billets secs
Posté le 02.03.2008 par orexis
Je t’entends, petit homme, je t’entends.
Je l’entends ton cœur, qui palpite: « ne pars pas ».
Je les vois tes yeux, qui larmoient: « regardes-moi ».
Je la sens cette peau, qui transpire un: « frôles-moi ».
Je l’entends ta bouche, qui me hurle: « embrasses-moi ».
Je les vois tes mains, qui supplient: « caresses-moi ».
Je la sens cette odeur, qui aspire: « respires-moi ».
Je les vois tous ces bras, qui me frappent: « enlaces-moi ».
Et je l’entends ce corps, m’appeler: « rejoins-moi ».
Tu vois, je les entends toutes ces voix. Ces voix que tu me tends, et qui me brûlent lentement. Comme un écho, rassures-toi, je n’y échappe pas, ou pour de faux. Mais il faut que tu te taises.
Je t’en prie, petit homme, cesses tout ce bruit. Offres-moi en souvenir l’éclat seul de ton rire. Apaises-moi de ton silence, et pardonnes mon absence. Elle est finie, cette symphonie qui frôlait la folie. Clos ce concerto qui étouffait nos sanglots. Achevé notre passé qui se clamait de vérité, se réclamait d’espoirs brisés, quand il manquait de nous tuer. Tais ce vacarme.
Et saches que je n’écouterai pas mon âme, elle qui me crie: « réponds ».
Je ne connais que trop la chanson…
Posté le 06.03.2008 par orexis
Pris pour cible, le spectacle de l'indicible
Posté le 04.03.2008 par orexis
Au commissariat, la chaleur n’est pas humaine, mais elle étouffe, et sans gène.
Au commissariat, la douleur n’est pas la reine, mais elle règne, de toute sa haine.
Au commissariat, les hommes ne sont pas fous, et c’est bien le problème.
Et les plaintes s’y déposent, avec broutilles et petites choses, qui s’accumulent, au-dedans des cellules. Et le temps fait son ouvrage, de certains hommes déplient bagages. C’est dépaysant, un commissariat. Ça l’est, et plus encore. Ça prend aux tripes, en corps à corps. Ça donne le tourni, tous ces hommes impunis. C’est dépaysant, oui.
Et pourtant.
Au commissariat, c’est partout comme ailleurs, mais ce n’est pas meilleur; il y manque le bonheur.
Au commissariat, c’est un peu comme chez nous, mais sans les rires, et avec des coups.
Au commissariat, c’est comme un chez soi, mais ce n’est qu’un endroit, traversé d’aléas.
Et les allers se multiplient, sans un détour, sans un sursit. Et les retours, s’ils sont en vie, ces retours… je les attends toujours. C’est effrayant, un commissariat. Ça l’est, mais sans le froid, et d’une violence qui fait débat.
Et pour cause.
Au commissariat, la rage fait loi, mais sans bonne foi, et chacun pour soi.
Au commissariat, on lit les droits, mais d’une voix forte, et qui se brise sans éclats.
Au commissariat, on croise les bras, au nom de l’état, et de haut en bas.
Et chacun apporte sa croix. Croix de fer, crois de bois, peu sont sincères, mais tous y croient. Et les commissaires ne se font pas prier, pour désarmer les prêtres, et déjouer les jauliers. C’est indulgent, un commissariat. Ça l’est, et même trop parfois.
Et pour preuve.
Au commissariat, ça s’insulte, mais sans équivoque, et on lutte, on s’interloque.
Au commissariat, ça sent l’argent sale, mais ça crie au scandale et aux délits fatals.
Au commissariat, ça manque d’aveux, et de mea culpa, mais c’est peut-être mieux, d’ignorer quelques fois.
C’est inquiétant, un commissariat. Ça l’est vraiment, et en trauma. Ça laisse des traces, un peu débiles, mais qui collent à la peau, et touchent dans le mille, le mille feuille des vils défauts. Ça fait douter, cette inhumanité. C’est impossible de ne pas s’identifier, à ces pêcheurs peu condamnés. C’est difficile de s’en bien distinguer. Parce que ce sont des hommes, ces meurtriers.
Et pour de vrai.
Au commissariat, il y a des êtres qui se lavent les mains, parce qu’ils se sentent trop peu humains.
Au commissariat, les toilettes sont débordées, de recueillir tant de déchets, et elles refusent de s’y mouiller.
Au commissariat, l’on répare les dégâts, mais comme l’on peut, et l’on ne peut pas.
C’est écoeurant, un commissariat. Ça l’est, et au sens fort. Parce que ça fait mal, et pire encore. Ça entaille, de le vivre de près. Et dans le détail, c’est juste laid. Ça donne une bonne nausée, rien que d’y assister. C’est un spectacle que l’on conserve à tout jamais, et qui se garde, comme un secret. Et au final, ça fait encore plus mal. Parce que ça fait mal au cœur, et qu’il n’existe pas plus vive douleur.
En tout mal, tout honneur, c’est le sursum corda au commissariat.
Posté le 10.03.2008 par orexis
Posté le 07.04.2008 par orexis
La philosophie telle que je la survis, c’est toute une histoire.
Ce que j’y apprends? Des philosophes. Ce que j’y comprends? Des philosophies. Philosopher? Bon pour les autres. Le moi? Au toi. Le principe? Surtout, ne pas penser par soi-même. La fin? Savoir... Que l’on ne sait rien. Le moyen? Ne pas chercher à savoir, mais à comprendre. L’intérêt? Une banqueroute. La durée? Trop longue. L’envie? Passée. Le besoin? Un manque. Le concept? Avorté. Une idée? L'idéologie. Une morale? Des leçons. L’éthique? Théorique. La métaphysique? Hérétique. La pensée? Préposée. La philosophie? Un philein. La sagesse? Un jour peut-être. Un espoir? Croire.
Des questions?
Posté le 15.03.2008 par orexis
Critiquer la philosophie, c’est vraiment philosopher…
Pascal
« Dans tous les jugements où est pensé le rapport d’un sujet à un prédicat (je ne parle ici que des jugements affirmatifs; il sera facile d’appliquer ensuite aux jugements négatifs ce que j’aurais établi), ce rapport est possible de deux manières. Ou bien le prédicat B appartient au sujet A comme quelque chose déjà contenu (implicitement) dans ce concept A; ou bien B, quoique lié à ce concept A, est entièrement en dehors de lui. Dans le premier cas, je nomme le jugement analytique; je l’appelle synthétique dans le second »…
La sixième lecture fut une erreur. J’y abandonnai mes derniers restes de bonne volonté et n‘en gardai qu‘une mince fierté. Ce n’était pourtant que l’introduction… Ce Kant était décidément bien trop obscure. Pourquoi tant de gros mots?…
Je laissai mon esprit au repos quelques minutes, scrutai l’horizon, qui n’était pas si vaste, allumai une cigarette, en tirai une longue bouffée, et repris.
« Les jugements (affirmatifs) analytiques sont donc ceux dans lesquels l’union du prédicat avec le sujet est pensée par identité »…
« Esthétique », « dialectique transcendantale », « déduction des concepts purs de l’entendement », « de l’amphibolie des concepts de la réflexion résultant de l’usage empirique de l’entendement et de son usage transcendantale »…
Exaspérée, et le livre renfermé, j’observai une nouvelle fois le parc dans lequel j’aimais à méditer. Mais en ce jour, le tout me semblait d’une tristesse absolue. Le ciel ombragé, les fleurs fanées, les arbres nus, les tapis de feuilles au sol, et ce jeune qui s’avançait. Par prudence, ou expérience, je rouvris mon livre, le mis bien en évidence, et simulai une lecture attentive et passionnée. Mais la ruse fut d’un échec parfait, et je me surprise à me répéter, de quelques non, je n’ai plus de cigarettes, désolée, ni le temps pour faire connaissance, navrée. Le jeune reprit sa route sans grande conviction, et je m’autorisai à penser que si je devais un jour prendre la peine d’écrire cinq cents pages comme ce drôle de Kant, j’élirai un sujet vraiment utile, du type de la précarité des jeunes actifs. Mais les philosophes ne sont pas comme nous, songeai-je. Mes pensées au fixe, je décidai de ranger mes petites affaires, irrésolue pourtant à jeter les armes. J’avais l’orgueil tenace. Je retournai tout de même à la bibliothèque rendre Kant, comme pour m’éloigner de ce dangereux psychopathe. Et y laissai mon esprit déverser en moi tout son dégoût pour la philosophie.
« Les philosophes sont tous dérangés. Et font d’étranges priorités. La sagesse en amitié, ils s’évertuent à la pécher, d’une vie inconditionnée. Mais ce n’est qu’un numéro masqué. Leur réalité est plus tachée. Et d‘un babillage à peine voilé. Ils aiment à clamer que la vérité ne peut être découverte, que c’est là l’énigme la plus secrète. Ils la pensent d’une réserve, qui met en quête n’importe quelle verve. Ils la disent dissimulée, et n’osent pas même en discuter. Mais tous espèrent l’avoir trouvée, et tous la veulent personnifiée. Et s’ils peinent à ne rien prétendre, ce n’est que pour mieux nous méprendre. L’hypocrisie en idéal, voilà ce qu’est la philosophie. A la foi inutile et dangereuse. Inutile, parce qu’elle ne résout aucun problème. Et dangereuse... peut-être bien parce qu’elle en crée. Elle fait du penser une arme redoutable, elle est sur tous les fronts, livre une bataille inter minable, sans avoir pourtant choisi son camps. C’est bien là d’ailleurs toute l’absurdité du philosophe. Il s’autodétruit avec la plus grande ferveur. Voyez Descartes s’attacher à déconstruire sa vie entière. Son courage n’est que factice. Il blêmit à la vue de ces lambeaux d’existence, qu’il s’empresse de ressembler, sans grand succès. Et cette misère de Schopenhauer qui exhorte à une conscience critique du monde, et qui en tire pourtant toutes les jouissances possibles. Ces penseurs qui portent le doux nom de philosophes ont tué la philosophie, ou du moins ce qu’elle aurait pu être. A sa place s’est érigé un amour trompeur de la sagesse qui semble bien priver son disciple de son être même. Je n’invente rien, les exemples sont divers. Par goût de la vérité, Nietzsche a perdu la raison, Spinoza ses proches, et Socrate, Bruno et tant d’autres en sont tout simplement morts. Mais l’excellence revient sans doute à ce cher Kant, trop occupé à conceptualiser le monde pour penser à vivre. Et parce qu’ils ne sont pas comme les autres, ces fous liés se prennent pour des surhommes. Épris du piège de leur dite philosophie, qu’il s’agisse de simples imbéciles heureux, ou de pauvres esprits errants, éternels insatisfaits de leur existence, nul n’est épargné, la raison concédée. Lorsque la frénésie du savoir les a gagnés, tous s’élancent aveuglément dans d’infinies théories, plus insensées les unes que les autres. La vanité de certains est si grande qu’ils pensent même jusqu’à détenir la fameuse clé de lecture du monde. D’autres, plus humbles, se laissent cependant bernés par leur sens de l’utopie, et se réjouissent tout autant d’avoir compris. Mais ce que tous n’ont pas compris, c’est que cette vérité qui leur apparaissait, ils l’avaient eux-mêmes posée. Et quelle prétention! Il n’est pas un domaine que les philosophes n’osent convoiter. Ils se mêlent des sciences, comme de l’histoire; s’entretiennent de psychologie avec sociologie; et plus que tout, ces colonisateurs sans scrupules se veulent de fabuleux théologiens. Comme si le mot philosophie ne suffisait pas, ils ont crée la philosophie des sciences, l’épistémologie, la gnoséologie, l’esthétique, l’analytique, la philosophie de l’esprit, ou encore la métaphysique. Sans omettre que ces pseudo disciples de la vérité n’ont de cesse de jouer aux moralisateurs. Interrogez un philosophe sur la nature de ce qu’il fait, et il ne saura que répondre. Car un philosophe ne connaît pas le répondre; il est dominé par ce qu’il nomme l’art du questionnement. Des questions pour tout réponse, il prend un malin plaisir à torturer son esprit, si ce n‘est celui d‘autrui. Malgré ses dires, un philosophe ne se nourrit que de credo, et son seul art est celui de l’autosatisfaction intellectuelle. Qu’en est-il à présent du réel philein sophia? Je ne vois que des systèmes fumeux, des théories assez obscures pour ne pas être comprises, de vaines paroles. Je n’entends que spéculations, antithèses et mensonges. Qu’est-ce que la philosophie? De l’indécis. Qu’est-ce qu’un philosophe? Un polymorphe fini. Et philosopher? Une perte de faits. Discuter sans mot dire, penser sans agir, méditer sans réfléchir, et mourir pour en finir; la philosophie, c’est vraiment du délire… »
Ainsi parla mon esprit, que la philosophie ennuyait profondément.
« Peut-on se mentir à soi-même? » Un étrange soupçon s’empara de ma dissertation. Quelques prémisses d’idées brouillonnées, l’inspiration vint à manquer. La philosophie, c’est comme la vie, plus tu réfléchis, et moins t’as compris. J’avais entendu cette phrase dans une série tv et la trouvais joliment vraie. Mais mon sujet inachevé, il me fallu y penser. Un verre de soda allégé et une cigarette bien tassée m’aideraient sans doute à activer mes neurones…
Une heure plus tard, je me sentais libérée. Mon écrit prenait forme et je doutais.
Un an plus tard, je me sentais propulsée. Ma première année en licence de philosophie se déroulait sans encombre, et je ne songeais plus qu’à la seconde. J’avais compris ma vérité, celle-là même qu’il me fallait pensée. J’avais saisi, mon procédé. Et avoué, d’un bon mal gré, que malgré tous ses torts, la philosophie m’avait gagnée, et sans trop d’efforts…