billetterie
Posté le 21.03.2008 par orexis
Début. Voici le début qui s’avance. Lentement, avec prudence, il s’annonce, et se pense. Ses cinq lettres le dévisagent, sagement posées, dans cet ordre convenu, et elles attendent. Quoi, je ne saurais le dire; mais il y a un peu de circonstance. Le début le sait aussi, et il reste là, à l’arrêt, sans émoi, tout en sursit.
Et voici le temps qui passe. Il n’est pas seul. Il ne l’est jamais. Je lui vois pour compagnie, des secondes, des minutes et des heures qui s’enfuient. Une seconde se multiplie, une minute se décuple et ce sont des heures qui se présentent. Elles rient gaiement. Mais le temps pleure. Il veut être seul, ne supporte plus ces folles amies. Il me frôle furtivement, mais je le sens plein de ressentiment. Je tente de lui expliquer, que ce n’est pas moi mais ma société. Je tente de le lui dire, à ce temps qui veut me bannir, que je n’ai rien décidé. Que je ne lui souhaite qu’une douce paix. Et que, si je le pouvais, il serait seul à tout jamais. Mais le temps n’entend pas, et s’enfuit.
Suite. La suite, je ne la connais pas. Mais je sais son importance, l’importance d’être là. Je la remercie d’ailleurs, la suite, et elle, elle me sourit. Elle cherche le début, s’assure que c’est bien lui et le délivre de son ennui. La suite est jolie. Difficile à prononcer, je me la garde en pensée, mais c’est fou ce qu’elle me plaît. Elle est un peu folle aussi. Mais c’est une si douce folie, que je la lui pardonne. La suite bafouille un peu, et j’en suis bien malheureux. Mais elle a de cette pudeur, qui la fait se cacher, comme trembler de peur. Elle n’aime pas se dévoiler, elle préfère qu’on la devine, derrière son masque de beauté. Je le lui accorde et la laisse ainsi, son s et son e m’indiquant son chemin de vie. Je la suis.
Commencer. Ceci dit, le commencer fait son entrée. Il attarde le début, et le voilà bien disparu. Il embrasse la suite, et tous deux se confondent, tant que je ne les distingue plus. Ils ont du talent, le talent d’un élan. Ils m’entendent, s’en réjouissent. Et d’un simple merci, ils me laissent la parole.
La parole. Je la prends mais tout doucement. Je ne veux pas la gâcher, la salir ou la blesser. Alors je reste prudent et ne m’en sers qu’à bon escient. D’un vif éclat langagier, elle m’illumine de vraisemblance, et en nourrit de joie mes sens. Mais je la sais plus alertée. Alors, d’une révérence, je la prie de me conter, ce qu’elle recèle de vérités. Je crois bien qu’elle a pitié, et d’une forte complaisance, elle met un mot à ma portée.
La réalité. La réalité, je n’ai que ce mot pour matière à penser. Mais c’est un mot en porte-à-faux, et je ne le sais pas assez. Tout ce que j’ai appris à son sujet, est qu’il est beau joueur…et m’a gagnée. Si j’en connaissais seulement les règles, je pourrais peut-être m‘en défendre. Mais même cela, il me l’a caché. Sacrée réalité! Combien de fois, d‘ailleurs, m‘a-t-elle trompée? Le temps seul le sait et il refuse de discuter. La réalité est plus clémente, elle veut se confier. Mais parce qu’elle est de toute bonté, elle préfère me délaisser, à mon insouciante stupidité. Elle craint tant ma déception, si elle venait à me parler. Je le sens, je le sais. Alors, je lui dis que je le veux tout de même, que je préfère le savoir, et même si c’est un désespoir. Je lui dit encore, que j’en ai la volonté, et que m’importe en rien son effet. Et je lui dis, enfin, qu’elle ne pourra pas m’échapper toute ma vie, qu’elle devrait capituler. Mais elle en rit et se tait.
Le silence. Le silence est apparu et domine à présent. Il est trop fort, le silence. On a tenté, je crois, de le briser, bien des fois. Trop de fois même. Mais c’est un autre débat, le silence s’est imposé. Et je ne peux même plus le contester. Patience.
Patience. La patience m’a délivrée. Ce qu’elle est, je ne le sais, ou si peu que c’en est honteux. Mais je la vis, toujours plus fort. Elle s’est installée, tout contre le silence. Il ne dit mot, mais elle est en attente. Elle sait que, bientôt, viendra la résonance.
Résonance. C’est un mot de trop, mais il est tellement beau. Instance de l’insolence, elle défie le bon sens, mais le guérit d‘apparence. A tous ces signifiants, froids et distants, elle redonne une forme, un esthétisme sans faux-semblants. Elle est la source de ces rimes, de ces échos intentionnés, qui habillent les bonnes idées, qui leur donnent un peu d‘effet. Douce ignorance!
Ignorance. L’ignorance vient à présent. Elle se présente à moi, se balance, me regarde de haut en bas, son i ignoble d‘insistance. Quelle est grande l’ignorance! Vous la connaissez sans doute. On la connaît tous. Elle le sait et s’en flatte. Car c’est un mot de fierté, un mot coupable et de pêché. Mais qui s’en préoccupe en cet instant? C’est un mot que l’on craint tant. On le veut dépassé, comme venu d‘un ancien temps. Et pourtant, c’est un mot du présent… comme de ce futur, le jeune insolent. Mais qui la sait encore cette ignorance? C’est étonnant comme elle se balance… Vers qui, vers quoi se penche-t-elle ainsi? Vers l’erreur, il me semble; vers le faux, il ressemble. Mais vers le savoir aussi.
Savoir. Ce qu’il est chatouilleux ce mot. Même ici, il se rit. Tant et si bien que l’ignorance s’en va. Il la regarde partir, voler en éclat, tout crispé de son sourire, éclatant lui-même de joie. Un mot en chasse un autre, me dit-il. Je veux bien le croire, et lui offre un bon rire. Mais le savoir n’est déjà plus là. Quelque chose l’a effrayé. Quelque chose comme l’espoir.
Espoir. L’espoir est un mot petit et tout ratatiné. Six lettres sur six, il se donne des allures qui me donnent plein de pitié. C’est pourtant un mot divin, depuis quelques éternités. Adulé de tous les saints, ils sont rares à le contester. Certains tout de même osent s’en méfier. Ce n’est pas un mot léger, disent ces éclairés. C’est un mot de consolation, ni plus, ni moins. Et ils vont même plus loin: c’est un mot à oublier. Mais l’espoir a des adeptes qui lui servent de bouclier. Et les attaques se perdent, sans même l’avoir touché. Alors il frime, de toutes ses rimes. Car il rime beaucoup, l’espoir. Il rime de tout. Gouffre du désespoir, mouroir du savoir, l’on en oublie ces rimes, qui le tuent et l’infirment. Mais parce qu’il nous sauve aussi quelques fois de la vie, c’est un mot à pardonner, c’est un mot qui fait rêver.
Rêver. Le rêver s’est éveillé et se révèle aux yeux fermés. Je le vois s’élancer, flotter, virevolter, et bercer de songes rosés quelques mots abandonnés. Il est doux ce mot: rêver. Il retire son chapeau et me conte ses histoires émerveillées. Il me charme et je m’y plais. Mais je le vois s’évaporer, dans un brouillard de débris lactés. C’est Perrette qui vient le chasser. Je le lui refuse et m’empare du rêver. Et nous fuyons, sans jamais nous retourner. Où? Je ne sais. Mais j‘entends partout les mots du rêver…
Posté le 03.03.2008 par orexis
Ici, il fait froid. Froid comme en hiver, lorsque le vent se libère, et renverse un peu d’eau sur terre.
Ici, il fait sombre. Sombre comme une nuit, à demie teintée, tout à fait tapie, et qui se cache derrière le ciel, et qui nous donne des envies d’ailes.
Ici, il fait triste. Triste comme une journée où rien ne semble vouloir aller, où tout est vide et condamné, où même le temps s’est arrêté.
Et c’est ici que tremble une vie.
Oui, elle tremble. Comme une feuille, comme une pucelle, comme à l’annonce d’une nouvelle. Oui, elle tremble, et si elle s’agite ainsi, ce n’est que pour rester ici.
Ici, où il fait gris. Gris comme quand le noir veut être blanchi, comme quand l’espoir reste indécis.
Ici, où il fait trouble. Trouble comme au théâtre, quand les acteurs ont le beau rôle, et veulent jouer à être drôles.
Ici, où il fait peur. Peur comme au jeu des sept douleurs, comme quand l’angoisse se crispe en pleurs.
Et c’est ici qu‘un corps survit.
Oui, il survit. Comme un enfant, comme un soldat, et comme tous ceux qui ne comprennent pas. Oui, il survit, parce qu’il refuse de faire comme si.
Ici et là, c’est comme ailleurs. Un hôpital, votre demeure. Un peu de mal, un grand bonheur. D’ici à là-bas, il n’y a qu’un pas. Mais c’est un peu que l’on n’ose pas. C’est pourtant peu, un pas à pas. C’est comme un instant, ça ne se refuse pas.
Ici et là, c’est un peu comme vous et moi. Je vous écris, vous m’ignorez. Eux ils s’écrient, et on les tait. Alors ils se répètent, comme des échos, comme un peut-être. Peut-être qu’enfin, vous suivrez le chemin. Peut-être qu’enfin vous ne serez plus si loin.
Ils vous attendent, de tous leurs cœurs. Ils vous espèrent, comme une lueur. Vous ne venez pas. Et ils se meurent.
Comme un sourire, osez. Donnez. Sauvez.
Et comme un rire, vous entendrez.
Posté le 03.03.2008 par orexis
Sa première ride, elle l’obtint de son premier amour, un jeune homme frais et élégant, digne de tout protocole, même les plus aberrants. Il l’avait courtisée de longs mois durant, elle lui avait cédé sans trop d’arguments; mais quelques bons gros baisers déposés baveusement avaient suffit à effrayer le dandy galant.
La seconde, elle l’hérita de sa maman. Une jolie petite patte d’oie toute écaillée de plis riants, et accompagnée parfois d’un regard mouillé car pétillant. De ses trois menues branches toutes pleines de gaieté, dansait la réminiscence de son enfance bien-aimée.
Sa troisième ride était apparue sournoisement, à l’oraison d’une mère disparue violemment.
Juste au-dessus de sa bouche et de sa lèvre supérieure, l’on peut admirer une ride verticale, un peu élargie, tout autant que bancale. Cette ride, elle s’en souvient comme si c’était hier; elle s’était imposée tout d’un coup de son père. Elle en avait saigné, et conservé un goût amer. Sa bouche immobilisée par cette faille mystère, elle en avait longtemps gardé la douleur d’un silence peu fier. Mais cette cicatrice lui rappelant chaque jour combien elle en avait souffert, ce fut elle qui finalement la décida la première à prendre le risque vaillant de ne jamais plus se taire.
Au coin de cette bouche, il y a comme une ligne, qui étire tous ses sourires d’une grimace longiligne. Cette ride, c’est celle d’une enfant, enfant terrible, qui refusa de grandir souvent, tant la vie lui était pénible. Mais parce que le temps est tout sauf un insensible, et ne peut résister éternellement aux pleurs des petites filles, il lui offrit de bons moments et la promesse d’un avenir docile. S’y ajouta une ride, à tout jamais indélébile, comme pour sceller ce pacte, du temps des contrats civils. La dame bon enfant concéda alors au temps, comme on le cède aux meilleurs amants, le sacrifice de sa virginité et des premiers âges innocents.
Sur son front haut et plat, se dressent quelques vaguelettes, une, deux, trois, -peut-être même sept-, qui s’amusent à disparaître avant que de s’y remettre. Si l’on observe assez longtemps ces petites vagues qui se superposent, l’on pourra saisir clairement le pourquoi de leurs pauses. C’est que ces vagues sont à l’image de son âme, soumises aux aléas qui toujours nous désarment. La marrée basse et le corps au repos, elles dédaignent s’acquitter du front plateau, mais lorsque le cœur est épris d’assaut, les vagues y reviennent en houleux bordereaux. Le tout forme un spectacle quelque peu curieux, mais dont la mise en scène séduira les courageux.
Une ride en invitant une seconde, l’on peut apercevoir, dissimulée par une mèche blonde, un paquet de rides immondes. Ce pack de spectres, madame le doit à un homme, et à la somme de bien d’autres, comme à tout autant d’amants qui surent la prendre en faute.
Ses mains s’en souviennent aussi, de ces visiteurs de la nuit. Deux courtes mains, froissées et jaunies, mais desquelles la chiromancie révèlera quelques lignes arrondies, symboles de ces courbes voluptueuses dont elle combla nombre de lits.
En vérité, c’est tout son corps qui garde la trace de ces instants, de ces longues heures à rêvasser, comme de ces troubles trop peu latents, de ces nuits pimpantes et électrisées, aux aurores réenchantées, sans oublier leurs passagers, trop généreux pour être galants.
Ce portrait vous déplaît? Il n’est pourtant pas laid. Qu’on se l’accorde, et c’est certain, c’est un portrait qui n’épargne rien, n’est fait que de dessins, débauches de rides innombrables, ébauches de traits mémorables, mais le tout est formidable. Formidable de sincérité, criant de vérités, d’un réalisme de toutes les façons, du plus sordide au plus profond, c’est le portrait d’une dame vieillie, qui a supporté toutes les péripéties, et qui en reste marquée, marquée à vie. N’est-ce pas joli? Voilà mon avis.
L’on pourra recourir aux techniques les plus modernes, l’on pourra s’injecter toutes sortes de crèmes, l’on pourra se saigner, jusqu’à l’os, l’épiderme, l’on n’en sera pas plus guéris, mais simplement moins aguerris. Il restera des traces, du vivant qui trépasse, il restera des rides, en signes de survie, il restera le temps, et les preuves qu’il s’enfuit.
Autant de cicatrices, qui rendent la vie un peu moins lisse.
Autant d’infinis traits, qui la rendent toujours plus gaie.
C’est de la nature, ni plus, ni moins. Qu’elle nous jette en pâture, c’est là notre destin. Et si en matière d’esthétique, vous la voulez plus sophistique, nul besoin d’un magicien, il suffit d’être malins.
Pour masquer les rides buccales, souriez à l’agréable.
Pour atténuer les rides du lion, rugissez à tout de bon.
Pour éviter les rides de fatigue, succombez au sommeil prodigue.
Et pour vous épargner la peine d’une quelque traçabilité humaine, osez vous accepter tels que vous êtes: une chose, un être, périssable certes, mais admirable voire parfaite, car pétrie d’une pâte qui ne saurait être mieux faite. Et si à l’annonce de cette vérité, vous vous sentez vieux et ridé, n’en oubliez pas d’être plus heureux, et d’en remercier le passé.
Alors qu’importe la chirurgie, et ses prodiges d’anesthésie, le vrai miracle, c’est celui de la vie, et de toutes ses mises en pli…
Posté le 03.03.2008 par orexis
Cent cinquante euros.
C’est la somme qui manquait.
Une somme qu’elle avait cachée, ce matin même, à peine levée, dans une enveloppe cachetée.
Cent cinquante euros. Il est midi, l’après manger, et l’enveloppe est vide. Vidée.
Par qui? Et pourquoi?
Elle pensa à ses enfants, âgés de treize et vingt ans. Lequel des deux avait osé? Les deux peut être, les deux pourquoi pas. Elle se décida finalement et opta pour sa fille.
Elle seule connaissait la cachette, savait pour les enveloppes secrètes. C’était donc elle la coupable. Elémentaire. Mais minable.
Elle alla la trouver, dans sa chambre, enfermée. Elle lui cria sa découverte, la porte ouverte, les yeux chargés. Elle était démasquée. Mais sa fille ne put que récuser. S’ensuit une explosion de pleurs, d’accusations, et de vide coeur. Mais les aveux toujours manquaient. Elle vida ses sacs, fouilla ses papiers, n’y dénicha rien, mais n‘osa pas douter.
Cent cinquante euros.
Elle songea à son fils. Adolescent et rusé, il avait tout du parfait suspect. Tout? Ou presque. Car il était aussi, surtout, d’une douce générosité. Mais elle n’en fit pas cas et se laissa y repenser.
Sa fille pourtant avait compris, que c’était elle que sa mère visait. Présumée coupable, comme se défendre, comment s’expliquer? Elle y renonça et la laissa divaguer.
Car ce qu’elle savait aussi, c’est que cette colère sans détour, ce n’était pas qu’un désamour. C’était une crise, une peur voilée.
L’argent manquait.
Cent cinquante euros.
Le loyer, l’électricité, toutes ces charges qu’il fallait régler, seraient encore des impayés? D’y penser, elle en tremblait. C’était une somme, des cents sacrés. C’était jusqu’un luxe, à dire vrai. C’était une nécessité, tous les comptes faits. Alors, elle lui pardonna, avant même de l’excuser.
Mais sa mère ne le sut pas, trop occupée.
Des cris, des larmes et peu de pensées. Une angoisse insoutenable et des craintes enflammées.
Elle assistait à son procès, sans droit de réponse, sans se plaider.
Cent cinquante euros.
C’était à trois cents près, un mois de travail congés prépayés, une semaine seule pour le dépenser, et quelques enveloppes renfermées. Tout était prévu, bien enveloppé. Et tout avait disparu, comme par prédestinée. La quatrième semaine s’était faite envolée. La fin du mois serait encore mal aisée. Pour la sixième année.
Six ans, oui, de fins de mois inachevées. Que dire de plus? Ceux qui sont en manque connaissent ce fléau. Le fléau d‘un euro qui s‘enfuit, d’un argent abonné absent, et d’économies à n’importe quel prix. Six ans de luttes et de conflits, d’échappée cruelles à l’infini, pour s’assurer…une survie.
Cent cinquante euros. Elle tenta de les rattraper, en fit des rêves les plus insensés, s’imaginant des enveloppes cachetées, recelant mille billets, et le sourire de ce banquier qu’elle voyait trop souvent pleurer. Elle rêva ainsi toutes les nuits. Mais à chaque réalité, la douce enveloppe restait vidée.
Des cris essoufflés, des vies désarmées. Et un mensonge pour seule idée.
Ce qu’elle avait appris de ces années? A ne jamais raisonner. Son instinct seul l‘avait sauvée. Son instinct seul la conserverait. Et ce fut par instinct, que sa fille fut condamnée.
Cruelle erreur, en vérité. Cruelle erreur, à méditer.
Cent cinquante euros. Ce fut, à trois cents près, la somme exacte d’une confiance égarée. Cent cinquante euros, et un peu d’amour pour pardonner
Posté le 02.03.2008 par orexis
Des socquettes bigarrées effeuillent ses jambes croisées, un short petit et écolier, une chemise timidement boutonnée, et un bracelet à perles engrossées, achèveraient de vous la décrire. Mais laissez-moi y ajouter ce malicieux sourire, aux fossettes pudiques, qui borde ses lèvres prêtes à rougir. Et ce regard profondément léger, qui n’a d’yeux que pour le ciel, et son soleil en point de mire…
J’en ai fini. Vous pouvez la contempler…
Mais je crois vous deviner. La fillette vous intrigue? C’est qu’elle n’est pas petite fille, mais d’un âge avancé. Et prodigue, qui plus est. Du plus, c’est très exactement ce qui la distingue. Et je dirais même plus, c’est en cet endroit qu’il y a originalité. Ici même, à son sujet. Elle n’est pas comme les autres. Elle est plus. Non, cette phrase se donne en pitié. Personne n’est comme les autres, personne ne l’est tout à fait. Les autres, d’ailleurs, qu’est-ce que cela signifie, sinon un non-sens, plus qu’un non-dit? Il n’y a que des chacuns, en ce monde. Des chacuns de nous, et des différents qui abondent.
Mais la coquette que je vous ai découverte est plus encore. Bien plus. Son plus à elle, est sans pareil. La sorte de plus qui fait toute la différence, un plus que tout, plus qu’une nuance. Faut-il que je vous le livre, que je l’écrive?… Bien vous a pris. Une mutinerie. C’est elle, sa différence, son particulier, sa spécificité, qu’importe les noms que l’on sied lui donner, je pense avoir émis l’idée. La petite femme est une mutine. Et tout est dit. En une ligne. Vous m’en réclamez d’autres? Vous m’épuiserez, lecteurs insatisfaits. Voyons, par quelle ruse vais-je parvenir à vous la définir, cette mutinerie qui fait écrire?
Voyez-vous, ces fossettes? Ce sourire en coin? Ce regard rêveur? Ce shorty coquin? Ces chaussettes infantiles? Et son air d’évangile? Quelle est donc cette expression, qui me cause tant d’ablutions? J’y suis. L’on lui donnerait le bon dieu sans confessions. Le joli cantique, si joli qu’il m’irrite. Ne vous y fiez pas, ou vous prendrez l’enfer pour au-delà. La mutine, c’est précisément cela: l’innocence par apparence, et les pêchés pour saintes pensées. Et ma mutine est bien pensive, à la limite de l’évasive.
L’évasive, c’est encore tout autre chose. L’évasive, c’est l’espèce des femmes qui, à trop penser, s’y sont parfaitement égarées. Ou évadées, je vous laisse juger.
La mutine, elle, est plus réelle. Elle sait conserver sa complète lucidité, et n’en reste que plus avisée. C’est à cela même qu’on le lui reconnaît, ce petit plus dont je vous entretenais. Il me paraît l’avoir quitté exagérément, ce plus dont je me souciais tant. Me serais-je donc égarée? Tâchons de nous y arrêter un moment. C’est un fort supplément, que ce petit plus de mutinerie. C’est un supplément de sagesse, comme d’envie. C’est le supplément des indécis, qui prennent au temps celui de prendre parti. C’est l’avantage des savants doux, des hommes qui ne ragent que d’être fous. C’est un ajout, mais d’un ajout qui renverse tout. Etes-vous encore dans le flou? Je vais tenter de vous en sortir, mais il vous faudra me lire… Un effort, je vous en conjure, et tout prendra allure…
D‘une allure aussi fine que celle de ma mutine. Elle a du corps, la scélérat, et des arrondis qui pointent ici et là. Elle est gourmande, ne s’en prive pas, et ne fonctionne à plein régime qu’aux temps de repas. Elle ne s’abstient de rien, ni du trop, ni du moins, et elle s’engouffre, toutes sortes de bouffes. Des bouffées de bonheur, qu’elle embouche avec ardeur. Elle simule l’ascétisme, entre deux gargarismes. Et elle y tient, à ce semblant de maintient. C’est qu’elle nous mangerait bien crus, si on la mettait à nu! Elle se veut parfaite, et jolie conseillère. En prise aux têtes, elle nous prévient de tout dessert. Et on la croit, gentils naïfs que nous sommes. L’on s’interdit, l’on se raisonne. Et on la suit, sa voix de bonne. La curieuse amie, que celle-ci! Elle nous ment, à nos dépends. Elle nous charme, comme nous condamne, nous dit coupable, juge impalpable. Elle est insensée de pitié, et n’excuse qu’au grand jamais. Aux plus sensibles des âmes, elle affabule, mais les désarme. Elle les poursuit, a tout instant; comme par acquis, elle les surprend. La mutine est assassine. Et elle mine. On la pense juste, et droite. On la veut fiable, et vertueuse. On la prend en modèle, on la dépeint radieuse. Mais elle est joueuse, et fine tricheuse. Cessons de nous y méprendre, il suffit de la comprendre. Saisissons la mutine, et son plus ne sera plus. Égarons-la, sans nulle retenue. Captons sa malice, et épanchons nos vices. Ne lui donnons crédit qu’en cas de tort, en cas de vie. Accordons-nous ces doux plaisirs, dont elle dit nous guérir. Nul besoin de ses préceptes pour être honnête. Nul besoin de sa raison pour être bon. Et si elle ronge, s’impose un songe. Rêvons, et nous la fâcherons. Abandonnons la mutine à nos nuits coquines. Préférons-lui Morphée et ses chimères de vérités. La mutine n’y résistera pas, l’inconscient la foudroie. L’inconscient, c’est son coup d’état.
Il me fallait vous la décrire, il me faut finir.
Mais j’ai omis de vous la nommer, la mutine affectée…
Son nom est conscience, et sa fonction, le bon sens.
Et je n’omettrai pas de vous mettre en garde, de vous en prévenir une dernière fois…
La mutine rit. Elle se rit de nous, et en moquerie. Mais elle est vulnérable, la jolie fable. Quelques rêves en folie, et la malheureuse s’anéantit….
Posté le 03.03.2008 par orexis
La première fois qu’il la vit, il se mit à trembler.
De tout son cœur, de tout son être, il vibrait. Un homme ne vibre pas, pourtant, lui avait-on murmuré. Cela est dit, cela est pensé.
Mais une femme s’y était opposée.
Et quelle femme! Elle était si jolie, il l’aurait épousée. Lui, l’indomptable, l’indompté, il aurait mis un pied à terre pour oser l’apprivoiser.
Mais cette femme s’y était opposée.
Il osa l'observer. D’un peu plus loin, d’un peu plus près, il l’observait. Il aurait pu y passer des heures, et des jours, comme des années. Il aurait pu y sacrifier sa vie, sans jamais hésiter.
Mais cette femme s’y était opposée.
Il n’en dormit plus, de peur d’en rêver. Il ne mangea pas plus, le coeur trop écoeuré. Il aurait pu rester ainsi un bon moment, le corps abandonné, à un esprit patient mais acharné.
Mais cette femme s’y était opposée.
Il quitta son emploi. Il voulait gagner du temps, tout le temps pour aimer. Il devint pauvre, fut expulsé, mais n’éprouva aucun regret. Il aurait pu survivre longtemps, sans société, en simple amant.
Mais cette femme s’y était opposée.
Il lui offrit ce qu’il pouvait. Il n’avait rien, mais lui donnait, tout ce qu’une femme peut espérer. Un peu d’amour pour commencer. Et il aurait voulu la tracer, sur du sable d’éternité, cette route folle et insensée, peuplée de chimères impensées. Mais cette femme s’y était opposée.
Il comprit dès lors, dans un trop plein de lucidité, qu’elle lui serait pour toujours refusée. Le cœur noué de ses songes envolés, il prit conscience qu’il avait tout perdu, le bon sens égaré. Il aurait voulu ne jamais la saisir cette cruelle vérité.
Mais cette femme s’y était opposée.
Et quelle femme! Elle était si jolie, il l’aurait épousée. Pour le meilleur et pour le pire. Sans foi ni loi mais dans ses bras. La promesse d’un instant et pour tous ceux à venir. Jusqu’à ce que la mort les sépare.
Mais cette femme s’y était opposée.
Il se coucha à terre, tout éveillé. Elle, l’indomptable, l’indomptée, elle était devenue sa raison d’exister. Il l’avait voulue, comme une dernière volonté.
Il lui avait offert, tout ce qu’une femme peut espérer.
Il lui offrit une mort, par sa vie consacrée.
Et rien, cette fois, ne vint s’y opposer.
Posté le 03.03.2008 par orexis
Le jour de ses sept ans, elle avait demandé une jolie petite poupée.
Mais pas n’importe laquelle. Elle la voulait tout habillée, en tenue de soirée et légèrement maquillée. Et elle ne voulait qu’elle, elle le savait. Elle lui avait même réservé un petit coin d’intimité, entre le tapis et la cheminée. Elle emménagerai sur son lit. Couchée sur un oreiller plumé, elle aurait pour elle une grande télé, toute pleine de dessins animés, et un charmant petit cercle de peluches pour converser. Oui, elle avait tout prévu, un magnifique sourire en guise de bienvenue.
Mais la poupée ne vint pas.
Le jour de ses sept ans, elle avait commandé un gâteau chocolaté.
Mais pas n’importe lequel. Elle le voulait tout enrobé, en forme d’étoile et soupoudré, de petites boules et billes colorées. Et elle ne voulait que lui, elle le savait. Elle lui avait même réservé deux jours de diète et de légumes congelés. Elle en ferait deux bouchées et demie. Coupé en deux moitiés, il serait avalé tout en entier, ses bonbons roses désincrustés. Oui, elle avait tout prévu, une fourchette féroce en guise de bienvenue.
Mais le gâteau ne vint pas.
Le jour de ses sept ans, elle avait espéré un peu d‘amour.
Mais pas n’importe lequel. Elle le voulait pour elle tout entier, avec des bisous sans compter et de doux bras pour l’enlacer. Et elle ne voulait que lui, elle le savait. Elle lui avait même réservé des merci à l’infini, et une sagesse digne d’une princesse. Embrassée sans réserve, elle serait bien heureuse ainsi, inondée de bons sentiments et de cette tendresse dont on peut jouir enfant. Oui, elle avait tout prévu, de grandes promesses en guise de bienvenue.
Mais l’amour ne vint pas.
Le jour de ses sept ans, son oncle voulu la rencontrer.
Mais pas n’importe comment. Il la voulu toute nue, et étendue, sur ce lit, sans poupée. Il la voulue toute une nuit, une nuit entière, blanchie et mal lunée. Il la voulue toute pour lui, de son corps possédé. Il la voulue en silence, comme pour ne pas l’entendre crier. Il la voulue dans une danse, une danse macabre et endiablée. Et il ne voulait qu’elle, elle le savait. Il lui avait même réservé ses fantasmes inavoués, ses paroles de cruauté, et des fessés à peine levées. Son corps à l’approche, elle avait senti ce quelque chose dans sa poche, et ses balles incrustées. Oui, il avait tout prévu, un secret éjaculé en guise de bienvenue.
Un secret qui revint, toutes les nuits, la hanter.
Des nuits qu’elle ne parvint jamais à pardonner.
Le jour de ses sept ans, elle mit sa vie à l’oublier.
Posté le 03.03.2008 par orexis
Il dort.
Elle entre et il dort. Elle se rassure, elle le rejoint, s’octroie une parcelle de lit, ferme les yeux, et ne pense à rien. Sa tête est posée, ses lèvres closes, et son esprit garde le silence. Mais son cœur bat. Elle ne dormira pas.
Du fond de teint. Elle s’en barbouille une épaisse couche et se dessine une autre bouche. Indispensable, son fond de teint. Elle l’emporte avec elle, dans son sac couleur vermeille et fait claquer ses ballerines jusqu’à la porte de sortie. Elle se retourne. Tout est encore endormi. Alors elle sort, sans bruit.
Un sourire. Elle le force un peu, mais il vient. Elle en offre un à sa collègue, à son patron aussi, à son amie enfin. Et va vite se repoudrer.
Des enfants. Ils l’attendent, à la sortie, comme chaque lundi. Elle les envole à tour de bras, les embrasse une fois, deux fois, et leur sourit. Sans se forcer, juste par envie. Et elle se maquille encore un peu, pour les rendre plus bien heureux.
Un appartement. C’est un appartement assez spacieux, aéré et cotonneux. Les enfants ont leur chambre, la cuisine est petite, mais le salon est grand. Et en bordure il y a aussi, surtout, un petit bout de jardin qui respire de fraîcheur, et fait croître de jolies fleurs. Il fait bon vivre en cet au-dehors; l’air y est doux et léger. Mais à l’intérieur on étouffe.
On étouffe une femme exactement.
Elle se débat, mais ne crie pas. Les enfants dorment, elle ne peut pas. Alors elle met son poing droit dans la bouche. La ruse est bonne, efficace. Les enfants dorment; ils ne se réveilleront pas.
Un café. Une nécessité après une nuit à somnoler. Elle l’agite, le sucre et l’ingurgite. Elle n’aime pas le café.
Un gilet. C’est l’été mais elle se couvre d‘un gilet. Elle en choisit un long et foncé. Elle y ajoute une écharpe, épaisse et brodée.
Du fond de teint. Encore, encore un peu et un peu plus. Il faudra en racheter.
Une voiture. Les transports, trop communs. Une voiture, c’est plus sain. Celle-là est couleur or, rayée de quelques bosses, mais d‘un éclat à perte de vue. Aucune autre ne lui ressemble. Elle rayonne et on l’en remercie, on la chouchoute, on la guérit. Peu ont cette chance.
Les enfants. Ils jouent tendrement. Ils se disputent aussi. Mais ils s’aiment et ça leur suffit.
Une porte. Elle s’ouvre et le laisse entrer. La peur en profite, elle s’engouffre et la fait crier. La porte craque, elle se brise.
Comme son poignet.
Un bandage. Sous son gilet, il colle à son bras mais dissimule le poignet.
Une excuse.
L’escalier. Ce sera lui, cette fois, qui l‘aura renversée. Une marche de trop. Quelle étourdie elle fait!
Des talons hauts, bien hauts. Et elle retrouve un semblant d’équilibre.
Du fond de teint. Et du rouge à lèvres aussi. Couleur sang.
Comme celui qui coule sur sa joue démaquillée.
Ses enfants. Ce qu’ils l’aiment leur maman! Elle les serre aussi fort qu’elle le peut, et les couvre de baisers. Elle se sent bien ainsi, enlacée de ces petits êtres pleins de gaieté.
Du parfum. Un léger souffle de féminité. Elle en distille quelques gouttes, sur son cou, sur sa nuque, et son bandage.
De l’aspirine. Pour taire ce bruit de fond qui encombre son esprit. Elle en prend quelques milligrammes. Et son esprit se tait.
Elle aussi. Le silence lui encercle la gorge. Aucun son ne peut sortir, le foulard les emprisonne. Alors, elle reste ainsi, muette d‘agonie.
Un yaourt. C’est tout ce qu’elle pourra avaler. Son estomac reste sur sa faim mais son angine refuse. Elle s’accorde un peu d’eau et un café, bien serré.
Un sourire. Il est difficile aujourd’hui.
Un rire. Celui de ses enfants, et de leur naïveté.
Du travail. Elle s’y met, sans trop d’enthousiasme. Mais il le faut, et elle le fait. Les dossiers sont empilés, triés et prêts. Ils s’impatientent; elle s’y remet.
Un plat. Elle le sauce, et le pimente. Elle plie le linge, le range. Elle chasse la poussière, y dépense sa colère. Et refait le lit.
Il se défait, lorsqu’il la pousse sur le matelas. Le sommier vole en éclat, les lattes n’y résistent pas, la table de nuit tombe en fracas. Il froisse les draps.
Des bouteilles. De bonnes bouteilles de vin, qui s’entrechoquent dans la cuisine. Elles sont vides.
Des mouchoirs. Quelques-uns, juste ce qu’il faut, pour éponger les eux salées de ses sanglots.
Une cigarette. Elle pique légèrement. Mais qu’importe. Elle vide le paquet, jette le briquet et s’enfume. Une dernière fois, juste une dernière fois.
Et un cœur. Qui ne bat plus. Et jamais plus ne battra.
Ce soir, enfin, elle dormira.
Posté le 03.03.2008 par orexis
Un, deux, trois.
Et le regard se fait plus froid.
Quatre, cinq, six.
Et son iris doucement se plisse.
Sept et des poussières.
Ici la vie est un enfer.
Huit, neuf, dix.
Vers l‘au-dehors, son corps le hisse.
Dix, onze, douze.
A la recherche d’une piquouze.
Treize et des poussières.
Ce soir la nuit fait sa prière.
Un, deux, trois.
Et il se pique le long du bras.
Quatre, cinq, six.
Et fait danser ses cicatrices.
Sept et des poussières.
Son cœur balance sous ses paupières.
Onze, douze, treize.
Il plonge dans un sommeil de trêve.
Quatorze, quinze, seize.
Il n’a de vie que dans ses rêves.
Dix-sept et des poussières.
Dans son esprit, peu de lumière.
Un, deux, trois.
Et la seringue vole en éclats.
Quatre, cinq, six.
Sur le trottoir ses pas se glissent.
Sept et des poussières.
Et dans sa bouche un goût amer.
Cinq, quatre, trois.
Et tout son corps se fait plus froid.
Trois, deux, un.
Et peu à peu sa peau déteint.
Zéro et quelques cendres.
Des funérailles à s‘y méprendre.
Posté le 10.04.2008 par orexis
Point final. Un point s’impose à présent.
Mais pas n’importe lequel. Il s’agit du point final, le point ultime et terminal. Il ne manquait plus que lui, pour clore mon écrit. Mais il met du temps à venir, tant que c’en est troublant. Je l’attends sans mot dire, ne lui formule qu’un beau sourire, mais ce qu’il est lent! Je le presse doucement, mais le vois frémir. Il semble fuir. Je l’interroge, le questionne sans relâche. Il s’y déroge, et me pointe une, deux, trois taches. Ce sont les trois petits points, ces petits points en suspension auxquels on ne prête que si peu d’attention. Ils veulent que je les prenne, que je les glisse, que je les sème. Le point final est indulgent, et y consent. Mais je ne le suis pas, et m’y oppose fermement. Alors les trois petits points me font une drôle de danse, me suppliant de leur laisser une chance. Mais je le leur dis, à ces folies, que je le veux unique mon point, ni plus, ni moins. En vain. Et je commence à voir triple, mon point final les a rejoint. Je ferme les yeux, mais pour les rouvrir malheureux. Le point final a disparu. Les trois petits points sont des têtus. Ils l’ont pris en otage, et ne me demandent en rançon, qu’un petit bout de ma page, un bout de conclusion. Je m’y oppose une fois encore, ils résistent et me font tort. Alors j’insiste un peu plus fort, mais leur silence est sec et d’or. Ils se confient enfin, et me confesse qui les retient. C’est la fin. Ils ne l’aiment pas beaucoup, celle-là. Pis, ils ne la supportent pas. Oui, ils ne supportent pas les fins d’histoire, et se refusent à y croire. Mais ils arrivent un peu tard; le recueil est achevé, et c’est ainsi qu’il me plaît. Le point final a de la pitié pour ses confrères, il se décline à me faire taire. Et moi, je ne sais plus que faire. Les trois petits points en profitent et tentent leurs arguments. Le premier m’offre la raison, le second, un plein de frissons, et le dernier, l’inspiration. J’y suis sensible, mais m’en défends. Ils ne pourront pas m’accompagner éternellement. Il faudra bien que je m’en sépare. Mais ils me contestent, les orgueilleux. Ils repoussent mes adieux, et m’en propose un au revoir. Pourquoi mettre fin à ce qui n’est qu’un début? Les trois petits points sont des malins; ils m’ont entendue. Et ils reprennent leur danse triplée, me projetant, en déhanchés, diverses ébauches de feuilles scribées. Ils me donnent en espoir de prochaines jolies histoires. Ils me les laissent entrevoir, et j’y perçois un savoir. C’est le savoir-faire, celui que l’on nomme art. L’art de conter, mes rêves de réalités. Ils me flattent avec fierté, et me soumettent quelques feuillets. Ils y ajoutent une légère plume, et mes doux rêves vivement s’embrument. D'accord, je m’y complais, de mes vilains feuillets. Et les trois petits points vont se poser, m’ordonnant de composer…