Posté le 22.03.2008 par orexis
J'ai un trauma. C'est un papa. Un papa qui n'est pas.
Beaucoup sans doute connaissent ce sale état. Je le confesse alors, et de dire de vive voix, ce que ces gens, ces gens comme moi, pensent et repensent, tout à fait bas.
Un petit bout de ton cœur m’aurait suffit, papa. Etait-ce demander l’impossible?
Alors un simple pardon, même caché dans un murmure, m’aurait guérie, papa. Etait-ce si indiscible?
Ou une explication, sans nulle autre intention, et j’aurais compris, papa. Etait-ce si difficile?
Pourquoi pas? Pourquoi ne pas avoir tenté, ne serait-ce qu’une fois, de m’aimer?
Pourquoi pas? Pourquoi n’avoir pas voulu, un tant soit peu, apprendre à me connaître, et m’apprécier peut-être?
A défaut d’être père, tu aurais pu être un ami. Mais tu as choisi.
Un peu de toi m’a donné vie. Mais comment pourrais-te remercier, puisque tu m’as quittée. Je ne t’en veux pas, tu sais. Je pense que tu étais tout simplement incapable d’amour, ni même d’amitié. Alors je te pardonne, sans même te condamner. Mais je me refuse à t’aimer. De ma vie, je ne te laisserai jamais plus y entrer. Ce n’est pas par rancoeur, non plus par haine, ni même peur. Je n’éprouve plus ces ressentiments du passé. Je n’ai plus aucun sentiment, à dire vrai. Mon indifférence, c’est tout ce que je peux t’accorder. Et ce sera pour toi ma seule bonne volonté, papa.
Je voulais un père, je n’ai eu qu’un géniteur. Et je vivrai avec, sans toi, sans cœur.
Posté le 02.04.2008 par orexis
Jolie demoiselle, toi qui m’arraches à mes rêves, pour les extraire de mon réel, te penserai-je toujours si belle?
Je le voudrais pourtant, tant et tellement. Je te voudrais en reine du ciel, je te voudrais en astre clément. Mais plus j’apprends à te connaître, et plus ma raison s’y arrête. Tu m’apparais autodidacte, qui essouffle mes châteaux de cartes, le joker tenu en mains, d’un poker coupé fin. Tu me dépossèdes de mon moi, tu me diriges vers un émoi, un trop plein de toi qui m’effraie, un trop peu de foi qui se tait. Je te veux bonne, je te crois digne; à tes parades, je plie, m’aligne, mais tu te donnes en mascarade, et m’y balades, bouffonne maligne. Je n’ai pas su te saisir, ou pas en vérité, et je m’y suis éprise, comme égarée, en faute d’aveu, ou de lucidité. J’ai eu le temps de bien songer, j’ai eu la force d’une volonté, et puis l’envie d’y persister, la stylistique pour m’en convaincre, à défaut de m’en persuader. J’ai eu mes torts, ma traversée, quittant le port, vague échappée. Le doux passé! Qui se remémore, à peine quitté. Longtemps durant, je me suis figurée, que toutes mes broutilles n’étaient qu’une infortune, qu’un hasard suffirait, pour que rayonne ma pleine lune, qu’une blessure n’était rien, sinon un contre temps, que mes fleuries contrariétés périraient finalement. Et puis j’imaginai, que chaque chose n’est pas vaine, qu’il y a bien une cause, à quelque phénomène, et mes soucis d’alors, me semblaient d’ironie, je croyais au bon sort, qui fait le end happy. Je m’amusais à le penser, qu’il y avait une malice, qui par des chemins détournés, concédait à rendre justice. Je me représentais la route, parsemée de ses embûches, ou encore ce fleuve à compte gouttes, empli des bonshommes qui trébuchent. Je ne pensais pas sérieusement, mais sans pourtant le simuler, je me gardais le doute possible, bien plus qu’une probabilité. Le scepticisme -on ne se sait jamais- m’offrait l’espoir d’y bien rêver. Aux incertitudes pertinentes, je te cédais en femme confiante. Puisque l’on ne détient nul savoir, alors autant savoir y croire. C’est ce que je me répétais, dans l’idée d’un savoir plus gai. Il y avait si peu d’ombrages, au tableau de ton paysage, je n’en voyais pas les noirceurs, je n’y peignais que des couleurs. Mais ton ouvrage n’est que mirage, et tu grisailles mes souffre douleurs, ces petites joies qui pansent mon cœur, lorsque s’évadent ses droits d’auteur. Je t’en veux, le sais-tu, de m’avoir si mal foutue. Toutes les fois où j’y pense, que je ne suis pas à la hauteur, que je ne suis pas assez bien faite, pour te supporter sans douleur, que nous sommes comme incompatibles, qu’il y a erreur sur la personne, que ce serait presque risible, si je n’étais qu’une mauvaise donne; mais c’est bien plus, oui bien plus cruel, parce que j’en ignore jusqu’aux règles, de cette partie qui se joue entre nous, et dont tu m’éjectes meurtrie, à chacun de tes coups. Je n’ai plus qu’un souhait à présent: pouvoir reprendre la maîtrise, si tenté qu’un jour je l’ai prise, pour te tourner en ridicule, donner le change à tes émules, et te soumettre à toutes mes guises, et te dominer en conquise. Mais comment le pourrais-je, moi qui ne suis qu’un être, un peu humain peut-être, et dont la seule nécessité t’appartient tout en entier? Comment, par quel moyen, saurais-je y mettre fin, puisque ta finitude, ce n’est qu’une part de ton tout, et la belle inquiétude, ce qui te tient debout? Qui détient le secret, mais seulement qui te sait? Qui donc a découvert, ta profonde vérité? Qui sait comment l’on fait, pour te cohabiter? Qui saurait me le dire, qui saurait me montrer? Je les entends frémir, mes paires de société. Je crois bien qu’ils t’admirent, t’ont même sacralisée. Je le pense en effet, que tu es chose précieuse, mais c’est insuffisant, ça ne me rend pas heureuse. J’ai le souci de mon bien-être, est-ce malhonnête? Je veux pouvoir me contenter, je te vois vide, veux te combler, mais je méconnais tes besoins, et je m’y trompe, plus mieux que bien. Oh, c’est bien égoïste, je le confirme, mais ce que c’est réaliste, l'envie qui prééxiste! Il me semblerait même que c’est chose naturelle, d’une nature si belle, que l’immonde émerveille… Et tu n‘auras pas à me contredire, n’est-ce pas? Parce que tu la connais, cette douce nature, parce que tu n’en es qu’un éclat. Un éclat parmi tant d’autres, une étoile qui file en faute; dans son éther, tu n’es plus rien, saches-le vraiment, fais ce fait tien: de la nature, jolie demoiselle, tu n’es rien, rien qu’une parcelle d’un tout terrain, rien qu’une ficelle qui se retient. Du tout, oui, tu es un rien. Rien qu’une étoile, trop souvent obscurcie, si, par son infinie galaxie, et qui tente de briller, plus fort que son ciel ne permet. Tu es un petit astre, qui rapproche du lointain, éclairé des espoirs, ces voeux de tes terriens; un astre qui veut ressusciter, lorsque se meure sa toute beauté. Mais tu as une divinité, astre sacré. Et s’il est vrai que tu sais te permuter, et en désastre qui plus est, ce n’est que par sa volonté. Tu n’es pas dieu, tu n’es pas elle. Tu n’es qu’une sainte, la demoiselle, qui fait prier, vue du réel.
Oserais-je encore t’appeler mienne? Ah, la vie, ce que j’aimerais pourtant te nommer ainsi! Ma…demoiselle, ma vie.
Posté le 06.04.2008 par orexis

Si tu dois écouler ta haine, tu peux bien m’en éclabousser, je te laisse me la distiller, mais je t’en prie, maman, épargnes-moi en les pensées, et cesses enfin de m’inonder. Compte tes gouttes, aies un air de folie, laisses moi un doute, et simules d‘exagérer. Je veux pouvoir le croire, que tu ne les penses pas, ces choses que tu me cries. Je veux bien concevoir que c’est toujours mieux qu’un non dit. Mais ta franchise est une tuerie, maman, et si tu m’accuses d’hypocrisie, c’est que tu ignores la diplomatie. Toutes les vérités sont bonnes à dire, c’est un avis qui m’est imparti. Mais c’est si difficile de les bien entendre qu’il y a les précautions à prendre. Il faut des détours, parfois. Il faut la configurer, la dite vérité. Alors, oui, dis moi que tu ne m’aimes pas, si c’est bien vrai. Mais ne me le dis pas ainsi, dis le moi en secret. Et puis, il y a les actes, qui valent tout autant que des mots, lorsqu’ils sont précis, ou efficaces. Tous les coups sont permis, lors qu’il n’y pas menace. Je préfère que tu me le montres, ce désamour que tu me portes. Le langage des signes, le langage du corps, je les craints, mais tellement moins. Alors que les mots, maman, les mots me sont si précieux, et tu le sais, que mon cœur ne parle qu’eux. Je t’échange n’importe quelle gifle contre un silence. Je te concèderais même une cicatrice, en gage de souffrance. Mais ne me parles pas. Pas comme ça. Sois sincère dans ta colère, mais autrement. Tu peux m’avouer, ou le hurler, ce que tu ressens. Je comprends. Je comprends que tu puisses cesser de m’estimer. Je comprends que tu ne me supportes pas, que tu ne le veuilles plus, que c’en est trop, et que c‘est un choix. Je comprendrais. Même si, à accepter, je dois y livrer plus d’efforts que je ne puisse en donner, je m’y obligerai, oui, vraiment, et je comprendrai. Mais je suis avare en maux, et j’aime autant ne pas en saigner tant. Alors, fais moi une faveur, eu égard à ma douleur, et change tes mots. Trouves en d’autres, cherches un peu, fouilles en toi, ou en nous deux. Je te prête mon dictionnaire, je veux bien même t’en apprendre quelques-uns. Mais changes tes mots. Il y a un art, le sais-tu? C’est l’art de la manière. La manière de dire les choses. Je te l’enseignerai, si tu le souhaites. Je me renseignerai, t’en ferai un rapport, je ferai ce qu’il faut. Je t’ai promis des efforts, et je ne promets rien pour de faux. Mais changes tes mots. Souvent, je le sais, tu me dis que tu ne le pensais pas. Tu es femme impulsive, et c’est peut-être un bien parfois. Parfois. Je suis sans doute, on ne sait pourquoi, une excessive sensible, et c’est un tort. Mais c’est un tort que je veux me permettre. Alors comprends que je ne le supporte pas, ce jus de haine dont tu m’asperges, ses débris d’idées dans ta voix, et sa grammaire en coup d’éclats. C’est que je ne parviens pas à imaginer que le langage ne puisse être pensé. Et si, à reconsidérer, l’on regrette en bien des cas ce que l’on nomme avoir dit, c’est, d’après ce que j’en pense, ce que l’on a osé pensé qui est cause réelle de nos regrets. La conclusion? Une mise en garde, contre impulsivité. Oui, maman, c’est un danger, et un danger vrai, que de penser sans y penser. Ca fait dire du n’importe quoi. Et il importe, ce n’importe quoi, il m’importe du mal que tu ne soupçonnes même pas. Je ne le pensais pas. Non, maman, vraiment, ton excuse ne tient pas. Elle explique, mais explique seulement. Insuffisant. Alors gardes les, tes mots maladroits. C’est la dégaine, tu vois. Au un, deux, trois, ne te retournes pas. Ranges ton arme, et arranges ton esprit. Apprends à viser, ce qu’est la vraie pensée. Et évites les balles perdues. Autrement je te les rendrai, et aussi fort que tu me tues. C’est la dégaine, au bon débarras. Parce que j’ai mal, j’ai le mal de toi. Et c’en est assez, je veux faire ma loi. Tu persistes, affiches ton état. Tu ne veux pas t’interroger, ou alors tu n’oses pas. Je suis comme je suis, c’est bien ce que tu dis? Alors restes comme tu es, mais restes loin de moi. Que l’on soit fidèle à sa nature, ce n’est pas un problème, maman. Mais lorsque sa nature est pour autrui une torture, permets moi d’affirmer qu’il y a risque, et erreur conjugués. C’est une pensée. C’est ma pensée. Et si elle t’est insupportable, je saurai t’aimer encore, je suis trop sensible pour ne pas être en tort. Mais je t’aimerai à distance. Parce que je suis ce que je pense. Non, ne m’accuses pas d’intolérance. Cela aussi, c’est un mot mal appris. L’intolérance, c’est ne pas respecter la différence, et vouloir l’anéantir, même sous prétexte d’une méfiance. Or, ce que je te propose, ce n’est pas autre chose, que de me tolérer. Et que ce soit de loin, comme de près. La décision doit être tienne. Mais n’oublies pas mon sérieux problème. Je te le répète, pour mieux t’en persuader. Oui, maman, n’oublies pas, n’oublies jamais, combien tes mots agacent ma pensée. Et ajoutes encore, à cette réalité, l’épanchement de ce cœur dont je voudrais tant t‘arroser, si tu ne l’écumais pas sans cesse de mots qui dépassent ta pensée…
Posté le 07.04.2008 par orexis
La philosophie telle que je la survis, c’est toute une histoire.
Ce que j’y apprends? Des philosophes. Ce que j’y comprends? Des philosophies. Philosopher? Bon pour les autres. Le moi? Au toi. Le principe? Surtout, ne pas penser par soi-même. La fin? Savoir... Que l’on ne sait rien. Le moyen? Ne pas chercher à savoir, mais à comprendre. L’intérêt? Une banqueroute. La durée? Trop longue. L’envie? Passée. Le besoin? Un manque. Le concept? Avorté. Une idée? L'idéologie. Une morale? Des leçons. L’éthique? Théorique. La métaphysique? Hérétique. La pensée? Préposée. La philosophie? Un philein. La sagesse? Un jour peut-être. Un espoir? Croire.
Des questions?
Posté le 10.04.2008 par orexis
C’est étrange… C’est étrange, mais plus je vis, et plus j’écris… Des billets tout doux, aux amours fous, des bribes de pensées, que j’enfante sans oser, des histoires infinies, pour mieux croire à la vie, et puis des rimes parfois, pour adoucir l’émoi, ou bien des raisonnements vaillants, avec sérieux et faux semblants. En bref, tout ce qui le fait, mon moi… Je ne sais pas parler direct, j’emprunte toujours tout plein de détours. Je crois que la facilité m’effraie, il lui manque comme du vrai, et j’y perçois peu de secret. J’aurais aimé pouvoir livrer, tout en entier, ma personnalité. Je l’aurais aimé, ce joli don, ou faculté. Et je me serais mieux aimée, si j’étais moins sensée. Mais je ne suis que moi, complexe, et si blonde parfois. Alors, j’écris, je mets de l’ordre, là, juste là, là où ça dérange, là où ça ne va pas. Et puis, ça va, ça va mieux. Et j’y ajoute le mot heureux.
Mais l’écrit n’a pas de fin. Parce que la vie… la vie, ce n’est pas rien…
Penser à écrire, juste pour rire…
Posté le 10.04.2008 par orexis
Point final. Un point s’impose à présent.
Mais pas n’importe lequel. Il s’agit du point final, le point ultime et terminal. Il ne manquait plus que lui, pour clore mon écrit. Mais il met du temps à venir, tant que c’en est troublant. Je l’attends sans mot dire, ne lui formule qu’un beau sourire, mais ce qu’il est lent! Je le presse doucement, mais le vois frémir. Il semble fuir. Je l’interroge, le questionne sans relâche. Il s’y déroge, et me pointe une, deux, trois taches. Ce sont les trois petits points, ces petits points en suspension auxquels on ne prête que si peu d’attention. Ils veulent que je les prenne, que je les glisse, que je les sème. Le point final est indulgent, et y consent. Mais je ne le suis pas, et m’y oppose fermement. Alors les trois petits points me font une drôle de danse, me suppliant de leur laisser une chance. Mais je le leur dis, à ces folies, que je le veux unique mon point, ni plus, ni moins. En vain. Et je commence à voir triple, mon point final les a rejoint. Je ferme les yeux, mais pour les rouvrir malheureux. Le point final a disparu. Les trois petits points sont des têtus. Ils l’ont pris en otage, et ne me demandent en rançon, qu’un petit bout de ma page, un bout de conclusion. Je m’y oppose une fois encore, ils résistent et me font tort. Alors j’insiste un peu plus fort, mais leur silence est sec et d’or. Ils se confient enfin, et me confesse qui les retient. C’est la fin. Ils ne l’aiment pas beaucoup, celle-là. Pis, ils ne la supportent pas. Oui, ils ne supportent pas les fins d’histoire, et se refusent à y croire. Mais ils arrivent un peu tard; le recueil est achevé, et c’est ainsi qu’il me plaît. Le point final a de la pitié pour ses confrères, il se décline à me faire taire. Et moi, je ne sais plus que faire. Les trois petits points en profitent et tentent leurs arguments. Le premier m’offre la raison, le second, un plein de frissons, et le dernier, l’inspiration. J’y suis sensible, mais m’en défends. Ils ne pourront pas m’accompagner éternellement. Il faudra bien que je m’en sépare. Mais ils me contestent, les orgueilleux. Ils repoussent mes adieux, et m’en propose un au revoir. Pourquoi mettre fin à ce qui n’est qu’un début? Les trois petits points sont des malins; ils m’ont entendue. Et ils reprennent leur danse triplée, me projetant, en déhanchés, diverses ébauches de feuilles scribées. Ils me donnent en espoir de prochaines jolies histoires. Ils me les laissent entrevoir, et j’y perçois un savoir. C’est le savoir-faire, celui que l’on nomme art. L’art de conter, mes rêves de réalités. Ils me flattent avec fierté, et me soumettent quelques feuillets. Ils y ajoutent une légère plume, et mes doux rêves vivement s’embrument. D'accord, je m’y complais, de mes vilains feuillets. Et les trois petits points vont se poser, m’ordonnant de composer…
Posté le 12.04.2008 par orexis
H-3. Assise dans une gare, j’attends un train qui ne viendra pas avant… avant longtemps. J’ai bien l’impression que je perds du temps.
Perdre du temps. Je ne conçois pas que l’on puisse perdre du temps. C’est une jolie expression et elle me plait. Mais il lui manque un petit quelque chose. Quelque chose comme de la vérité.
Je perds mon temps. Ah oui, vraiment? Parce que le temps t’appartient, peut-être? Ou parce que le temps se perds, alors? Allons, un peu de sérieux…
J’y ai pensé pourtant. Je me le suis dit tout à l’heure, il y a quelques temps, quand l’hôtesse d’accueil m’a confirmé, avec un sourire forcé, pour la cinquième ou sixième fois que, oui, j’aurais un train, qu’il suffisait juste que je patiente quelques heures. Trois pour être exact. C’est à ce moment que j‘ai pensé, d’abord, que les hôtesses d’accueil avaient bien trop d’humour, et, ensuite que, oui vraiment, j’allais perdre mon temps. Mais je me suis raisonnée.
Très bien, alors disons que je vais perdre du temps. Mais c’est juste impossible, pensai-je encore une fois. Parce que perdre du temps, c’est comme le prendre, ce n’est pas le prendre tout en entier, c’est s’en octroyer un simple moment, un instant, un temps, mais pas tout le temps. Il ne faut pas se hâter lorsque l’on traite d’une chose si importante. Il faut y accorder beaucoup de temps, le temps qu’il faut. Mais je peux comprendre cette sensation, puisque je l’ai eue. Le temps est si précieux que lorsque nous n’en faisons rien, nous sommes toujours tentés de penser que nous le perdons.
Mais peut-il réellement y avoir une perte de temps?
Une perte de temps n’a pas beaucoup de sens si elle signifie perdre du temps, nous l’avons dit un temps plus haut. Mais s’il agit de perdre le temps? Et bien, s’il s’agit de la perte de temps, il ne s’agit de rien, car la perte de temps n’a pas davantage de sens, au mien. Pensons un moment. Si nous perdons le temps, comme nous le prétendons si souvent, faut-il l’incriminer pour autant, lui qui s’est offert à nous de tout instant? Ne faudrait-il pas penser plutôt que nous seuls responsables de cette perte? Pauvre temps, nous te tuons, te condamnons, te rendons sale et responsable de nos propres erreurs…
Voyons, un temps ne se perd jamais de lui-même. C’est nous qui causons ce que l’on nomme sa perte. Perdre du temps. Perdre du temps, cela signifie que le temps puisse être une perte. Il y a contradiction. Ne pensez-vous donc pas?
Alors imaginez. Imaginez que, plutôt que de gâcher ce temps qui vous est imparti, vous en tiriez profit. Imaginez que, plutôt que de souffrir ce temps qui passe, ce temps qui court, sans vous, vous en tiriez partie. Imaginez que vous soyez les acteurs de temps-ci, ce temps qui semble tant fuir, et que vous pourriez pourtant aisément rattraper. Imaginez-le… et faites-le!
Car à cet instant précis, ce temps que j‘ai écrit, le temps ne m’attend pas, et s’écoule. Est-ce à dire que je l’ai perdu? Certainement pas. Ce temps que je croyais perdu, je ne l’ai ni gagné, ni égaré, mais je l’ai vécu.
Une parcelle de temps, ce peut être, de temps en temps et si souvent, une parcelle de vie, si on le veut vraiment.
D’ailleurs, la petite voix de la gare vient de m’annoncer, très aimable, qu’il ne me restait plus que deux heures. Deux heures avant que le train n’arrive et ne m’emporte avec lui, comme autant en emporte le temps…
H-2. Pauvres de nous, nous allons finir par le perdre vraiment le temps, nous en avons pour beaucoup déjà perdu le sens…
Posté le 13.04.2008 par orexis
Une petite pensée pleine d'amitié pour tous ceux qui liront mon blog...
N'hésitez pas à laisser des com, en bien ou en mal, compliments ou blâmes... j'accepte tout, même les détails...
Posté le 29.04.2008 par orexis
Ebauche...
Enveloppée d’une jolie bulle rosée, la rue en ligne tracée, et quelques commerces à peine ouvrés, l’adolescente trottina jusques sa destinée. Une destinée encore méconnue, mais d’un attrait sans retenue. La coquette ne s’y désista pas et pressa le pas. Elle fit une halte au terrain vague, s’y reposa un court instant, et une touffe d’herbe empoignée fraîchement, reprit sa course au temps. Sa bulle légère flottant au vent, ses mèches toutes rousses la balayant, elle se sentait comme virevoltant, et ôta un ou deux vêtements. Sur le trottoir, nul passant, si ce n’est deux bons et fiers enfants. Elle les ignora et passa son chemin, de lourdes pensées en tête, celles de son destin. Elle ne savait pas encore vers quoi, ou vers qui, ce curieux destin serait accompli, mais elle le savait proche, et c’est sans doute ce qui suffit.
Ou sans doute pas. Car une bulle s’y opposa. C’était une bulle rouge, quoiqu’un peu orangée, une bulle bien épaisse et crépie par côtés. Elle la bouscula violemment, d‘un coup de coude peu élégant. La jeune adulte à terre, la bulle rougie fit des mystères, et disparu vers l’autre sphère. Lorsque notre bulle retrouva son esprit, ce fut avec une migraine, et un corps meurtri. Elle tenta d‘éponger son sang, celui qui coulait rougissant, mais alarmée de tremblements, elle se résolue, enfin, et rebroussa chemin. A l’infortune de son destin.
A l’aurore du samedi, la place du marché se trouva bien emplie. Une bonne masse de bulles semblait s’être donnée rendez-vous, des bulles amincies et affamées pour beaucoup. Un soupçon de folie accompagnait leurs cris, des cris de joie, de doute, échos des prix.
Et dans cette foule, une couleur rouge, matière crépie. L’air égaré, mais des objets pleins les poches, il allait et venait, au rythme des sons de cloche. Aux douze coups de midi, l’église cessa son bruit, et la bulle repartit, la sacoche alourdie. Il garda son butin jusques chez lui, puis se délesta du tas d’objets épris. Il avait gagné sa journée, et s’en flatta d’une forte fierté. Il se pensa malin, bien plus que rusé, et se complimenta jusqu’à n’en plus sentir ses pieds. Le téléphone alors vibra, et il s’y rua décrocher, les joues toutes empourprées, et son cœur comme emballé. C’était lui.
- Six heures? Non, sept? Qu’importe, je serai là. A la Coutume, c’est entendu. Le sac avec moi, compris. Un cola suffira. Non, pas de martini. Je ne me suis pas encore remis. Ah, une plaisanterie? Oui, en effet, c’était drôle. L’hydro…? Mais très certainement. Sous un manteau? Noir ou blanc? Noir, c’est plus discret. Mais un peu anonyme. C’est le principe? Alors, pas de blanc, et du noir seulement. Et le rouge de ma bulle, bien évidemment. A ce soir.
Le téléphone au repos, il alla choisir un manteau, en prit un noir des plus foncés, et quelques tissus à voiler. Un bon cigarillo parfuma son studio et apaisa le flot, ce flot d’angoisses voilées que chacun porte bien en secret. Mais sa bulle balançait, et de haut en bas, comme signifiant son trouble, trahissant son émoi. Un calmant l’immobilisa, et un sourire enfin pointa.
A la frontière des deux sphères, il y a comme un bar, qui sert de barrière, à toutes les bulles du soir. La bulle rouge y entra, suivie de près par une bulle chat. Il ignora les fidèles, ces buveurs du samedi, et s’attela à une table, une de celles au coin tapies. Un homme alors vint s’y asseoir, une bulle en tête colorée noire. La bulle de chat posée sur ses genoux, il lui parla, de rien, de tout, prit le paquet dissimulé, et se remit enfin debout. La bulle rouge sifflant son cola, il vit son homme partir, sa bulle noire pleine de sourire. Il s’acquitta de l’addition, et emporta la douce boisson.
En sortant cependant, il hésita quelques instants, la sphère pastel au loin devant. Elle rayonnait, comme palpitait, de petites lueurs rose violet. Oui, elle était plutôt jolie, la sphère où jamais il ne nuit. Et d’un calme sans éclat, impalpable, et pourtant là. Il eut l’envie de franchir le pas, d’aller visiter ce tout là-bas, le monde de bulles aux couleurs douces, ce monde diurne des jeunes filles rousses. Jamais encore il n’avait osé, ne serait-ce qu’imaginer, ce qui pouvait bien se tramer à la sphère des bulles rosées… Il songea alors à celle qu’il avait rencontrée, et si fort bousculée. Elle avait la bulle claire, la bulle de l’autre sphère. Que faisait-elle donc si loin, hors de son monde, et de ses chemins? Sans doute s’était-elle égarée…Ou trompée… Ou… Echappée? Elle paraissait si pressée… Mais pourquoi? Il aurait juré qu’elle fuyait… Mais quoi? Et ce regard déterminé… Vers quoi? Se serait-elle donc évadée? Mais enfin pour quoi? Et contre quoi? Pourquoi venir ici, plutôt que là-bas? Qu’avait-elle donc à faire dans son univers? Une bulle rose, dans la sphère acidulée, c’était de l’inédit, voire impensé. Que s’était-il donc passé? Il lui semblait qu’elle avait saigné… L’avait-il blessée?
Il cessa d’y penser, lorsqu’il aperçu la bulle foncée. Elle n’était donc pas encore rentrée. Personne aux alentours, il le rejoignit sans détour.
-Vous prenez des risques à rester. Ce n’est pas votre sphère, auriez-vous oublié?
-Je n’oublie jamais.
Un cigarillo saveur noix de coco étouffa ses quelques mots.
-J’ai à vous parler.
-Encore?
-Je viens seulement de penser…
Il lâcha un soupir, bien que masqué d’un sourire. Sa bulle acheva de noircir, et la bulle rouge vif, de frémir.
-Penser?… L’on peut penser et rester muet… La Coutume, demain. Même table, même heure.
-Je n’aime pas beaucoup ce bar.
-Je sais. Mais il faut qu’il soit tard, si nous voulons être discrets.
Et il reprit sa route dans un brouillard, le paquet bien enfoui, dans sa malle vernie.
Etc... à suivre... ou pas...
Posté le 02.05.2008 par orexis
Un parable, le dit paradis...