que c’en est troublant. Je l’attends sans mot dire, ne lui formule qu’un beau sourire, mais ce qu’il est lent! Je le presse doucement, mais le vois frémir. Il semble fuir. Je l’interroge, le questionne sans relâche. Il s’y déroge, et me pointe une, deux, trois taches. Ce sont les trois petits points, ces petits points en suspension auxquels on ne prête que si peu d’attention. Ils veulent que je les prenne, que je les glisse, que je les sème. Le point final est indulgent, et y consent. Mais je ne le suis pas, et m’y oppose fermement. Alors les trois petits points me font une drôle de danse, me suppliant de leur laisser une chance. Mais je le leur dis, à ces folies, que je le veux unique mon point, ni plus, ni moins. En vain. Et je commence à voir triple, mon point final les a rejoint. Je ferme les yeux, mais pour les rouvrir malheureux. Le point final a disparu. Les trois petits points sont des têtus. Ils l’ont pris en otage, et ne me demandent en rançon, qu’un petit bout de ma page, un bout de conclusion. Je m’y oppose une fois encore, ils résistent et me font tort. Alors j’insiste un peu plus fort, mais leur silence est sec et d’or. Ils se confient enfin, et me confesse qui les retient. C’est la fin. Ils ne l’aiment pas beaucoup, celle-là. Pis, ils ne la supportent pas. Oui, ils ne supportent pas les fins d’histoire, et se refusent à y croire. Mais ils arrivent un peu tard; le recueil est achevé, et c’est ainsi qu’il me plaît. Le point final a de la pitié pour ses confrères, il se décline à me faire taire. Et moi, je ne sais plus que faire. Les trois petits points en profitent et tentent leurs arguments. Le premier m’offre la raison, le second, un plein de frissons, et le dernier, l’inspiration. J’y suis sensible, mais m’en défends. Ils ne pourront pas m’accompagner éternellement. Il faudra bien que je m’en sépare. Mais ils me contestent, les orgueilleux. Ils repoussent mes adieux, et m’en propose un au revoir. Pourquoi mettre fin à ce qui n’est qu’un début? Les trois petits points sont des malins; ils m’ont entendue. Et ils reprennent leur danse triplée, me projetant, en déhanchés, diverses ébauches de feuilles scribées. Ils me donnent en espoir de prochaines jolies histoires. Ils me les laissent entrevoir, et j’y perçois un savoir. C’est le savoir-faire, celui que l’on nomme art. L’art de conter, mes rêves de réalités. Ils me flattent avec fierté, et me soumettent quelques feuillets. Ils y ajoutent une légère plume, et mes doux rêves vivement s’embrument. D'accord, je m’y complais, de mes vilains feuillets. Et les trois petits points vont se poser, m’ordonnant de composer…