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orexis
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Un petit bout d'univers, quelques pensées folles et dingues, et une touche de philosophie...
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01.03.2008
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02.05.2008
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Egaré

Posté le 06.03.2008 par orexis

Les philosophes, pour beaucoup, se sont donnés pour mission la difficile explication des phénomènes qui transparaissent en et à travers le monde sensible, ce monde aux alentours dont nous sommes tout autant les spectateurs que les acteurs dévoués. C’est la tâche qu’ils s’assignent. Ou assassinent. Oui, j’ose le jeu de mots, tant il me parait à propos. S’il me fallait détailler, je dirais que ces hommes se sont attribués là un dessein qui risque fort bien de les dérouter, ou exporter, hors du droit chemin. Quel est donc ce chemin, auquel je confie tant de droiture? J’y viens. Ces philosophes, ceux dont je vous préoccupe, présupposent que tout ce qui s’expose à nous, êtres humains, et qu’ils nomment phénomènes, recèlent de certaines propriétés, qui pourraient à leur tour receler quelque chose de la vérité. Recéler n’est certes pas le terme qu’ils emploieraient, mais je le pense de bon fond. Car ces phénomènes ne se dévoilent pas évidemment d’eux-mêmes; s’il est admis que certaines de leurs propriétés sont apparentes, d’autres font preuve de davantage de discrétion, et requiert un peu plus encore de curiosité, voire d’intuition. Ceci dit, il reste que les philosophes de cette espèce abordent leurs objets avec la ferme intention d’en découvrir les secrets, et de parvenir ainsi à une connaissance plus explicite de leur nature. Leur entreprise me semble tout à fait louable, et je ne me risquerais pas à la perturber. Cependant, je ne peux m’empêcher de me demander s’il n’y a pas là un danger qui, quoique vraisemblablement mince, pourrait avoir de fâcheuses conséquences. Ce danger qui se présente à mon sens, que j’espère bon, est d’ordre méthodologique; c’est un problème de cheminement. S’il me fallait vous l’imaginer, j’en reviendrais à cette image qui me plaît tant, l’image de ce chemin, droit et stricte, que nous sommes tous, je le suppose, tentés d’emprunter un jour, quelque soit la voie par laquelle nous y sommes conduits. C’est une image qui me plaît à l’infini, -et il y a nulle perte à afficher ses préférences-, parce qu’elle résume plutôt bien l’idée qui me taquine depuis de certaines lectures épistémologiques. J’y vois donc un chemin, toujours le même, mais ouvert, ou partagé, à une multitude de petites routes éparpillées, comme à tout autant d’issues possibles. Chaque promeneur est tenté ainsi de s’écarter du principal chemin, certains par erreur, ou naïveté, et sans en être réellement conscients; et d’autres tout à fait volontairement. Les premiers pensent bien faire, tandis qu’ils se trompent; les seconds s’égarent délibérément, trop faibles pour parachever leur routine. Les égarés me semblent peu blâmables, d’abord parce que nullement coupables, et ensuite parce que je garde en espoir l’idée qu’un temps viendra où leurs erreurs seront compensées. Il m’est difficile de concevoir qu’une erreur de telle sorte puisse être parfaitement irrémédiable et ne se donne jamais à contempler comme la promesse d’une connaissance prochaine. Mais en ce qui concerne les promeneurs déserteurs, je ne saurais leur concéder autant d’indulgence, et s’il m’était donnée la possibilité d’avoir à en juger, je ne pourrais que les plaindre, sans pouvoir pourtant les innocenter. Reste une troisième possibilité, et sans doute l’aurez-vous deviner, que je nommerais, simplement par effet de style, la voie du succès. Les quelques rares qui s’y aventurent méritent, je le pense très sincèrement, une estime des plus considérées. Mais ce ne sont pas de ces fins pèlerins dont j’éprouve en cet instant l’envie irrésistible de vous entretenir. Ceux-là sont voués à suivre toujours la route du bonheur, et nous n’avons guère de souci à leur consacrer. Mais les promeneurs du second type, déserteurs avérés, n’y échapperont pas. Que sont donc ces hommes-là? Il s’agit plus exactement des hommes qui choisissent la solution de facilité. C’est le fait des hommes trop peu alertés et qui, occupés seuls de leur bien-être, ne distinguent pas bien les raisons pour lesquelles ils auraient intérêt à tracer leur route, et qui, très certainement, ne résistent pas aux obstacles. Ceux-là sont de toute évidence, et une dissertation sur le sujet ne ferait que le confirmer, dans l’erreur la plus obscure. Et c’est, je pense, ce pourquoi les déserteurs rejoindront, au matin ou au soir, la terre des égarés et de leurs erreurs révélées. Terre de l’inconnue, qui donne tant matière à penser. Il me fallait y rêver un peu. Mais s’il me fallait, enfin, argumenter, avec davantage de rigueur et comme il plait aux professeurs, je raisonnerais à présent au sujet de ces égarés, d’une pourtant si douce volonté. Avez-vous gardé en mémoire ce que je confiais penser des philosophes en danger? C’est que ces philosophes me semblent, précisément, de potentiels égarés. Et puisque je ne trouve pas meilleurs argument que les idées, je vais tenter de le prouver.
Ces philosophes, donc, présument pouvoir découvrir la vérité des phénomènes sensibles, soit, en somme, de toute chose, en les expliquant. C’est ainsi, du moins, que je résumerais leur volonté. Mais il y a là un point qui m’échappe: expliquer une chose, est-ce, véritablement, le moyen le plus adapté de la connaître? J’entends bien que ces philosophes prévoient de comprendre la chose dite, bien avant que d’en proposer une explication. Mais cette étape reste indissociable de son terminal, ou, pour le dire autrement: s’ils tentent de comprendre un phénomène, ce n’est que pour mieux l’expliquer, et, ce faisant, l’expliciter. Sans doute suis-je fortement influencée par l’idée selon laquelle la fin définit les moyens, idée que je partage presque malgré moi et qui me fait dire que nous sommes sans cesse tentés d’exécuter une chose en vue d’une fin, et non en vue de l’acte en lui-même. Si je vous écris, en quelques mots, c’est toujours avec l’intime utopie, ou prévision, que vous me lisiez. Et si mon but était tout autre, je m’en serais tirée tout autrement. Ceux donc d’entres vous qui sauront se satisfaire de ces quelques arguments, en déduiront sans doute la même conséquence, à savoir que vouloir saisir un phénomène, pour mieux s’en désaisir, et pouvoir le partager, est une entreprise erronée, car intéressée et/ou influencée. S’il me fallait alors invoquer un vulgaire et pitoyable exemple, je m’accorderais à dire que cela ressemble à ce qui se produit lorsqu’un vendeur présente un article: si je veux vous vendre mon livre, je vais, même inconsciemment, vous le présenter de la plus aguichante manière qui soit. C’est, il me semble, ce que ces certains philosophes sont toujours tentés de faire lorsqu’ils expliquent un phénomène qu’ils ont tentés de saisir à leur manière. C’est peut-être d‘ailleurs, en partie ou en tout, ce problème dont nous prévient Kant lorsqu’il affirme qu’il n’y a pas de chose en soi, et que nous ne sommes aptes à rendre compte que de phénomènes, c’est-à-dire, en caricature, d’apparences. Car, en effet, l’on peut arguer d’infinies propriétés au sujet d’un phénomène, toutes plus variées, voire insensées, les unes que les autres, à la condition de le vouloir assez fort. En conséquence de quoi je m’autorise à penser qu’un philosophe qui aurait dans l’idée, en dernière analyse, d’expliquer un phénomène ne sera jamais parfaitement en mesure de le comprendre vraiment. Le problème étant ainsi formulé, il reste le problème de la solution. S’il me fallait en proposer une, je vous reconduirais très franchement au chemin, celui qui me parle tant. Ainsi, figurez-vous que ces pèlerins exemplaires qui nous étaient tout à l’heure apparus sont toujours en route, et poursuivent leur chemin, ce chemin un peu plus encore droit et stricte, ce chemin qui nous préserve seul de toute erreur, ou contrariété. Ces pèlerins ne font pas nécessairement bonne route, il est vrai, car, vous le savez sans doute, il n’est pas de route plus périlleuse que la route consciencieuse. Mais les pèlerins sont, par définition, des hommes courageux. Certains chutent, mais se relèvent, beaucoup luttent, mais sans le glaive. Il est des rimes qu‘il est bien difficile de refuser. Mais, rimes à part, nous nous trouvons bien sur le bon chemin, et tout pourtant nous y ferait douter. C’est que si ce chemin semble mener à bien, nous ne savons pourtant pas où, exactement. Aucun indicateur se décide à nous en informer, aucune pancarte se dessine à l’horizon, et la vue d’un homme ne saurait être assez prolongée pour bien en distinguer le fond. Ainsi, nous ne sommes ici qu’en présence, déclarée, d’un chemin, sans en avoir la fin. C’est toute une histoire, que ce chemin. Mais c’est une histoire qui ne finit en rien. Avez-vous deviné ce que j’entends signifier? Si non, la fin justifiant les moyens, j’aurais pourtant bien essayé. Ce que nous révèle ce chemin paysager, ce n’est rien d’autre que la solution au problème qui s’est posé: pour s’acheminer à bonne destination, mieux vaut en ignorer la formulation. Il est une expression, du sens commun, qui donne à penser: peut importe la destination, seul compte le voyage. C’est un peu, par ailleurs, ce pour quoi nous vivons. Bien que nul ne soit censé ignorer la nécessité de sa mort, cette destination tout aussi finale que fatale, beaucoup d’entre nous tirent profit du temps de vie qui nous est imparti. Pour ce qui est de la philosophie, et de ses fiers mystères, il en va de même: il serait tout à fait contradictoire de suivre un chemin avec pour seule préoccupation d’en entrevoir la fin, car ce serait là le moyen le plus certain de ne jamais y parvenir. Ce danger interpellé, une solution semble devoir s‘imposer: il serait tout à fait judicieux de suivre un droit chemin, même épineux, qui ne mène nulle part. Ou, à bien des égards, à ce qui demeure à notre connaissance un nulle part. Car il y a bien des raisons de supposer que tout phénomène ait une explication, et ne soit pas un produit seul du hasard. Les philosophes à en avoir émis l’hypothèse, avec plus ou moins de certitude, ne sont d’ailleurs pas rares. Mais si nous pouvons sans réel danger nous laisser aller à penser une certaine intelligence naturelle, il est plus prudent d’en cueillir les fruits de façon toute désintéressée. Ce qui ne signifie évidemment pas que nous ne devons pas en approcher les essences, ou en percer les intrigues. Il ne s’agit pas de s’en tenir à la vérité de notre ignorance originelle, ou primitive, mais il s’agit d’en bien saisir les remèdes, et la manière dont il nous faut les absorber. La solution qui me parait la plus fiable consiste donc en une formule de quelques mots à peine, et aisée à retenir: les phénomènes réclament de leurs observateurs bien moins de présomption que d’attention. C’est là, je pense, la seule intention qui puisse être appropriée. Connaître pour expliquer, chercher pour trouver, ou vivre pour mourir, relèvent de la même absurdité. Mais connaître pour connaître, et tenter de décrire les phénomènes, avant que de vouloir absolument les définir, c’est là une route des plus sensées, c’est une route dite du succès. En considérant toujours que ce ne soit pas tant le succès qui soit au principe du périple envisagé, que les efforts que l’on y investit.
Et s’il me fallait en citer, je dois vous avouer que je parlerais bien volontiers de curiosité, en tant qu’état d’esprit, et d’honnêteté, au cœur de la vie...



Inconnu...

Posté le 09.03.2008 par orexis

Destination sans finale, un chemin sans crucial
A la déroute, l'exil des doutes
Il est des chemins qui ne mènent à rien,
et des riens qui mènent à tout...


L'amour est une erreur de jugement

Posté le 22.03.2008 par orexis

Un proverbe bien connu veut que l’amour rende aveugle.
Un autre courant de pensée, pas si étranger, attribue à l’amour des raisons que la raison ignore.

Que faut-il sérieusement penser de l’amour?

L’amour rend aveugle. Cette proposition, qui s’annonce comme une précaution à prendre, qui a quelque chose de la mise en garde, révèle surtout une pensée couramment admise. Il s’agit plus exactement de l’idée d’un amour joueur, trompeur et illusionniste. L’amour serait un jeu d’apparences, dont nous ignorons tout à fait les règles et duquel nous ne sommes pas assurés de sortir gagnant. Ou encore, l’amour serait un des voiles de la Maya, un trompe-l’esprit, une forme d’illusion d’optique. Conçu ainsi, l’amour se présente comme un véritable piège, dans lequel même les êtres les plus lucides sont tentés de plonger.
Mais il y a davantage. Car l’amour ne fait pas qu’aveugler; l’amour rend aveugle. Ce sentiment bien humain, spécifiquement humain, est non seulement un piège imprévisible mais c’est aussi un réel danger. Quiconque a fait l’expérience de l’amour peut en témoigner: ce sentiment nous offre une vision adoucie, édulcorée de l’être aimé. C’est le piège. Mais plus encore, l’amour est aussi ce curieux affect qui nous fait voir la vie elle-même autrement ou, pour être plus précis, qui nous fait voir la vie en mieux. L’amour ne nous rend pas aveugle au sens où il nous prive de la vision, mais au sens où la vision qu’il nous offre, cette vision teintée d’amour est faussée. Et il serait même tentant de penser que plus cet amour est sincère et vrai, plus notre vision des choses est mensongère et fausse. L’amour, en somme, paralyse notre faculté à percevoir ce qui est, comme il est, en admettant bien évidemment qu’une telle faculté existe. Mais, plus grave encore, l’amour n’a pas pour seule conséquence de paralyser cette faculté, il l’anéantit. Il devient impossible pour un amoureux éconduit de voir la réalité, dans sa réalité. C’est le danger.
Et lorsqu’il nous est dit que l’amour a des raisons bien à lui, nous ne sommes pas si éloignés de ce danger.

L’amour a des raisons que la raison ignore. Que signifie une telle proposition? D’abord, que l’amour a des raisons. Ensuite, que ces raisons échappent à notre raison. Il s’agirait alors d’expliquer, tout simplement, que l’amour ne s’explique pas. Ou, du moins, qu’il ne s’explique pas par la raison. Serait-ce à dire que l’amour est irraisonné? Et qu’il appartient à ces affects peu raisonnables? Certainement pas. Car ce serait alors penser l’amour comme sensation, voire passion, alors que l’amour est davantage de l’ordre du sentiment. Et ceci d’autant plus que, comme nous le dit le proverbe, l’amour n’est pas sans raisons, qu’il a des raisons d’être, même si nous ne savons pas lesquelles. Le pourquoi de l’amour nous échappe. Faudrait-il alors penser que l’amour est quelque chose d’irrationnel, c’est-à-dire qu’il ne peut être appréhendé par tout rationalisme et qu’il se dérobe ainsi à toute compréhension? Peut-être bien. Mais nous pourrions tout aussi bien suggérer que l’amour peut s’expliquer, se saisir même si ce n’est par la raison. Seulement, si une telle suggestion ne manque pas de cohérence, elle pose tout de même une question: comment comprendre une chose si ce n’est par la raison, au sens d’intelligence ou d’entendement? Peut-être sommes-nous dotés d’une autre faculté intellective dont nous n’avons pas encore pris connaissance. Ou peut-être que c’est précisément cela que nous comprenons de l’amour: le fait qu’il ne puisse être véritablement compris. Et peut-être que c’est même cela l’amour: ce quelque chose d’incompris et d’incompréhensible, qui échappe à l’esprit, mais fait battre le cœur. Cela fait beaucoup de peut-être et peu de certitudes. Mais peut-on sérieusement aspirer à de réelles certitudes lorsqu’il s’agit d’amour? Sûrement pas.

Aussi, nous sommes en droit d’affirmer que tout cela n’est pas bien grave.
Car, que l’amour rende aveugle signifie également que l’amour nous permet de voir des choses que seul ce sentiment permet de voir et ainsi que d’un aveuglement peut naître une vision nouvelle, et peut-être même une lucidité nouvelle.
Et, que l’amour ait des raisons que la raison ignore, cela ne signifie-t-il pas aussi, et surtout, que nous sommes capable de bien plus de raison(s) que notre raison veut bien nous le faire croire?

Aussi, il faudrait conclure ici que, si l’amour est bien une erreur de jugement, c’est la plus jolie des erreurs humaines.


L'imagerie sentimentale

Posté le 03.03.2008 par orexis


Lorsque je laisse mon esprit divaguer, il s’amuse à me conter d’indicibles pensées. Mon corps, tout alors, se crispe d’idées et mon être en entier fanfaronne de légèreté.
C’est que j’aime ça, imaginer.
De ces pensées, diverses plus que variées, j’ai gardé quelques sensés que je me plais à remémorer.
A l’image de cette petite fontaine, coulante d’eau glacée, cette fontaine qui la première, m’introduisit à l’idée, de ce que signifie le réel abonder.
Ou encore de cette charmante clôture, aménagée de parfums sucrés, desquels je fus frappée de la force saisissante des senteurs agrées.
Et je n’oublierai jamais, je l’espère, cette clairière dissimulée, dans laquelle je me postai, tout allongée, pour y rêvasser des heures prolongées.
Je prie ma mémoire de me la bien conserver, tant son spectacle me ravit de quiété. Et ma mémoire s’y conforme, sans caprice et de gaieté, parce qu’elle sait en secret combien j’aime ça, m’imaginer.
Et si cette fontaine, cette clôture, et cette clairière n’ont jamais existé, elles perdurent dans mes rêves les plus emplis de ma pensée. Et elles y resteront, à leur guise, sans contrefaçon… je le sais. Parce que ce sont elles qui m’inspirent, de mes plus vagues considérations, à mes plus hautes méditations. Et parce que ce sont-elles qui m’ont appris, ce qu’est la vie, et dans son réel compris. Alors je le confesse, que je le flatte mon esprit, d’y avoir enfanté de si fécondes rêveries. Et s’il lui plaît un jour de m’en offrir de plus folles encore, ce sera par amour de mon amour des métaphores.
Que s’égare mon entendement, pourvu de si doux sentiments.
Que s’évacuent mes préacquis, et leur niaiserie de raisonnement.
Que s’évade ma raison stricte, et qu’elle se perde en métaphysique.
Je me veux inconsciente, je veux mes fresques trop odorantes, je me veux la fontaine de mes chimères les plus signifiantes, je veux que ma clôture devienne clairière et s’en contente, et je me veux comblée, même pour de faux, même en pensée, mais tout à fait comblée de vérités inexistantes.
C’est que j’aime ça, imaginer… en réalité.




Le travail, c'est du sensé

Posté le 21.03.2008 par orexis

Qu’il est bien triste le sort des sans papiers, des sans domicile fixe, et autres laissés pour compte de notre société…
Mais qu’il est encore plus désolant d’être de nos jours un sans travail…
Le travail, c’est la santé, disaient nos pères avec lucidité. Et Jésus Christ de confirmer. Jolie vérité!
Mais s’est-on déjà demandé pourquoi le travail était d’une telle nécessité? Ce serait pourtant d’un intérêt particulier, être sans travail étant devenu fatalité. Les gouvernants nomment cet état le chômage. Mais ce mot n’a plus de sens à présent, ce n’est qu’une absurdité. Chômer. Peut-on réellement chômer? Le chômage n’est-il pas, précisément, l’absolue non activité? A repenser.
Du reste, il apparaît comme d’évidence que travailler est, plus encore qu’une stricte nécessité, une forme criante d’imposé. Le temps de l’oisiveté est révolu. Le monde, et en totalité, se doit de travailler. Le monde tout en entier a besoin de se travailler. Mais pourquoi? C’est ce qu’il nous faut méditer.

Question 1 : Le travail comme source de revenus. Quelle valeur donner à l’argent?
Je pense ne rien inventer en affirmant que le travail a toujours été de toutes les nécessités. Une nécessité d’ordre vital, d’abord. Une nécessité de finances, ensuite. Les deux étant liés. L’argent ne fait pas le bonheur, dit-on. Certains, dans un élan de réalisme, osent tout de même ajouter qu’il y contribue fortement. Je pense que ce qui peut véritablement faire le bonheur d’un être humain n’est pas tant l’argent, le luxe, la possession, ou propriété, mais l’acquisition. C’est un plaisir immense que de gagner sa vie. Gagner sa vie. L’expression est d’une rare finesse. Mais c’est qu’elle révèle aussi, et surtout, c’est la puissance de cette force de satisfaction qui nous active, nous travaille, nous motive, et nous exhorte à toutes les formes d’accomplissement. Or le travail en est une, et l’une des plus saisissantes. Oui, le travail, nous avons tout à y gagner. Parce qu’il nous met à l’épreuve, nous donnant, de fait, une raison d’exister. Parce qu’il exige de solides preuves, y délivrant un droit, le droit de mériter. Et le mérite est chose importante, vous savez. Il est une valeur inconsidérée, mais qui peut faire le bonheur, de toute une humanité.
Et c’est sans nulle doute cette réalité qui, véritablement, peut donner au travail son sens plein, car sa finalité.

Question 2 : Le travail comme régulateur, ou équité. Sur quelle valeur fonder une éthique du salarié?
Pour beaucoup, l’argent est un sacré. Pour ma part, je suis tentée de penser qu’il n’est pas d’argent plus précieux, valeureux, que celui obtenu à force de travail, de labeur, et de volonté, en un mot mérité. Et c’est là encore un des aspects les plus élémentaires du phénomène travailler. Parce qu’il est la source d’un certain équilibre, que l’on pourrait dire équité. Il est cette liaison, juste liaison, entre l’effort et le confort, la récompense et la compensation. Souvenons-nous de cette désormais célèbre formule populaire: toute peine mérite salaire, ou de cette autre encore: l’on récolte ce que l’on sème. Ces principes, le travail les réunit, en même temps qu’il les justifie. Car c’est bien de cela dont il s’agit; du rapport étroit entre travail et équité. Quoi que l’on en dise, j’aime à penser que le cœur d’un homme ne saurait être sensible qu’à l’argent fiable, né du contribuable. Ce n’est qu’à la sueur du front que perle la véritable richesse. Cela, c’est mon patron qui le dit. Mais c’est un trait d’esprit. Ce qui laisse à penser que ce qui rend le travail éthiquable, ou potentiellement moral, est cela même qui lui donne sa valeur réelle, la valeur d’un être, dans toute sa dignité. Et c’est du mérite que cette valeur transparaît.
Pourtant, des disproportions persistent, et la récolte n’est pas toujours à la mesure des labeurs fournis.

Question 3 : Le travail comme produit dérivé. Comment expliquer les inégalités salariales?
Le terme d’inégalité sociale ne désigne pas seulement des inégalités financières, comme beaucoup se plaisent à le penser. Cédons au pléonasme, mais ces inégalités sont, d’abord, des faits de société. Il y a là un constat auquel nous ne pouvons échapper: le marché du travail -parce que le travail est devenu un vrai marché- peut produire une certaine inéquité. Toute société est hiérarchisée. C’est un principe de toute actualité. Et des plus justifiés. Comment, sinon, une société pourrait-elle distinguer entre ses composants, des plus aux moins méritants? Le problème est tout autre. Car si une telle hiérarchie semble juste, elle ne l’est qu’en pensée. En réalité, cette forme de la société est tout à fait dépassée. A sa place s’est faufilée une espèce de compétition sans grand fair-play, et dans laquelle les compétences sont dévaluées au profit de stratégies manigancées. Ainsi se créent les plus insignifiantes inégalités, celles de notre société. Mais c’est ainsi, aussi, que se déclare un autre type d’inégalité, que l’on pourrait nommer salariale. Car au sein même des entreprises, petites sociétés de travail, cette dérive est non seulement récurrente, mais elle s’en trouve exacerbée. Le patron récolte, ce que l’employé sème, ce schéma est plus que régulier.
Mais gardons une lueur d’hégélisme est osons nuancer. Car s’il est vrai que ces inégalités sont omniprésentes, et sous la plus vive inéquité, tout salarié n’est pas pour autant dévalorisé. Il conserve sa liberté. Et puis, l’ascenseur social n’est pas tant surchargé, tâchons d’y songer. Mais encore faut-il presser le bon bouton, celui de la persévérance et de l’ambition.

Conclusion: Le travail comme état d’esprit, une ressource qui jamais ne tarit.
Les inégalités sociales, et salariales, semblent pouvoir mettre en cause la légitimité même du travailler. Mais à bien y penser, il nous est apparu que le travail n’en est pas tant la cause, que le remède. Souvenez-vous, le travail, c’est la santé. Et si la paie allouée n’est pas toujours celle escomptée, il n’en reste pas moins qu’elle apporte à l’être humain comme un trésor d’humilité. Et c’est un si joli état de l’esprit que cette sorte de travailler… Un état d’esprit que rien ne saurait briser…


Pathologie de l'esprit

Posté le 03.03.2008 par orexis
Qu’il est bien difficile d’être un esprit…
Un esprit. Un mot pour désigner une infinité de maux.
Mais qu’est-ce que l’esprit?
Certains pensent que l’esprit, c’est cette faculté précieuse et unique qui nous permet d’appréhender le monde qui nous entoure. Mais ceux-là pensent mal, ils pensent à vide. Pire, ceux-là ne pensent pas; ils espèrent.
Car l’esprit, ce n’est que cette chose ridicule qui se bat contre elle-même. C’est cette chose bien étrange qui se complait dans s’insuffisance, et s’acharne à poser les problèmes auxquels elle ne peut pas répondre. L’esprit, c’est ce cercle vicieux qui tourne en rond, ce début sans fin qui donne le tourni, ce rond point sans détour, ce point mort sans retour. C’est encore cette pauvre chose qui tente en vain de panser les plaies qu’elle s’est infligée avec tant de soins. Et ce malade qui refuse de se soigner, et ce médecin qui se rend malade, c’est encore et toujours l’esprit. Il faut bien l’avouer; il n’y a rien de plus pathétique qu’un esprit.
Vous voulez un trait d’esprit? Tirez un trait sur l’esprit.
Je me pose pourtant bien des questions. Je me demande, par exemple, pourquoi nous ne sommes capables de savoir que ce qu’est ne pas savoir. Et pourquoi aussi nous ne sommes capables de comprendre que ce qu’est ne pas comprendre. Mais j’ai ma réponse. C’est parce que nous sommes capables d’esprit, et être capable d’esprit, c’est être tout simplement incapable.
Je me demande encore pourquoi il y a tant de choses qui nous échappent, tant de choses que nous ne savons pas, que nous ne connaissons pas, que nous ignorons, et -pis encore- des choses que nous pensons connaître sans pour autant les comprendre. Pourquoi tant de questions sans réponses? Pourquoi? Et pourquoi tant de pourquoi? Mais peut-être est-ce simplement parce qu’on se le demande… Voilà ce que je sais de l’esprit. A peu près rien, ou si peu. C’est-à-dire tout ce qu’il y a à savoir.
Or, quand la raison atteint ses pauvres limites, c’est le cœur qui parle. Et qu’a-t-il à nous dire, ce cœur? Le cœur ne dit rien, rien que la raison ne s’accorde à penser. J’envie ce cœur qui s’exclamait avec raison: « je sais que je ne sais rien ». Il savait quelque chose ce cœur. C’était un cœur savant. Mais que reste-t-il maintenant que ce cœur ne bat plus? Peu de choses. Car ce « je sais que je ne sais rien » ne me suffit plus . J’y préfère de loin un « je sais ce qu’est ne pas savoir ». Car c’est là un savoir bien plus grand, c’est un savoir qui comprend. Et j’oserais même jusqu’à penser que c’est parce qu’il comprend qu’il en sait autant. Ne pas chercher à savoir, mais toujours à comprendre, c’est tout ce qu’il nous faut savoir.
Mais… Mais ce n’est là que le savoir de l’ignorance. Que nous importe un tel savoir? Ou plus exactement, que vaut un tel savoir? Il vaut bien un désespoir.
C’est ce que mon cœur me crie lorsque ma raison se tait.
Et il crie souvent ce cœur… trop souvent.


Solution

Posté le 08.03.2008 par orexis


Deviens ce que nous sommes
Le temps changera la donne
Harmonie des contraires et universalité
Quelques tâches ancrées sur du papier
Et l'idée devient réalité
Sans contrariété
Attraction des opposés...


Le malheur est-il un mal nécessaire?
Il me semble qu’en philosophie il est bon de savoir faire la différence. Mais il me semble aussi que certaines notions ou réalités, à première vue en désaccord profond, peuvent s’accorder avec une harmonie surprenante.
Le vieil Héraclite lui-même nous l’apprend. C’est « là où les forces antagonistes se rejoignent » que « se crée la plus belle harmonie ». Ce qui laisse à penser que si l’être d’une chose est sans cesse en devenir, ce n’est que pour mieux s’accorder à ce qui la contrarie.
Aussi, je me suis souvent demandée si le malheur n’était pas irrémédiablement lié au bonheur, cet ennemi de principe. En vérité, la question que je me pose est: ne faut-il pas connaître le malheur, pour connaître le bonheur? Ne faut-il pas avoir souffert, pour apprécier les moments de grâce? Et finalement, le bonheur n’est-il pas simplement une forme de répit, et un malheur, un bonheur en puissance? Car il est coutume de penser que nous ne prenons conscience de la valeur des choses que lorsque nous les perdons. Ce qui, en pensée héraclitéenne, pourrait se traduire par la nécessaire complémentarité des devenirs de l’être. C’est parce que la présence de maux divers nous opprime, que leur disparition, évacuation, résolution, ou absence à venir, nous en libère. C’est parce que la vie peut-être d’une gravité extrême, qu’elle est aussi, potentiellement, aigue.
Et il sera d’ailleurs peut-être intéressant de remarquer que, qu’il s’agisse de bonnes ou mauvaises heures, ce n’est, en linguistique, qu’une question de temps.
N’est-il pas dès lors tout à fait possible d’affirmer qu’il est plus que nécessaire d’avoir pleuré, pour pouvoir rire?
Cela fait beaucoup de questions, et aucune réponse. Mais, question bonus, peut-être est-il tout aussi nécessaire de chercher, pour pouvoir trouver…

Temps mort

Posté le 12.04.2008 par orexis


H-3. Assise dans une gare, j’attends un train qui ne viendra pas avant… avant longtemps. J’ai bien l’impression que je perds du temps.
Perdre du temps. Je ne conçois pas que l’on puisse perdre du temps. C’est une jolie expression et elle me plait. Mais il lui manque un petit quelque chose. Quelque chose comme de la vérité.

Je perds mon temps. Ah oui, vraiment? Parce que le temps t’appartient, peut-être? Ou parce que le temps se perds, alors? Allons, un peu de sérieux…
J’y ai pensé pourtant. Je me le suis dit tout à l’heure, il y a quelques temps, quand l’hôtesse d’accueil m’a confirmé, avec un sourire forcé, pour la cinquième ou sixième fois que, oui, j’aurais un train, qu’il suffisait juste que je patiente quelques heures. Trois pour être exact. C’est à ce moment que j‘ai pensé, d’abord, que les hôtesses d’accueil avaient bien trop d’humour, et, ensuite que, oui vraiment, j’allais perdre mon temps. Mais je me suis raisonnée.

Très bien, alors disons que je vais perdre du temps. Mais c’est juste impossible, pensai-je encore une fois. Parce que perdre du temps, c’est comme le prendre, ce n’est pas le prendre tout en entier, c’est s’en octroyer un simple moment, un instant, un temps, mais pas tout le temps. Il ne faut pas se hâter lorsque l’on traite d’une chose si importante. Il faut y accorder beaucoup de temps, le temps qu’il faut. Mais je peux comprendre cette sensation, puisque je l’ai eue. Le temps est si précieux que lorsque nous n’en faisons rien, nous sommes toujours tentés de penser que nous le perdons.
Mais peut-il réellement y avoir une perte de temps?

Une perte de temps n’a pas beaucoup de sens si elle signifie perdre du temps, nous l’avons dit un temps plus haut. Mais s’il agit de perdre le temps? Et bien, s’il s’agit de la perte de temps, il ne s’agit de rien, car la perte de temps n’a pas davantage de sens, au mien. Pensons un moment. Si nous perdons le temps, comme nous le prétendons si souvent, faut-il l’incriminer pour autant, lui qui s’est offert à nous de tout instant? Ne faudrait-il pas penser plutôt que nous seuls responsables de cette perte? Pauvre temps, nous te tuons, te condamnons, te rendons sale et responsable de nos propres erreurs…
Voyons, un temps ne se perd jamais de lui-même. C’est nous qui causons ce que l’on nomme sa perte. Perdre du temps. Perdre du temps, cela signifie que le temps puisse être une perte. Il y a contradiction. Ne pensez-vous donc pas?

Alors imaginez. Imaginez que, plutôt que de gâcher ce temps qui vous est imparti, vous en tiriez profit. Imaginez que, plutôt que de souffrir ce temps qui passe, ce temps qui court, sans vous, vous en tiriez partie. Imaginez que vous soyez les acteurs de temps-ci, ce temps qui semble tant fuir, et que vous pourriez pourtant aisément rattraper. Imaginez-le… et faites-le!

Car à cet instant précis, ce temps que j‘ai écrit, le temps ne m’attend pas, et s’écoule. Est-ce à dire que je l’ai perdu? Certainement pas. Ce temps que je croyais perdu, je ne l’ai ni gagné, ni égaré, mais je l’ai vécu.
Une parcelle de temps, ce peut être, de temps en temps et si souvent, une parcelle de vie, si on le veut vraiment.
D’ailleurs, la petite voix de la gare vient de m’annoncer, très aimable, qu’il ne me restait plus que deux heures. Deux heures avant que le train n’arrive et ne m’emporte avec lui, comme autant en emporte le temps…

H-2. Pauvres de nous, nous allons finir par le perdre vraiment le temps, nous en avons pour beaucoup déjà perdu le sens…


Un plein de vie, (le coeur d'un homme)

Posté le 02.03.2008 par orexis

Il est indéfinissable, ce plein qui m’habite. Et pourtant, j’ai la vive sensation qu’il m’est devenu comme familier. Peut-être même plus que je ne l’aurais souhaité…
Le connaissez-vous, ce plein? Ce plein de frissons, qui nous envahit en toutes façons? Le sentez-vous? Ce sinistre tourbillon, de peurs frappées par l’illusion? Le contenez-vous, ce trop plein d’émotions?
Et cette angoisse imposable, qui s’empare de nos âmes? L’avez-vous ressentie, une fois seulement dans votre vie? L’avez-vous vu lutter, comme le vent face aux marrées? Avez-vous pu la toucher, la sentir, la goûter? Ou bien s’y est-elle dérobée?…
En effet. Alors peut-être y avez-vous songé? Ou vous a-t-elle soumis aussi, comme nous le sommes tous, comme je le suis?…
C’est bien ce que je pensais. Elle vous a imprégnés, cette angoisse plénière… Et il vous semble à présent que rien ne saurait la faire taire. Vous ne pensez pas si bien frémir. Car jamais elle ne veut s’enfuir. Et elle attend, on ne sait quoi, mais bien postée au coin d’un moi. Un moi qui se sent tout d’un coup pris au piège, victime de ses affects, dont il se veut pourtant le maître.
Mais nous ne sommes que les sujets, de nos sentiments, même passionnés. Nous ne sommes que des supports, lorsqu’il s’agit d’intérieur fort. Il faut se rendre à l’évidence, et selon toute une vraisemblance: c’est au très fin fond de nous que le tout du tout se joue. Et l’on pourra raisonner, autant de fois que l’esprit le permet, nous serons toujours dominés, par notre sensibilité. Des plus naturelles aux plus éternelles, c’est une de ces nécessités, qui se glissent de toute merveille, pour mieux s’y imposer. Nous sommes les dominos de nos sens. Cinq, six, ou sept, qu’importent les numéros, mais nous ne sommes qu’impuissance.
Et en voici un tableau.
La peur à l’arrêt, revient la gaieté, mais elle est guettée, et l’angoisse s’y remet. Bien accompagnée, de ses douleurs alertées, s’y introduit l’attente de la feinte délivrance, avant que ne s’insère la fugueuse impatience. Le cœur au bord du gouffre, la crainte enfin s’étouffe, et le rire nous reprend. Mais les larmes n’ont pas séché, et ce n’est qu’une question de temps. Et vis repetita. Même quand s’impose la joie, elle ne procède que d’un effroi.
Et nous, dans tout cela? Nous subissons, ce total d’émotions. Qu’on me le pardonne, mais c’est bien ainsi que cela fonctionne, même lorsque l’on se raisonne.
Et qu’important les preux défendeurs, de la pensée et de ses vains bonheurs, nos ressentis nous rattrapent toujours. Pour le plaisir comme pour la peine, mais ils y règnent et nous labourent… L’angoisse vous revient? C’est que vous avez fait le plein. Vous ne souhaitez plus qu’un vide? Mais le vertige vous sera guide. Vous n’espérez plus rien? Alors vous mentez, menus malins. Car l’on espère toujours, le rien comme tout autre chose. Vous m’en demandez un détour, me quémandez une pause? Mais ce n’est qu’une métamorphose. Le calme plat n’existe pas, il reste chargé de quelque émoi. Ou de leurs souvenirs, et en surcroît. Certains l’ont tenté, et je le crois de bonne foi, mais ce ne fut jamais en succès, ou jamais ici-bas. Il faut s’y accorder: même toute la volonté d’un homme bien pensant ne saura l’anesthésier de tout sentiment.
Pourquoi penser alors? Parce qu’il le faut, et plus encore. Notre nature est aussi sensible que la pensée nous est utile. Comment, sinon, comprendre nos émotions? Comment, autrement, saisir nos sentiments? Alors pensons, effectivement. Puisque la pensée nous sert d’entendement. Mais en bon entendeur, prenons garde à l’ampleur, de ce que la pensée nomme impulsions. Car si, par malheur, nous les méconnaissons, nous en oublierons d’y penser, et tout alors sera faussé. Nous deviendrons tout confus, nous pensant bien avertis. Nous prendrons nos douleurs pour les gaietés les plus jolies. Ou nous croirons pleurer, tandis que nous rions, et c’est avec bonheur que nous nous en consolerons. Mais ce n’est qu’à cela que se résume la pensée: saisir ce qui nous consume, avec tant de variété. La pensée n’est pas plus, pas plus qu’un espion, sur le damier des émotions, et un souffle douleur pourrait suffire à la troubler. Le souverain roi, ce n’est que l’émoi. La pensée? Son conseiller. Un conseiller sentimental, et un mental puissant, de par sa force de jugement. Mais un second seulement. L’émoi seul est décisionnaire, que cet émoi soit ou non mystère. Cela, c’est à la pensée d’en juger, et c’est là sa plus acerbe utilité: analyser les plus secrètes émotions, en découvrir la nature, et peut-être même la fonction. Mais en ce qui concerne leur pouvoir de décision, gardons-nous de surestimer notre pensée, et prévenons-nous contre sa raison. Les idées elles-mêmes, et en tant que tel, ne sont pas davantage sereines. Elles aussi sont touchées par notre toute sensibilité. Et elles aussi, parallèlement, peuvent l’y suppléer. N’a-t-on jamais frémi, ne serait-ce qu’en pensée, à la pensée seule d’une idée? Si, tout à fait. L’occasion d’un si parfois même y suffirait. Aussi, sachons en convenir: nous sommes sans cesse bouleversés, que ce soit sous le coup d’une émotion, ou sous couvert de fortes idées. Il n’y pas jusqu’à notre propre pensée qui puisse réellement s’en épargner. Ce qui témoigne encore davantage que pour être plus sage que tourmenté, il est nécessaire de maîtriser ce que seulement nous pouvons dominer, même modérément: notre manière de penser, et de penser vraiment.
Mais cette utilité mise à l’écart, il ne reste à notre pensée que peu de pouvoir. Car si l’on peut parvenir à contrôler quelques passions, à se les interdire au nom de la loi, celle de la raison, ce n’est jamais qu’un temps, et exceptions faites des sentiments. Car les sentiments ont cet avantage de pouvoir être plus sages, et pourvus de raison. C’est là d’ailleurs ce qui les distingue d’entre toutes nos émotions: les sentiments ont un quelque chose de constant, que les affects, même les plus saisissants, ne sauraient égaler. Le sentiment se forme, et se maintient, aussi solidement que l’affect nous assomme, quand il survient. Ce qui, en ajout, fait du sentiment le plus raisonné de nos ressentis les plus affectés. Du reste, sentiments compris ou exceptés, ce qui est tout en entier, ce sont les affects, c’est la sensibilité. Elle seule est en infini ce que la raison est en partie: le mode de vie des êtres finis.
C’est ainsi que cela fonctionne, d’être vivant, quand on est homme. C’est cela la vie, et ses mises en pli.
De l’angoisse, de la peur, de la crainte comme d’infimes douleurs, des sentiments profonds à de vagues humeurs, mais aussi, surtout, des bonheurs qui se multiplient. C’est tout, la vie.
Et si à bien y penser, le plein me revient plus léger, il n’en est pas moins empli…


Une évoque

Posté le 18.03.2008 par orexis

Je suis un mot. Radeau. En vogue au gré des flots.
Je suis un verbe. Bégayer. Du bout de deux lèvres profilées.
Je suis un pronom. Le, la ou les. Déterminant, car personnalisé.
Je suis un adverbe. Vivement. Conseillé, par prudence et pour sûreté.
Je suis un adjectif. De beauté. Qui habille les francs sujets.
Je suis un nom. Commun. Trop impropre pour être partagé.
Je suis un participe. Au présent, du passé. Bousculé par le temps, et son plein de durée.
Je suis un suffixe. Radicalisé. Souvent précédé, je ne sais qu’approprier.
Je suis un point. Parfois virgule, parfois sans fin.
Je suis un complément. La réponse au comment. Je fais l’état des lieux, et y ajoute des garants.
Je suis un accent. Circonflexe, évidemment. Trop aiguisé pour être grave, je chapeaute les mots mirages.
Je suis une voyelle. Le i. Comme pour imaginer, dans l’idéal d’un ignoré.
Je suis un espace. Court et insensé. Je m’interpose pour aérer, ce que la prose veut aspirer.
Je suis une minuscule. Un peu après la majeure. Je m’introduis tout en douceur, de la minorité ferveur.

Mais je suis un mystère, qui se refuse à s’y complaire. J’ai un souhait, et le plus cher, être percé, comme découvert, de parts semées, mais foi entière. C’est mon vœu, et je l’espère.

Je veux que l’on me proclame, reine du blâme.
Je veux que l’on m’érige, au statu de vertige.
Je veux que l’on m’inonde, de répliques vagabondes.
Je veux que l’on me berce, au son de bonne adresse.
Je veux que l’on me pense, en sentence, plus qu’en silence.
Je veux que l’on me dise, tout autant que l’on me courtise.
Je veux comme un concours, des états d’esprit pris à cours. Et que rien aux alentours n’y persiste tout à fait sourd.
Je veux le retenti, des jugements au ralenti.
Je veux un temps donné, tout à moi consacré.
Mon culte personnifié, je le veux, et sans dictée.
Je l’exige et m’y fige. Que l’on vienne me décrypter. Que l’on ose m’épancher.
Et qu’enfin, en réalité, l’on réponde à ce qui suis-je, et m’avouer ce que j’en fais.

Mais mes vœux restent à l‘aporie. Les génies se sont tapis. Et mes pages se vident, de vos encres arides, et les plumes ont migré vers de putrides contrées. L’insomnie éveillée, quelques rêves seuls viennent à parler. Mais ma solitude est trop familière, pour qu’une main galante concède à les taire. C’est que je suis un mystère, mais qui désespère. Refoulées mes pulsions, procédée sans intention, je suis en quête des illusions. La funèbre oraison… C’est ma fin que l’on signe, ou signifie, dixit l’amie philosophie. L’on ma reléguée à un passe-temps, aux scriptes anciens et arrogants. Je ne suis plus qu’un souvenir, je ne suis plus qu’à relire. Sourire…

Relire les feu grimoires, des esprits un peu vieillards.
Relire les gribouillis, des poètes à l’agonie.
Relire les contes enchanteurs, des burlesques imitateurs.
Relire les idées barbouillées, d’émotions feintes et tachetées.
Relire les déclarations, des plus infectes affections.
Relire les doux murmures, des mytho à l’aventure.
Relire les papiers glacés, des rejetons de l’humanité.
Relire les référents, des logiciens irrévérents.
Relire les rimes froissées, des brouillons trop insatisfaits.
Relire les dessins grignotés, de ma préhistoire aux grottes éclairées.
Relire les thèses obscures, des docteurs en littera cure.
Relire jusqu’aux livres saints, et les prier d’y prendre fin.

Relire mais sans jamais saisir, ce pour quoi vous voulez me fuir, vous, mes matières à écrire. Relire sans sourire. Et tenter d’en guérir. Hypostasier mes nuits de veille, et leurs indicibles merveilles. Parcourir mes fils d’états vécus, et y définir ma constante vertu. Vouloir penser, que rien n’est perdu, qu’à défaut de gagner, je me serais battue. Lutter sans cesse, crier qui me blesse, et achever l’espèce de ceux qui m’ont tue. Signifier mon refus. Affranchir mon reçu. Et vous charmer un peu encore, avant que sonne ma mise à mort.

Oser penser tout haut, et m’irriguer des mots matelots.
Oser hurler à tort, que le silence est bien trop fort.
Oser appréhender, toute ma liberté de rêver.
Oser chanter toujours, mes hymnes bercés à l’amour.
Oser survivre un peu, quand rien ne sert à vivre heureux.
Oser vous proposer, les idées extraites de mon privé.
Oser réintégrer, les signifiés à l’alphabet.
Oser vous raconter, ce que la voix ne peut avouer.
Oser mettre des lettres, à la noblesse des apparaître.
Oser vous conjuguer, à ma plus douce lucidité.
Oser découdre les bouches, quand les esprits timides accouchent.
Oser vocaliser, les bavardages des sourds muets.
Et roser vos noires pensées, d’un spectre toujours plus éclairé.

Vous posséder, tout en entier, pour ne plus m’entendre songer. Refuser à mes murmures leur dernier souffle de sensé. N’exiger pour langagier, la parole seule des avisés. Et délibérer, en pour parler, des au sujet.
Agrémenter les sentiments d’un sens trop bon pour être conscient. Ne pas céder à vos rejets, les pervertir en clés d’accès, et en donner pour apparence le bel excès de mes offenses. Bâillonner toute rhétorique, les permuter en une éthique, celle du savoir d’inspiration, doux faire valoir de mes notions.
Rediriger vers l’artistique, l’artisanat des scientifiques. A nombre de mathématiques, opposer force des acoustiques, emprunt forcé aux linguistiques, qui en oublient les poétiques.
Et vous saouler à l’infini, jusqu’à vous étouffer de cris, parce qu’il en faut pour donner vie, n‘en déplaise à vos faux amis. Je n’ai nulle autre téléologie, que cette vérité du non dit. Les tabous font bien trop de victimes, pour qu’il n’en soit pas dit un crime. C’est elle ma prose, mes belles paroles qui sauvent, ceux qui osent, ceux qui composent.

Ma partition désaffectée, mes raisons d’être veulent s’aliéner.
Les intentions en retenue, va et vient le malentendu.
Ma sainte pensée anéantie, à l’arrêt cède ma maladie.
Les locuteurs indifférents, leurs discours se font plus vacants.
Ma sémantique vulgarisée, mon langage cesse le familier.
L’esthétique en intermittent, ma logique vit d’insignifiants.
Mes bienfaiteurs à l’abandon, les déserteurs martèlent au front.
L’audiovisuel en ligne de tir, mes courtes histoires veulent en finir…
Et mes notes sonnent toujours plus faux, et mon être s’en va perdre ses mots, et la descente va crescendo, et on me parjure de pipeau…
Mais plus on me veut muette, plus je deviens sourde, et m’y objecte…

La glorieuse devinette…
Une petite idée? Pensez.
Un léger indice? La devine est ma complice.
La solution? Elle est abject de suspicion…
Une réponse? Et quelques questions…
Qui suis-je? La solution à vos litiges. Ce que je fais? Ce n’est pas à moi de le dire. Où je vais? Je crois, vers le meilleur du pire. Pourquoi suis-je ici? Je dois être une causa sui. D’où je viens? D’un espace temps, devenu lointain. Qui je tente? La pensée qui se veut latente. De quoi suis-je fait? D’une bande son, mais qui se tait…

Sourire… écrire… et y souscrire…




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