Billets doux
Posté le 06.03.2008 par orexis
Bander...un coeur qui a aimé...
J'ai comme un pansement au coeur. C'est de l'amour, dans toute sa fureur. Ma trousse de secours? Encore un peu d'amour. Mais tout en douceur...
Posté le 04.03.2008 par orexis
J’ai six ans. Et j’apprends que tu vas nous rejoindre. Toi que je ne connais pas, dont j’ignore jusqu’au prénom, je te veux et pour de bon. Et je t’aime déjà.
J’ai sept ans. Et tu viens au monde. Ta naissance est difficile, je n’en ménage pas mes larmes et elles coulent en grand secret, le secret d’une petite fille que l’on désarme. Mais je t’aime quand même, et même plus que moi-même.
J’ai huit ans. Et tu pleures. Toutes les nuits, dans notre chambre. Cette chambre dont je ne t’offre qu’un bout, mais t’offrant mon cœur dans son tout. Tu me prêtes le tien, avec plein de salive. Tu me baves dessus, quand on te couche tout contre moi. Mais j’aime ça, parce que je sens ton cœur, et parce qu’il bat. Et tu ris aussi, et je l’aime ton rire, plus que tes larmes, mais moins que toi.
J’ai neuf ans. Et tu me marches sur les pieds. Avec ton youpala, tu me poursuis. Je me cache, je m’enfuie. Tu me rattrapes, comme toujours. Mais ce n’est que de l’amour. On se fuit, on se cherche, on se repousse, l’amour aux trousses. Mais je l’aime cet amour. Parce que c’est le notre, à personne d’autre, et qu’il me vient de toi.
J’ai dix ans. Et on joue aux pirates. Sur les lits superposés, tu demandes à me tuer, mais un peu, juste un peu. Alors j’accepte, juste pour te rendre heureux. Et je simule de mourir, rien que pour voir ton sourire. Et tu le réanimes comme à chaque fois, peut-être parce que tu m’aimes un peu, juste un peu, et que tu m’aimes en vie, de surcroît.
J’ai onze ans. Et tu m’offres mon premier amant. On est dans un parc, le parc des roches, dans un camping, plutôt moche. Mais c’est l’été, et il fait beau. Alors on s’amuse, même pour de faux. Et tu te lies d’amitié avec ce jeune homme, qui m’aimera le premier, ou fera tout comme. Et je t’en remercie encore, et pour toujours, de me l’avoir offert, ce prémisse d’amour. Je l’aime un peu, beaucoup, ce garçon de passage. Mais je t’aime plus que tout, et à n’importe quel âge.
J’ai douze ans. Et tu vas à l’école. Tu découvres ce monde qui déjà m’appartient, et dont je connais jusqu’aux moindres recoins. Ou presque. Car je ne le savais pas, que les maîtresses ne sont pas toujours de bonne foi. Je ne le savais pas, qu’elles peuvent être cruelles, et s’amuser autant à maltraiter leurs maternelles. Maman le découvre, elle aussi, et elle se bat longtemps contre ces furies, quatre ou cinq ans, le temps qu’elles soient punies. Et moi je comprends, rien qu’à cet instant, que tu es déjà, toi mon tout petit, en proie aux plus blessantes des péripéties. Et c’est ainsi, tu vois, que pour la première fois, tu vas m’enseigner quelque chose de la vie. Et je ne l’aime pas, cette souffrance qu’elle t’inflige. J’ai envie de la prendre, de la briser cette tige, de la faner cette fleur du mal, de l’absorber ce parfum de fatal. Oui, je veux être toi quand la vie ne t’épargne pas. Parce que je t’aime plus qu’elle, même si je l’aime malgré moi.
J’ai treize ans. Et Maman a mal. Elle a des bleus un peu partout, et plus que tout des bleus à l’âme. C’est papa. Il joue les gros bras. Et toi tu ne le sais pas, ce qu’il fait quand tu dors, quand il teste si Maman est vraiment indolore. Mais comment te la décrire, cette triste réalité? Comment te le dire que Maman perd sa dignité, à cause d’un père plein de fierté? On t’en préserve, et elle se les réserve, ces coups de minuit; on t’en cache jusqu’aux bruits. Parce qu’on t’aime, Maman et moi, et qu’on redoute avec quel effroi, un jour peut-être tu le découvriras. Et parce que ça fait mal, un amour qui se tait, ça fait toujours du bien, un amour qui se sait. Alors on te le dit, pour ça nulle cachotterie, que s’il y a un amour qui peut nous sauver de la vie, ce n’est que cet amour que tu nous offres, qui nous guérit.
J’ai quatorze ans. Et papa est parti. La nuit nous a affranchies. Tu te demandes pourquoi, le cœur crispé de son émoi. Pourquoi hier il était là, et qu’au réveil tu ne le trouves pas. Tu exiges que l’on t’explique, dans le détail, la polémique. Tu le cherches, tu l’attends, mais en vain et piteusement. Et tu nous en veux sans doute un peu, et on te veut moins malheureux. Mais nous ne sommes que plus impuissantes, face à tes questions impatientes. Ton âme est en attente, de ce père qui a disparu, de cet homme qui ne viendra plus, et je le sais, tout au fond de moi, que cette blessure ne se soigne pas. On la panse comme on peut, on compense en t’aimant à deux. Mais ce n’est pas assez, tu veux cet amour à trois, et les deux bras de ton papa. Je m’en veux parfois de ne pas avoir su te préparer à ce qui, pourtant, devait arriver. Et que, très souvent, je me plaisais à espérer. Le départ d’un papa qui aime sans foi, et qui frappe sans détour, sous couvert de l’amour. Mais en étais-je seulement capable? L’on n’est plus capable de rien lorsque la vie nous accable. C’est mon excuse. Je te la donne, avec mon cœur, petit homme. En espérant toujours plus fort, qu’un jour seulement tu me pardonnes. Et saches combien je suis désolée de ne pouvoir que t’aimer, à défaut de te protéger.
J’ai quinze ans. Et je fais ma crise. Je ne m’aime pas, je ne m’aime plus. Comment, dès lors, puis-je aimer les autres? Comment, alors, puis-je t’aimer toi? Et pourtant je t’aime. En maladresse et en silence, mais je t’aime. Et qu’importe moi. Qu’importent ces autres qui ne sont pas moi. Je t’ai toi. Mon frère, j’ai les quinze ans adolescents, ceux qui protestent contre ceux qui contestent, et je peste. Contre ce monde, contre la vie, et contre moi aussi. Mais je t’aime, oui, plus que tout au monde, et pour la vie.
J’ai seize ans. Et j’ai grandi. J’ai compris. Et je vis. Je l’ai tuée, ma colère, apaisée ma petite guerre, mais je reste une solitaire. Et je sais que quelque part, n’importe où sur cette terre, il y a un frère qui se demande où est sa sœur et pourquoi elle préfère le vivre seul, son doux bonheur. Je le sais troublé, confus et rancunier, de me voir m’éloigner. Alors j’espère qu’il comprendra un jour, ce frère, que si je me suis éloignée, ce n’était qu’un détour pour mieux le retrouver. Il fallait que je te quitte, pour me construire un avenir. Un avenir assez solide pour que je puisse t’y introduire, et t’y garder à tout jamais. Il fallait que j’apprenne à m’aimer pour m’accepter. Et en solo, c’est tellement vrai. Mais c’était, frérot, pour t’aimer en duo. Et sans secret.
J’ai dix-sept ans. Et je te vois grandir. Tu entres au collège maintenant, est-ce à dire que tu es grand? Je m’y refuse, tout simplement. Je te veux petit enfant, baveux et innocent. Mais tu ne baves plus, et moi je suis perdue. J’ai comme l’impression de te redécouvrir, comme si un étranger s’était incrustée, balayant mes souvenirs, décomposant mon passé. Je ne te reconnais plus, ou si peu. C’est moi qui suis confuse à présent, et c’est moi qui t’en veux. Mais je t’aime comme toujours, d’un singulier amour. Je ne hais que le temps qui court.
J’ai dix-huit ans. Et je deviens adulte. J’ai quitté notre monde, et on m’en a exclue. Ce monde de l’enfance, ce cercle d’espoirs perdus. Toi t’y es resté et tu t’y bats. Alors je le regarde d’un peu plus loin encore, et j’ai les craintes, comme les remords. J’ai peur que tu ne sois pas assez fort, pour surmonter ce dur apprentissage, ce passage entre deux âges, le tourbillon de toutes ces pages, la vie en somme et sans images. Mais le présent m’accapare et je le rejoins, le monde des adultes et de leurs petits riens. Et je me dis, mais sans trop y penser, que l’on n’est plus du même monde. Que l’on s’est fourvoyés, de se croire immuables, ou immobilisés. On ne l’est pas, on évolue, on change, parfois du tout au tout, et sans rechange, sans au cas où. On est soumis à chaque seconde à la fugue du temps et de ses instants. Mais ce que je ressens, mon frère, ne change pas. Il est là, imperturbable, ou si peu de fois. Il est là, oui, cet amour que je t’alloue, et il sera là tant qu’il y aura un nous. Nous deux. Si c’est pas heureux!
J’ai dix-neuf ans. Et rien ne va plus. Rien ne va plus comme avant. Tout est différent. Oh, ce n’est pas de sa faute, au temps. C’est de la mienne, de ce que j’en ai fait. Je me le suis accaparé, je ne t’en ai pas prêté, ou pas assez. J’en éprouve des heures de regrets tu sais. J’aurais du t’en réserver de ce temps, t’en octroyer de bons moments. J’aurais du les partager, mes dix-huit ans. Je ne l’ai pas fait, et tu peux me le reprocher. Tu dois me le reprocher. Comment, sinon, oseras-tu me pardonner? Comment, sinon, pourras-tu m’aimer?
J’ai vingt ans. Et je t’aime au présent. Oui, je t’aime, comme une sœur, comme un enfant, comme j’aime ton cœur, et ses battements. C’est peu ce que j’offre, je ne le sais que trop. C’est peu de l’amour quand la vie fait défaut. Mais il n’y a rien de plus important. Alors je t’en inonde, avec ou sans compliments. Je rejette les secondes, je veux t’aimer éternellement. Mais je repense sans cesse au trauma de mes quatorze ans, à cette idée qui me persécute, qui me fait trembler, l’idée que je ne puisse te protéger. Je suis ta grande sœur, pourtant. Mais plus tu grandis, et plus je suis enfant. Je me sens si petite, et tout va tellement vite. Tu es entré au collège, je suis devenue étudiante. Tu as découvert la cité, tu t’y enfonces lentement. Je la quitte pour l’université et n’y vis que partiellement. Toi tu y es tout en entier, est-ce que je sais ce que ça fait? Je le voudrais, très sincèrement. Mais non. Tout bêtement. J’ignore tout de ce monde au sein duquel tu évolues. C’est un monde dont je ne suis qu’une spectatrice un peu déçue. Déçue de me savoir si frêle à tes côtés, déçue de ne pouvoir, comme souvent, t’en préserver. Et tu luttes, les poings serrés. Et je ne comprends rien de cette drôle de nécessité. Qu’il faut se battre pour se faire respecter. Qu’il faut être animal pour conserver sa dignité. Qu’il y a trop peu d’humains qui survivent en cité. Tu vois, je ne le savais pas tout cela. C’est toi qui m’a tout appris, de cette étrange forme de vie. J’ai mes armes, j’ai eu le temps de me parer. J’ai la raison, j’ai la pensée, et une certaine distance de sécurité. Mais c’est une chance qui m’a été donnée. Je n’ai pas grandi en cité, et je ne sais pas, et je ne saurai jamais. Et je me surprends à t’envier. Tu l’imagines cela, mon frère? Tu te le figures en pensée? Je t’ai envié. Parce que je t’ignorais. Je t’ignorais si démuni, si désaxé aussi, et aussi malheureux. Je l’ignorais cette souffrance qui t’a cerné, et cette confiance trop fatiguée. Je les ignorais tes déceptions, tes grandes frayeurs et leurs frissons. Je suis une idiote, ni plus, ni moins. Mais je me suis remise, frangin. Et je sais à présent que c’est bien toit que j’aime, et que c’est bien moi l’enfant. Alors cries-le moi, que je ne sais rien de toi. Que je ne suis pas comme toi, mais que ça n’empêche pas. Ca n’empêche pas d’aimer, de ne pas ressembler. Cries-le moi que si l’on est différent, ce n’est pas un mal, ou pas vraiment. Cries-le moi que tu veux me frapper, quand je t’assassine de mes paroles de cruauté. Cries-le moi que tu me hais, que tu le sais que je ne t’aime pas, que tu me hais, oui, de m’aimer, toi. Cries-le moi, hurles-moi, fais ce que tu voudras. Mais détrompes-toi. Parce que je t’aime, frangin. Je t’aime, mais si tu savais à quel point… Tu ne l’entends donc pas, cette petite voix? Tu ne les entends, mes murmures de mea culpa? Alors cries-le encore une fois. Et dis-le moi, que tu m’aimes, toi aussi, surtout toi. Et tu l’entendras peut-être, ce cœur qui est en moi. Tu l’entendras peut-être, oui, ce cœur. Comme il bat pour toi. Pour toi, mon petit frère, mon bout de cœur, pour toi, pour moi, pour nous, mais surtout, pour notre toi et moi…
Posté le 06.03.2008 par orexis
...de coeurs à enfiler... Un peu de fil, et on rembobine... La médecine sentimentale, un filet en cas de panne...
Posté le 03.03.2008 par orexis
Savez-vous à quoi ressemble un joli cœur?
Un joli cœur ne ressemble à rien… mais il est tout.
J’ai connu bien des cerveaux. Des têtes pensantes, comme des esprits, des lumières, comme des génies. Ils m’ont bien prise la tête, je dois l’avouer. Parfois même trop, à grand regret.
J’ai connu des sexes aussi, quelques uns, juste ce qu’il faut. Des sexes pressants, comme pressés, des sexes patients, comme dépassés. Ils m’ont bien prise au corps, je dois l’avouer. Parfois même trop, à grand regret.
Et puis, j’ai connu un cœur. Il était si bien fait, il était tellement beau. C’était un joli cœur, en quelques mots.
De ce genre-là, on n’en a jamais trop.
Un joli cœur, c’est comme un cadeau. Un cadeau qui nous emballe, un cadeau que l’on déballe. Et, comme un tour de l’ironie, si à l’extérieur c’est joli, à l’intérieur c’est encore plus beau.
Mais les jolis cœurs ne sont pas nombreux. C’est sans doute ce qui les rend si précieux. Car, il faut le savoir, rencontrer un cœur, c’est déjà bien rare. Mais s’il s’agit d’un cœur joli, en vérité je vous le dis, c’est plus que rare, c’est du hasard.
Un coup du hasard qui fait bien les choses, un coup de cœur qui me rend toute chose. Et sachez-le, je parle en connaissance de cause. Faut-il vous le prouver? C’est accordé. Je vais tout avouer…
Avec son air d’enfant perdu, ce joli cœur m’a de suite plu.
Romain, c’est son prénom, était un jeune homme plein de contradictions. Il n’en fallait pas davantage pour que je succombe. Ne me demandez pas pourquoi, je ne saurais vous répondre.
Il avait des yeux fins, mais un regard immense. Un regard lointain, mais plein d’intelligence. Un regard coquin, mais toujours sans offense.
Il avait la peau mate, dorée et sucrée. Une peau couleur soleil, promesse d’infinies merveilles. Une peau teintée par une autre contrée. Laquelle, je ne savais. Mais ce fut bien assez pour me donner envie, l’envie de voyager.
Il était vêtu, -je l’aurais voulu nu-, mais il avait du style. A la fois élégant et accessible, décontracté et habile, original et docile.
Mais mon plus doux souvenir reste celui de son sourire. Comment vous le décrire? C’est un sourire simple, mais généreux; un sourire vrai, mais bienheureux; un sourire qui fait sourire, un sourire qui veut tout dire. Mais un sourire que j’aurais voulu voir rire.
Comment rester insensible à un être irrésistible?
Romain le sait, et en joue. Tout homme qui a du pouvoir est enclin à en abuser, a dit un jour un certain Montesquieu. Aussi brillant qu’il fut, cet homme était un cerveau, pas un cœur. Car du pouvoir Romain en a, mais des abus, il n’en fait pas. Il a bien toutes les raisons d’en profiter, mais il a bien trop de cœur pour en sacrifier. La raison a des raisons que le cœur doit ignorer. C’est ce que Romain m’a appris, tant son cœur est joli.
Je pense que si Romain l’a compris, c’est parce qu’il connaît de près la vie. Il sait que ce qu’elle offre, ce peut être le meilleur comme le pire. Et à en croire son sourire, il en a tiré le meilleur parti.
Il sait que ce c’est que d’avoir mal au cœur. Il connaît cet état de l’âme, il en a fait l’expérience. Il la sait, cette souffrance.
La souffrance d’un cœur qui réclame, d’un cœur au bord des larmes. Le cri déçu d’un cœur orphelin, qui n’a pas reçu un amour assez plein. Le pleur à l’abandon d’un cœur fléché par Cupidon et qui se verse en déceptions. Il le connaît ce cœur abattu, ce cœur qui ne bat plus.
L’insuffisance cardiaque, c’est la plus profonde des attaques.
Mais le cœur de Romain a trouvé le remède: il aime. Ou, pour le dire en vrai, il a envie d’aimer. Et c’est cette envie qui à son cœur redonne vie. A tous ceux qui pensent que l’amour, c’est prendre des risques fatals, qu’aimer, ça fait trop mal, retenez de Romain cette leçon de courage, retenez de lui cet admirable adage:
Qu’il rit ou qu’il saigne, de joie ou de peine, l’important est que le cœur batte.
C’est ce qui fait de Romain un jeune homme si touchant. Parce qu’il sait combien il est vital d’être aimé, il est un amant des plus attentionnés. Et il est devenu capable de soigner le plus grand mal, celui que l’on dit incurable: les blessures sentimentales. C’est un médecin de l’âme.
Aussi, je vous le dis. Si vous trouvez un cœur aussi joli que celui que j’ai décrit, confiez-lui le votre sans nul souci, il vous le rendra tout à fait guéri…
Posté le 07.03.2008 par orexis
Double je
Moi + toi = moi
Posté le 09.03.2008 par orexis
La véritable amitié ne gèle pas en hiver, disait une de mes plus proches amies.
Mais les hivers sont parfois longs et rudes et l’amitié, si elle ne gèle pas, peut tout de même prendre froid. Il n’est pas rare que lentement, degré par degré, une amitié s’évapore dans le brouillard des broutilles, des rancunes, des doutes et déceptions. La véritable amitié réchauffe le cœur, mais ne l’épargne pas.
Il est pourtant bien difficile de concevoir une vie sans amitié, une vie sans les autres. Y a-t-il chose plus glaciale que la solitude? J’aime à penser que ce besoin de chaleur humaine nous est naturel, comme nécessaire, ou vital, et qu’il vaut le coup, tous les coups, sous couvert de l’amitié.
L’amitié: ses coups de cœur et coups de chaud. L’amitié: ses coups de déprime et coups dans le dos. L’amitié: ses coups de blues et autres bleus à l’âme. L’amitié envers et contre tout, mais l’amitié surtout. Car c’est bien cela, l’amitié: tous les coups sont permis.
Mais la véritable amitié, c’est bien plus encore. L’amitié vraie est une résonance de l’âme; un cri de douleur ou de joie, mais un cri du cœur. Elle est ce je ne sais quoi qui anime un être. Elle est ce lien mystère entre le moi et les autres, entre le je et le tu; elle est l’occasion d’un nous. Si l’enfer, c’est les autres, alors cet enfer est paradis, et l’enfer ce n’est que le moi, un moi seul, solitaire et isolé. Un moi qui n’a plus aucune raison d’être. Peut-il vraiment y avoir un moi, s’il n’y a pas de toi? Et ce toi, n’est-il pas aussi l’autre moi-même?
Sur un bout de papier, glissé dans un bus, il y avait cette jolie formule: Je deviens je en disant tu. Les bus sont pleins de surprises…
Mais une autre sentence, du philosophe Aristote, me plaît aussi beaucoup: On ne connaît personne sinon par amitié. Si Aristote dit vrai, alors l’amitié n’est pas seulement un affect, mais l’amitié ce peut être aussi une véritable source de connaissance. Car c’est bien en découvrant cet autre moi que je puis me découvrir moi-même. Et plus encore, il est possible que, par amitié, je devienne mon propre ami.
Or, faire de soi son allié est bien utile, quand on doit affronter la part des autres qui ne sont pas très aimables, que l’on a su connaître par amitié, mais que l’on ne souhaite pas connaître davantage. Et parmi ces autres, qui ne seront au final que de simples connaissances, il y a ceux notamment que personne ne supporte, ceux qui ne supportent personne, et ceux qui ne se supportent pas eux-mêmes. Or, il n’est pas difficile de constater que, très souvent, ces trois espèces d’individus appartiennent au même genre et que celui qui n’accepte pas les autres est aussi celui qui ne s’accepte pas lui-même...
Aussi, je suis tentée de penser que connaître l’autre par amitié, c’est se connaître par amour de soi (cette curieuse amitié que l’on se porte).
Il y a donc beaucoup à apprendre de l’amitié…
Posté le 02.03.2008 par orexis
Il y a tant de vies sur notre douce planète qu’il serait inhumain de ne pas les célébrer toutes…
C’est par une belle journée d’été, à l’abris de la ville, dans un endroit paisible, qu’une charmante demoiselle s’éveille au monde.
Accueillie par la vie les bras grands ouverts, notre petit être ouvre ses petits yeux verts et s’offre aux premiers ébats de l’existence avec nonchalance.
Animée par les exigences de cette vie nouvelle, elle ne pense pour le moment qu’à son appétit grandissant et étanche élégamment la plus belle des soifs, celle de vivre.
Pourtant, mademoiselle ne pourra vivre qu’après survivre et sera vite privée de cette joie ivre.
Mais, -heureux mais-, après avoir essuyé maints dangers et ayant surmonté de trop nombreuses errances, notre petite merveille de la nature est recueillie puis adoptée; une délivrance.
La tendresse de ses hôtes attendris et leur délicatesse fleurie auront vite raison de sa méfiance et cette enfant des rues saura saisir cette main tendue avec tant de bienveillance.
La chaleur d’un vrai foyer, la douceur d’une famille unie et les blessures d’antan de l’enfant chéri seront guéries.
Confiante en la vie, alors rétablie, notre beauté mystérieuse peut se livrer à des futilités bienheureuses.
Ses pensées ne vont dès lors plus qu’à des caresses, bien entendu.
Les frottements de jambe et les miaulements de réprimande ne se font plus attendre.
Et c’est au son de croquettes gourmandes et de surnoms plein d’amour tendre que ses ronrons résonnent.
Les pensées de madame vous étonnent?
Mais, ne le savez-vous pas? Quand l’humain n’est pas là, les animaux pensent…
Posté le 03.03.2008 par orexis
Ma plume. Je te dédie les grands silences de ma pudeur.
Mais ma plume, quand je t’écris, c’est avec le cœur.
Ma plume. Tu m’as appris ce qu’était cette douce envie qui rend réelles les belles rêveries, cette envie folle mais en sursit, l’envie toute drôle d’être une amie.
Toi ma plume. Tu me chatouilles, me fait frémir, et avec toi je veux mourir, de joie, de folie, d’ivresse comme de rire.
Toi ma plume. Tu es le sucre de mes larmes. Sexy en diable, t’es juste fatale. Archange sensible, et peu crédible, tu es un mot: irrésistible.
Comme un secret, tu apparais. En pur mystère, comme d’autres les pierres, tu fais semer les doutes, nous en déroutes, et nous laisses ainsi, des soupçons pleins l’esprit.
Ma plume. Je prends le risque. Et j’ose te dire, te balancer dans un sourire, trois petits mots qui me font rire… Je t’aime. Ces quelques mots, je te les confie. Fais-en ce que tu voudras. Ce sont des mots que je ne te dirai pas, bien trop en réserve pour les dire à haute voix. Mais, ma plume, où que tu seras, ces mots te suivront, danseront autour de toi, sans jamais de repos, et toujours pas à pas.
Alors, oui, je te les jette sur ce papier; je coucherai mon âme pour te la montrer. La vois-tu? Elle est là, regardes bien. Mon âme tremble, elle sait que tu l’espionnes. Elle te craint comme un jugement, et elle tousse, s’en étonne, me repousse, moi, sa bonne. La vois-tu ma plume? Mon âme qui se crie, pendant que je t’écris. La sens-tu ma plume? Comme elle transpire, la timide, comme elle rougit. Elle me supplie de la laisser. Elle se dégage, veut se cacher. Pas à moi, mon âme. Tu ne pourras y échapper. C’est indécent, oui, je le sais. Mais rien qu’à elle, s’il me plait, tu te montreras. Elle lira en toi, à travers ces mots. Et tu riras en elle, en pleureras même, s’il le faut. Mais vas, je t’ai montré. Ma plume l’a vue, ta nudité. Alors vas donc te rhabiller, t’enfouir encore et retrouver ta jolie sœur, la liberté. Mais ma plume, regardes ça. Mon âme te charme, encore une fois. Que fais-tu là? Elle ne répond pas. Mais je comprends, le grand pourquoi. Mon âme t’a vue, comme tu la vois. Et plus que tout, elle voit en toi. Mon âme a de bons yeux, des yeux bien heureux. Et la voilà qui te réclame, toi et ton âme. Car nos âmes sont voisines, me dit la mienne à basse voix. Regardes-les jouer ensemble. N’est-ce pas vraiment qu’elles se ressemblent? Si différentes et si proches à la fois. Elles se complimentent et se complètent de bonne foi.
Prêtes-moi ton âme, je t’offrirai la mienne.
Ajoutes une flamme, j’en ferai une lanterne.
Donnes-moi une arme, et je tuerai ta peine.
Ma plume. Je veux être ton encre, quand ta main veut jouer aux mots.
Je veux être ta fée, quand la vie te fait défaut.
Je veux être ton ange, quand tu rêves de paradis.
Je veux être ton diable, quand satan t’attire vers lui.
Je veux être ton souffle, quand tu manques de respirer.
Je veux être ton tout, quand le vide veut t’aspirer.
Je veux être un espoir, quand tout te semble insensé.
Je te donne un savoir. C’est celui de l’amitié…
Posté le 06.03.2008 par orexis
Je la connais jusqu'au coeur, je lui offre le mien...
Posté le 06.03.2008 par orexis
Je pense savoir de ma mère plus que quiconque. C’est un privilège qui n’appartient qu’à moi. Je connais toutes ses facettes, ou presque.
Je perçois avec aisance quelle enfant, puis adolescente elle a pu être, je la connais femme, je la connais mère… je connais Francine. Je crois que lorsqu’on approche à ce point l’essence d’un être, on nous avec lui des liens uniques. C’est la chance qui m’a été offerte, la chance de faire la connaissance de cet être hors du commun. Si je devais utiliser une image, je ferais de ma mère une pierre précieuse, une pierre de jade plus exactement, d’un vert aussi troublant, transperçant que ses yeux. Mais ce joyeux est enfermé dans un coffre, en bois massif, scellé lui-même par mille cadenas. Moi seule, je pense, en possède de certaines clefs. Je les ai obtenues par amour et par confiance. En découvrant peu à peu ma mère, j’ai gagné bien plus que je n’espérais. Car j’ai à présent le bonheur unique de contempler cette pierre; son éclatante beauté s’est révélée à moi, lorsque j’ai su traduire l’âme de cette femme. Quand je pense à tout ce qu’elle est, le mot amour prend tout son sens. J’ai bien l’impression que ma mère est une muse, la muse qui m’a inspirée tant de bonheur; celle qui m’a transmise cette soif de vivre qui anime tout mon être. Je suis toujours maladroite lorsqu’il s’agit de mots d’amour. Mais il se produit je ne sais quel enchantement et, s’il est question de ma mère, le cœur se délie, et tout mon corps vibre de bons sentiments. Peut-être que nos âmes résonnent d’une même voix. C’est parfois ce que je ressens.
Ma mère peut tenter de cacher sa véritable nature, comme elle le fait si souvent pour se protéger, cela ne prend pas avec moi. Tu entends maman? S’il le faut, je déjouerai tous les pièges que tu peux parfois tendre aux inconnus, je franchirai toutes les barrières que tu dresses pour te préserver, mais je t’aimerai, comme tu es. Qu’importent les masques derrière lesquels tu es parfois tentée de te réfugier, je te verrai toujours comme la femme que tu es. Ceux qui te côtoient, te voient sans te connaître, n’ont pas cette chance, et ne l’auront sans doute jamais. Ils n’aperçoivent que le coffre de bois, sans imaginer l’espace d’un instant qu’une pierre précieuse s’y tapit farouchement. C’est pour cela qu’ils te pensent si solide, si courageuse. Tu l’es maman, mais tu n’es pas invincible et la vie n’a que trop éprouvé tes forces. Tu as l’instinct de survie, et tu survies. Mais tu te demandes avec angoisse, et parfois une grande souffrance, si tu pourras un jour comprendre le sens du mot vivre. Parce que l’énergie avec laquelle tu te bats chaque jour n’est pas inépuisable, parce que bien trop de tes espoirs se sont perdus en désillusion, parce que tu mérites tellement plus, parce que l’angoisse ne t’est que trop familière, et pour tant d’autres raisons encore, tu n’es pas cette Francine que les autres croient si forte. Ou plutôt, tu n’es pas seulement ce vaillant petit soldat qui se défend autant qu’il le peut contre un monde toujours plus cruel, et qui ne t’épargne rien. Tu es aussi quelqu’un de sensible; une femme qui n’ose plus rêver, un être dépassé par de si nombreuses difficultés, des difficultés qui ne laissent nul répit à cette petite fille qui a grandi trop vite, à cette mère qui doute, et se pense coupable de tous les malheurs du monde. C’est tout cela, et davantage encore, ma mère. Personne n’avait à ma connaissance contenu autant de force et de sensibilité à la fois. Je me suis souvent dit que cette femme était la parfait définition de l’humanité. Mes mots se confondent pour exprimer toute l’admiration que je lui porte. Je n’ai pas pour ambition de la flatter, cette femme frémit à la pensée seule qu’elle puisse servir de modèle. C’est là un simple témoignage de l’estime que je lui porte. Je suis convaincue que si chaque enfant apprenait à découvrir leurs parents, au-delà de leur statuts de parents, ils comprendraient bien mieux que les liens du sang ne sont pas nécessairement ceux du cœur. Et inversement. Ma mère et moi vivons une relation exceptionnelle. La qualifier de fusionnelle serait cependant une grossière erreur. Ce serait simplifier et dégrader toute la complexité de cette relation. Ce que je puis vous dire, c’est que nous sommes dans une symétrie affective parfaite. Je dis bien affective, nous sommes tellement différentes l’une de l’autre… Mais lorsque je perçois l’étincelle d’une souffrance dans son regard, cette souffrance se fait mienne; et réciproquement. Je le confesse, c’est sans doute ce que l’on nomme une liaison dangereuse, car nous sommes capables de nous faire le plus grand bien… comme le plus grand mal.
Et pourtant, je n’échangerais cette relation pour rien au monde. Tant qu’il y aura en moi une once de vie, je lui consacrerai tout mon amour. C’est tout ce que je peux véritablement lui offrir. Alors je prendrai soin de cet amour, avec une bienveillance unique, comme l’on prend soin de tout ce qui est précieux. Je la connais jusqu’au cœur, je lui offre le mien.
Ces quelques mots peuvent paraître bien romantiques, naïfs, ou peut-être même ne semblent-ils pas sincères. Cela m’importe peu. C’est à ma mère que je m’adresse avant vous, et je lui fais serment d’une honnêteté absolue…